Tribune des Arts, octobre 2012
Sylvie Guerreiro
Inspiré par la “Pan Am”, l'une des courses automobile les plus dangereuses de son époque, le chronographe iconique de Tag Heuer a encore de beaux jours devant lui.

Nous sommes en 1950. La portion de l'autoroute panaméricaine vient de s'achever. Bien décidé à promouvoir ce nouvel axe routier et, par la même occasion, attirer le commerce international, le gouvernement mexicain a une idée de génie. Organiser une course automobile qui traverserait le pays du Nord au sud, sur quelque 3000 km. Durée: cinq jours. Elle sera baptisée Carrera Pan Americana. Le succès sera fulgurant. Porsche, Ferrari, Lancia, Mercedes-Benz… les constructeurs les plus prestigieux de l'époque sont de la partie. Avec eux, les plus grands pilotes. Pourtant, celle que tous nomment désormais la Pan Am, est aussi l'une des plus dangereuses. Chaque édition a droit à son lot d'accidents.
Certes, les routes parcourues sont fermées au public. Mais les animaux sauvages, eux, ne se sentent pas concernés. Sans compter l'état de la chaussée, particulièrement variable, et les normes de sécurité gaiement approximatives. À l'intérieur des bolides, pas de ceinture. À l'extérieur, pas vraiment de protection le long des routes. À tel point qu'en 1955, les autorités interdisent la compétition. Non pas à cause d'un accident survenu sur le parcours, mais par crainte d'un scénario similaire à celui venant de se produire aux 24 Heures du Mans. Il a coûté la vie au pilote français Pierre Levegh, ainsi qu'à plus de 80 spectateurs, faisant au passage 120 blessés. Le plus grand drame de l'histoire du sport automobile à ce jour.
Il faudra attendre 1988 pour voir la Carrera Pan Americana renaître, sous la forme d'un rallye plus “classique”. Aujourd'hui annuel, il ne couvre plus que 1800 km. il part de la côte pacifique, au sud du Mexique, à Huatulco précisément, et se termine au coeur du pays, dans la ville minière de Zacatecas.
Chaque édition compte plus d'une centaine de concurrents. Et si les fortes chaleurs et le taux d'humidité pouvant s'élever jusqu'à plus de 90 % sont toujours là, l'organisation en est devenue exemplaire. Plus aucun accident grave n'est à déplorer depuis 1988.

Au poignet des grands pilotes
C'est au coeur de cet univers chargé d'adrénaline qu'est née la Carrera de TAG Heuer. L'événement remonte à 1964, lorsque Jack W. Heuer, fou de sport automobile, lance un chronographe mécanique à remontage manuel particulièrement robuste, étanche et au cadran épuré. Conçue spécialement pour les pilotes et les amateurs de courses auto, capable d'affronter tous les dangers de la Pan Am (alors interrompue), cette montre qui sonne comme un hommage s'élèvera vite au rang d'icône de la marque. Les pilotes de l'écurie Ferrari l'adoptent, suivi d'autres stars de la F1 des années 70. Aujourd'hui, c'est Leonardo DiCaprio qui en est l'ambassadeur. S'il n'est pas pilote, il a la classe, la détermination et la force tranquille des grands coureurs.
Quant à la Carrera, depuis sa naissance, elle a bien sûr revêtu quantité de visages. Cette année, une édition limitée automatique inspirée du modèle favori de Jack W. Heuer, un modèle très rare datant des années 70, avec compteurs à 3 et 9 h, célèbre les 80 ans de l'horloger. Elle voisine ainsi avec une nouvelle collection Carrera dotée du calibre 1887, premier mouvement de chronographe de manufacture TAG Heuer à roue à colonnes entièrement intégrée et produit en série. En 41 mm, elle s'affche dans un boîtier en or rose avec cadran argenté ou anthracite agrémenté d'un tachymètre sur le rehaut. En 43 mm, elle pousse encore plus loin l'idée d'intemporalité, via un boîtier en acier poli cerclant un cadran minimaliste noir ou argent. Et dernièrement, la marque a même dévoilé une autre édition limitée, la Carrera Calibre 1887 SpaceX, inspirée de la première montre suisse dans l'espace: un compteur de sport Heuer envoyé en orbite autour de la terre le 20 février 1962. Mais ça, c'est une autre histoire…
