Demandez à qui que ce soit de déterminer un Top 10 des grandes tendances horlogères de ce début d’année, vous obtiendrez autant de réponses que de répondants. Et, probablement, un classement hiérarchique hautement aléatoire.
Pourtant, l’estimation n’a pas droit de cité. Prenons le cas du SIHH. L’événement est réputé pour donner le premier « la » de l’année en matière horlogère. Le salon est constitué d’un nombre déterminé d’exposants : 24. Tous dévoilent des collections en nombre fixe, incarnées par un nombre bien précis de modèles.
Il n’y a donc rien d’aléatoire ici : pour dessiner le portrait robot de la « montre SIHH », il suffit de répertorier chaque taille, chaque complication, chaque matériaux, pour détecter par un calcul médian d’occurrences quelles sont les tendances. WorldTempus l’a fait.
Hors concours
L’intransigeance mathématique se heurte toutefois à quelques réserves. Prenons le cas du diamètre, le standard pour mesurer la taille d’une pièce : comment prendre en compte la Bugatti de Parmigiani, au boitier si atypique ? La Crash de Cartier ? L’Urwerk « T-Rex » ? Ces pièces, hélas, ont dû être écartées pour préserver la cohérence des calculs.
Il en va de même pour les montres de poche. Il y en a eu peu cette année, mais les quelques rares exemples ont également dû être exclus, étant trop peu représentatifs, à l’instar de la Montblanc 4810 Orbis Terrarum 110 Years Edition.
Enfin, dans le même esprit, on exclura les pièces uniques qui, par définition, n’ont pas suffisamment de représentativité sur un marché pour infléchir une tendance.

Les surprises du cru 2016
La taille, le prix : voilà ce qui revient le plus souvent lorsque l’on évoque ces fameux « retours aux fondamentaux », ceux d’une horlogerie « plus raisonnée ». On ne peut tracer une moyenne de prix, tant les taux, taxes, et variations de change altèrent les calculs. La taille moyenne, elle, est nette : 41,5 mm pour ce SIHH 2016, toutes marques et sexes confondus. Pas si raisonnable que cela, en somme...
Autre surprise : les matériaux de boitiers. Alors que l’on envisageait un recours massif à l’acier pour abaisser les coûts, l’or est toujours presque deux fois plus présent dans les nouveautés SIHH 2016 que l’acier. La crise ? Quelle crise ?

Les valeurs sures...et les sorties de classement
Question bracelet, la tendance s’efface au profit de l’hégémonie absolue, celle du cuir. Malgré le poids non négligeables des nouvelles Royal Oak d’Audemars Piguet, ou Overseas de Vacheron Constatin, le cuir reste la préférence écrasante de toutes les maisons.
Sans surprise non plus, les complications : la date l’emporte, suivie du chronographe. En revanche, l’UTC 24h, encore connu sous son ancien nom de « GMT », est en chute libre. Le créneau reste occupé par Montblanc, quelques Panerai, Laurent Ferrier, mais en dehors de ce trio, guère de salut significatif pour cette complication voyageuse...
Il en va malheureusement de même pour la réserve de marche, aux abonnées absentes en ce début 2016. A noter, en marge, qu’il y a cette année plus de nouveaux modèles à tourbillon qu’à calendrier complet ! Jaeger-LeCoultre et Cartier n’y sont pas pour rien...

Un cœur qui balance
Question finition, l’examen statistique du tableau général recèle quelques autres surprises. Par exemple, sur les couleurs de cadran : le bleu devance le noir ! Les Overseas de Vacheron Constantin, les Funky Blue de H. Moser & Cie, auraient-elles eu raison de la mode du ‘full black’ ?
Enfin, on note le périlleux équilibre des squelettes : raz-de-marée 2010-2015, il s’est écroulé aussi vite qu’il est arrivé, avec moins de cinq modèles. Baselworld confirmera-t-il la tendance ?