WORLDTEMPUS - 28 janvier 2012
Serge Panczuk
Tout d'abord, permettez-moi de souhaiter à toutes les amatrices et tous les amateurs de belle horlogerie une merveilleuse année 2013, où le temps qui s'écoule vous apportera de grandes et de petites satisfactions, mais où chaque instant sera bercé par le subtil son d'un mouvement mécanique qui égrène les secondes.

Pour commencer notre année de revues, interrogeons-nous sur la couleur bleue. Beaucoup d'événements prévus pour 2013 tourneront autour de cette couleur, l'année étant déclarée par l'ONU comme celle de la coopération dans le domaine de l'Eau. Et des villes comme Marseille, Barcelone, ou Rio – toutes réputées pour leur symbiose avec l'univers marin - seront à l'honneur en 2013, accueillant des événements à résonance mondiale.
Dans beaucoup de domaines, le bleu reste une couleur classique, facile à marier avec d'autres, ou à porter. Mais étrangement, lorsque l'on parle d'horlogerie, le bleu devient tout de suite moins « standard ». En 2011 / 2012 de nombreuses marques ont commencé à combler ce vide, et on a retrouvé de belles pièces chez Rolex (la nouvelle Yacht master), TAG Heuer (notamment la Monaco Steve Mc Queen) ou Jaeger-LeCoultre (avec une superbe Reverso classique à cadran bleu).
Pour beaucoup le choix de cette couleur s'imposait. Parce qu'elle se mariait bien avec nos garde-temps. J'ai tendance à ne pas totalement adhérer à ce constat.
Je trouve que la richesse de la palette des bleus disponibles rend le choix d'une pièce de cette couleur assez subtil, voire difficile. De plus, en tant qu'amateur de beaux bracelets personnalisés, je considère que le bleu des cadrans est parfois difficile à assortir avec certaines couleurs de peausserie, limitant toute volonté d'imaginer des « combo » originaux ! Je n'ai - par exemple - toujours pas trouvé quelle couleur de bracelet associer à une Omega Planet Ocean Titane. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Le bleu horloger est donc loin d'être facile à maîtriser. Cependant, certaines déclinaisons méritent une attention particulière, parce qu'elles abordent cette couleur d'une façon particulièrement sympathique. Le Chronomètre Bleu de F.P. Journe en est un des plus beaux exemples ….
Pourquoi F.P. Journe?
Est-il encore besoin d'expliquer ce que ce maître horloger à apporté aux amateurs de haute horlogerie ? Lancer une marque n'est jamais facile. Beaucoup ont essayé, mais peu ont réussi à marquer les esprits par un style reconnaissable entre tous. François-Paul Journe en fait partie depuis 1999, date de la création de sa marque. C'est d'ailleurs 10 ans après qu'est apparu le Chronomètre Bleu que nous évoquons aujourd'hui.
Depuis cette date, toutes ses réalisations partagent le même ADN, que l'on retrouve aussi bien dans la forme (le design, les couleurs) que dans le fond (le calibre, les complications). Cette consistance est une grande force, qui – étrangement – se trouve réaffirmée même quand une pièce vient briser – légèrement – certaines règles établies par la marque.
C'est pour cette raison, entre autres, que le Chronomètre Bleu a retenu mon attention. Parce que cette pièce est à la fois une « vraie » F.P Journe, mais qui se permet quelques originalités, sans remettre en cause son origine. C'est un vrai signe de maturité …
Le Chronomètre Bleu : le joli canard azur !
Connectez-vous sur le site F.P. Journe, choisissez « Collections Actuelles », et regardez la page qui s'affiche. Le Chronomètre Bleu – disposé à 3 heures - saute aux yeux. Et lorsque vous prenez cette pièce en main vous tombez très rapidement sous le charme de sa couleur.
Mais pas seulement.
Ce qui m'a séduit d'entrée sur cette pièce, c'est la combinaison entre un bleu dont la couleur change en fonction de l'éclairage et le boîtier en tantale gris foncé. En choisissant cette option, F.P. Journe est parvenu à dompter le bleu, en l'atténuant grâce à l'aspect mat de la boîte. Je reproche souvent aux montres bleues de ne changer que la couleur du cadran tout en conservant toutes les autres composantes d'une pièce originellement à fond blanc ou noir (les plus classiques).
Avec ce mariage tantale / bleu, F.P. Journe montre qu'il a conçu une pièce « pour » cette couleur si particulière. Et qu'ils ont évité un écueil qui a « coulé » d'autres tentatives issues d'autres marques.
Tous les autres attributs spécifiques à la marque ont été adaptés à ce look résolument plus sportif. La typographie des chiffres est conservée, mais en blanc. La petite seconde reste placée entre 7 et 8 heures, et « rompt » le cercle central. Sa présence compresse d'ailleurs les chiffres 7 et 8, comme sur les autres pièces de la marque. On aime ou pas. Pour ma part, j'apprécie cette rupture d'équilibre qui fait partie de l'image de la marque.
Côté mouvement, on retrouve le superbe calibre 1304 présent également sur le Chronomètre Souverain. Sa réalisation et sa finition sont exceptionnelles. Il s'agit d'un mouvement à remontage manuel, dont les platines sont réalisées en or 18 carat. Je reviendrai sur ce choix dans la partie suivante, mais force est de constater qu'il est aussi beau techniquement que stylistiquement ! Il offre une réserve de marche de 56 heures, qui reste dans la moyenne.
Au porté, cette pièce de 39 mm est très agréable. Habitué à des pièces plus conséquentes, et donc plus lourdes, j'ai apprécié la présence de ce Chronomètre Bleu. Le tantale contribue grandement à cette impression. En effet, ce métal a une masse relativement importante et pèse donc assez lourd. Pour ceux qui aiment sentir leur montre au poignet, le choix est donc judicieux, puisque même avec un diamètre classique, le Chronomètre Bleu reste très présent.
Pour terminer, la montre est montée sur un classique bracelet en croco bleu nuit. Comme évoqué plus haut, peu d'autres options sont possibles.
En résumé, un grand bravo à F.P. Journe pour avoir osé le bleu, et avoir surpassé toutes les difficultés cachées liées à cet exercice de style. Dans une famille où les cadrans champagne et argent sont légions, le joli canard bleu s'est fait une place enviable !
Qu'en pense l'avocat du diable ?
Le bleu, symbole de paix, couleur de l'eau et du ciel n'aurait rien pour plaire à l'avocat du diable. Mais face à un tel exercice de style la critique est difficile. Quelques détails pourraient être cependant revus.
Ma première critique porte sur la couronne. Son design est vraiment propre à la marque. Autant être clair. J'aime les créations de F.P. Journe, mais je n'aime pas trop cette couronne. Je la trouve un peu petite, et si son intégration s'avère parfaite pour des pièces plus classiques, elle manque de présence sur ce modèle plus sportif.
Mon autre point concerne le mouvement. Comme évoqué précédemment, il est superbe et sa finition en or 18 carats magnifique. Je m'interroge cependant sur la trilogie tantale / bleu / or rose. Un métal si particulier, et un cadran non moins intéressant auraient peut-être mérité que le calibre soit réalisé dans une couleur / alliage qui se marie encore mieux avec l'anthracite.
C'est bien sûr une affaire de goût, mais cela aurait renforcé l'exclusivité de cette pièce dans la collection F.P. Journe.
Quelle image véhiculera le porteur de cette FP Journe ?
Le Chronomètre Bleu a du style. Sa présence au poignet montre que son propriétaire aime autant la discrétion que le raffinement. C'est donc une montre facile à porter « malgré » sa couleur.
Son classicisme un brin décalé, sa taille réduite (par rapport aux standards actuels), et la discrétion de son alliage sont parfaitement en phase avec notre époque. Elle résume à elle seule les tendances actuelles du « luxe », qui ne s'exprime plus par le « trop » visible, mais par une recherche de profondeur et de vrai. Et ceci est renforcé par le prix - somme toute raisonnable au vue de ses caractéristiques – auquel est proposé cette F.P. Journe. Là aussi un sans faute, avec un positionnement idéal !
Reste à savoir si son porteur préfère les déclinaisons de bleus par Matisse ou par Miro ? Et même si cette pièce n'est que du bonheur, on souhaitera à celui qui la porte de soigner sa mélancolie au son du Blues !
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