La TAG Heuer Carrera Jack Heuer 80

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Le point de vue du collectionneur
WORLDTEMPUS -  1er octobre 2012
Serge Panczuk

Le monde de l'horlogerie a cela de fascinant qu'il permet souvent d'évoquer, au-delà de l'objet, des rencontres entre personnalités, légendes et histoire. La pièce que nous allons évoquer aujourd'hui fait partie de ces montres qui marquent cet inconscient collectif et qui puisent leur charme dans un passé glorieux.

A l'origine de ce chronographe se trouve un homme : Jack Heuer, descendant du fondateur de la marque qui porte son nom (Edouard Heuer). Jack est un fanatique de course automobile. Sa passion lui permettra de lier durablement l'horloger de Saint-Imier et l'univers de la Formule 1 ou d'autres épreuves mythiques.
Et ce mariage de passion date de 1964. A cette date, Jack Heuer lance un chronographe baptisé Carrera, hommage à une course de folie qui n'aura connu que cinq éditions : la Carrera Panamericana. Entre 1950 et 1954, des pilotes venus de tous les continents s'affronteront sur les routes du Mexique – entre Tuxtla Gutierrez et Juarez – dans un rallye de près de 3000 km exigeant et dangereux. Cette épreuve d'endurance verra s'affronter les plus grands pilotes de l'époque et sera finalement interdite en 1955, car trop risquée. Les noms de Juan Manuel Fangio ou de Piero Taruffi figurent notamment à son palmarès, ainsi que des marques comme Lancia, Ferrari, Mercedes ou Oldsmobile !

Dix années après l'arrêt de cette épreuve, Heuer lance un chronographe qui deviendra un pilier de la marque, puisque ce nom ne quittera plus jamais son catalogue.
En 2012, TAG Heuer a présenté une édition limitée de son modèle fétiche, célébrant les 80 ans de son créateur.

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Pourquoi TAG Heuer

Fondée en 1860, reprise en 1985 par le groupe TAG, la marque qui appartient dorénavent au groupe LVMH est indissociable du sport, et de la compétition automobile en particulier. Si ce lien indéfectible remonte à maintenant près de 50 ans, beaucoup retiendront l'époque où le nom de TAG Heuer était étroitement lié à celui des formule 1 McLaren. Dans les années 1980, Alain Prost, Ayrton Senna ou Mikka Hakkinen trusteront les victoires et les titres au volant de ces bolides. Aujourd'hui encore, ce partenariat continue et Lewis Hamilton ou Jenson Button, pilotes des McLaren Mercedes, portent des montres TAG Heuer.

Au-delà d'un ancrage historique, TAG Heuer affiche sa passion pour la vitesse en faisant avancer la technologie horlogère grâce à des innovations qui permettent de créer des mouvements atteignant des fréquences inimaginables il y a encore quelques années.

Enfin, et pour conforter la « culture automobile » de TAG Heuer, la manufacture horlogère présente chaque année à Bâle – à l'instar des concept cars - des « concept watches » qui serviront de base à ses modèles futurs.


La Carrera Jack Heuer 80 : la vétérante

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Jack Heuer fête donc ses 80 ans en 2012. Et pour célébrer un de ses anciens dirigeants et inspirateurs, TAG Heuer édite à 3000 exemplaires une version très particulière de sa Carrera. En 2004 déjà, la Carrera avait bénéficié d'une édition limitée pour les 40 ans de sa création. Huit ans plus tard, TAG Heuer reprend les codes qui ont fait le succès de cette pièce pour proposer aux amateurs de bel ouvrage une pièce sympathique, qui nous ramène 48 ans en arrière !

Ce chronographe est un modèle bicompax, c'est à dire affichant deux compteurs. Les modèles originaux de Carrera étaient proposés en versions 2 ou 3 compteurs. Un bicompax est plus proche des codes originaux du modèle, mais donne également une plus grande impression d'exclusivité.

A mon sens, cette Série Limitée (SL) est une vraie réussite.
Son boîtier de 40 mm reste « modeste » par rapport aux références actuelles, mais sied parfaitement à un modèle célébrant un passé glorieux. En 2004, la première SL était d'ailleurs proposée dans des proportions quasi-identiques, en 39 mm.

Le cadran arbore une superbe couleur gris argenté sur laquelle se distinguent parfaitement les deux indicateurs du chronographe réalisés en gris anthracite.  Il affiche – en rouge - le logo Heuer historique de la marque, et non pas, comme en 2004, les inscriptions TAG Heuer. Au-dessus de la marque figure en gros la mention Carrera, comme sur toutes les pièces de la collection.
L'alternance des tons de gris contribue à l'attrait de cette pièce, en lui donnant un aspect plus luxueux qu'une version monochrome.

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Ceci est d'ailleurs magnifié par l'échelle tachymétrique gris foncé qui entoure le cadran. Là encore, nous retrouvons cette même couleur et disposition sur la pièce de 2004. Mais en y regardant de plus près, il y a une différence notable – quoique discrète : le chiffre 80 (présent à 9 heures) est rouge pour rappeler la raison d'être de cette série limitée.

Le boîtier est en acier brossé. Son épaisseur reste conséquente, mais parfaitement portable. Cette impression est renforcée par la taille réduite du boitier. Ce dernier accueille de surcroit une glace saphir bombée du plus bel effet.

En retournant la montre, on admire les armoiries de la famille Heuer ainsi que la signature de Jack, cette fois-ci reproduite en rouge. En 2004, elle était noire.
Pas de fond transparent donc. Mais un fond plein correspond mieux à l'identité vintage que les designers de TAG ont voulu donner à cette montre.

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La SL 80 abrite le calibre 17, qui n'est est en fait qu'un ETA 2894-2. Ce mouvement reste un classique de l'industrie horlogère, facile à maintenir et à entretenir.

Pour parfaire son design, notre Carrera est montée sur un bracelet cuir digne des créations de Louboutin! En effet, si ce dernier est noir sur sa face, il propose une magnifique doublure de couleur rouge. Cette particularité est d'ailleurs visible grâce à la présence de petits trous sports, qui encore une fois renforcent le coté sixties et pilote de ce chronographe.
Monsieur Heuer peut être fier d'avoir une telle pièce pour célébrer son anniversaire !


Qu'en pense l'avocat du diable ?

On ne critique normalement pas un cadeau. Ce n'est pas poli. Et force est de constater que cette édition 80 ans est séduisante. Mais qui aime bien, châtie bien …
Commençons par le design générale de la pièce. Il est certes réussi, sympathique et attirant. Mais on pourrait regretter que ce modèle se rapproche trop de la version de 2004. Ce quatre vingtième anniversaire aurait peut-être mérité un peu plus de folie.

C'est d'ailleurs de folie que nous pourrions continuer à parler pour évoquer le moteur de la bête. Le calibre 17 est un classique très sage, mais une montre qui célèbre la vitesse aurait pu accueillir le prestigieux calibre 36 (dérivé du fameux El Primero) ou le nouveau calibre maison, le 1887.
En fouillant un petit peu, nous pouvons aussi adresser une petite critique aux poussoirs du chronographe. Ils sont d'un aspect plus moderne que le modèle original ou que celui de 2004. C'est une affaire de goût, mais je préfère les poussoirs plus « massifs » des versions précédentes.

Pour terminer, si le bracelet est une vraie réussite, il faut aussi souligner la qualité de la boucle déployante – qui reprend l'ancien logo Heuer.
Mais là encore, pourquoi ne pas avoir proposé cette pièce avec le même bracelet et la même boucle, et, en plus, un autre monté sur une boucle ardillon, plus compatible avec son look et sa vocation originale ?


Quelle image véhiculera le porteur de cette Heuer ?

En regardant cette Série Limitée, je ne peux m'empêcher de penser à Michel Vaillant. Le héros de bande dessinée a tout couru, tout gagné. Y compris la fameuse Panamericana. Il s'y présentait avec son ami Steve Warson, et pilotait une des fameuses Vaillantes Pan Am « bleu France » arborant – si mes souvenirs sont exacts – le numéro 31 !

Je ne peux donc pas imaginer que celui qui aimera cette Heuer ne soit pas un fan du pilote au grand cœur ou de son ami américain. Et la première chose à faire si vous décidez d'acquérir cette montre sera de vous rendre chez votre libraire favori et de vous offrir en plus « la trahison de Steve Warson », le 6ème album de Michel Vaillant dont l'action se déroule sur les routes de la Pan Am !

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Cette montre est donc celle d'un gentleman driver, attiré par les courses de voitures anciennes, qui ne cherche pas de l'ostentatoire, mais veut tout de même porter une pièce de caractère. Il aimera conduire un vieux cabriolet et s'abriter du froid en portant un blouson Chapal et un magnifique casque 1960 BB de la même marque !
Et si l'envie lui en prend, il pourra même s'envoler pour le Mexique, qui accueille à nouveau depuis 1988 la Pan Am et ses magnifiques bolides vintages !

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