WORLDTEMPUS - 9 juillet 2012Serge Panczuk
Le choix d'une montre est un exercice difficile qui doit permettre de trouver le juste équilibre entre une valeur réelle (financière) avec une valeur perçue (l'image, le plaisir, le goût). L'objectif de cette rubrique est de vous faire partager mes points de vue sur certaines pièces qui ont retenu mon attention. J'essaierai de rester le plus subjectif possible, avec comme intention première d'attiser votre curiosité.
Aujourd'hui, j'ai choisi une pièce qui ne laisse pas indifférente : la Corum TI Bridge Power Reserve.

Pourquoi s'intéresser à Corum ?
Corum revient en force dans le peloton des marques dont on parle. Les raisons sont simples : bons choix stratégiques, jolis coups en matière de sponsoring, choix avisé d'ambassadeurs à la fois crédibles et disponibles, mais aussi une collection au design affirmé, qui ne renonce en rien aux codes de la marque.
Les gardes temps Corum ont une vraie personnalité. On n'aime ou pas. C'est aussi simple que ça.
La marque ne fait pas comme tout le monde : ses boîtiers octogonaux, ses complications originales à vocation marine, ses petits fanions disposés sur les cadrans, la découpe particulière des bracelets, ses boucles sur dimensionnées sont autant de signes de reconnaissance qui accrochent l'œil et suscitent la curiosité.
En quoi la TI Bridge se distingue t-elle ?
Rien dans cette montre n'est « normal »… Et c'est justement ce qui en fait l'intérêt.
Commençons par le calibre CO 107. Il s'agit du seul mouvement manufacture baguette équipant une montre masculine. En résumé – et pour éviter des termes trop techniques - le mouvement est « droit » au lieu d'être rond. Il permet la lecture des heures et des minutes, et offre une réserve de marche de 3 jours qui s'affiche de manière linéaire.
Mais il surprend par sa taille : il est petit…
Le coup de génie de Corum est d'avoir logé cette mécanique dans un boitier de grande dimension. L'exercice semblait périlleux tant le risque était grand d'avoir un déséquilibre flagrant entre les divers composants.
Mais, plutôt que de faire « du remplissage », les ingénieurs ont transformés ce qui pouvait être un handicap en un magnifique exercice de style. Ils ont accroché le calibre à la boîte par des haubans en titane. Cette option autant technique que stylistique a permis de mettre le CO 107 en suspension dans le boitier !
Autre tour de magie : le calibre baguette est, de part sa taille, un mouvement plutôt « féminin », incompatible – de prime abord – avec une montre masculine, voire virile.
Et c'est l'autre surprise de cette TI Bridge.
Il s'agit d'une vraie montre d'homme ! Boîtier tonneau imposant en titane mat, superbe couronne remontoir sur dimensionnée, bracelet en caoutchouc. Tous les codes de la montre sportive chic sont réunis. Même le verre saphir sur le fond de la boîte se distingue par sa forme. Il s'agit d'une fenêtre rectangulaire qui épouse le mouvement.

Qu'en pense l'avocat du diable ?
Comme la perfection n'existe pas, essayons donc de prendre la TI Bridge en défaut.
Pour renforcer le coté exclusif de la TI Bridge, les équipes de Corum pourraient concentrer leurs efforts sur le bracelet. Le noir c'est bien, mais cette pièce mériterait un peu plus de folie, de la couleur, de nouvelles matières ou une boucle moins sage. Et si personnellement j'apprécie les montres épaisses, il serait probablement utile de lui faire subir une légère cure d'amaigrissement pour l'affiner de quelques millimètres. Enfin, pourquoi ne pas proposer un mouvement noirci ou traité dans un ton qui se marie encore mieux au titane mat ?

Quelle image véhiculera le porteur de cette Corum ?
Celle d'un original, prêt à laisser de côté les pièces classiques pour affirmer sa différence tant par le fond (le mouvement) que par la forme. Cependant cette identification n'est pas - pour autant - provocante. La TI Bridge est très loin d'un style bling bling racoleur et dérangeant. Porter une TI Bridge c'est aussi être disposé à répondre à des questions, et à éduquer ceux qui s'y seront intéressés. A ce titre, il s'agit d'une pièce d'amateur éclairé, qui prendra le temps « d'apprendre » la montre pour pouvoir mieux la porter.
Son design sportif classique lui ouvre aussi bien les portes du bureau que du jardin.
Au final, le porteur idéal de cette montre est un architecte qui s'ignore. Il aime le design, il valorise les formes, il admire les corps de métiers qui transforment un plan en une réalisation concrète. Et il cherche à associer différence et intégration dans un environnement…
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