« Won : Absorber la force de l'adversaire pour mieux pouvoir le diriger là où on le désir ». Ce principe essentiel des arts martiaux semble avoir été écrit pour le magnétisme. Phénomène naturel, il est impossible de l’éliminer ? Qu’à cela ne tienne : il faut utiliser sa force à son avantage ! Voilà, en substance, l’approche horlogère qui fut adoptée ces dernières années.
Utiliser, jouer, expérimenter
Durant les trois derniers siècles, le magnétisme est catalogué au rayon des phénomènes naturels avec lesquels il faudra composer. A ce titre, il jouxte, entre autres, la gravité terrestre. Pourtant, il existe une différence majeure entre les deux : la gravité exerce une force constante et unidirectionnelle (vers la Terre), alors que le magnétisme est un champ dont on ne peut pas se défaire mais dont on peut, dans certains cas, contrôler l’intensité et diriger la puissance. Et cela change tout.
Dès lors, certains horlogers ont pris le parti de jouer avec le magnétisme. Christophe Claret est l’un d’eux. En 2012, à la surprise générale, il dévoile l’X-TREM-1. Ce garde-temps comporte deux petites sphères d’acier évidées, isolées dans des tubes en saphir placés à gauche et à droite de la carrure. Le tube de gauche exprime les heures, celui de droite, les minutes. Ces sphères se déplacent…sans aucun contact physique avec le reste du mouvement. « Depuis le début de la création de la société, j'ai toujours voulu innover et relever de nouveaux défis techniques », souligne Christophe Claret. « Le fait d'intégrer des aimants à l'intérieur même d'une montre en était un. Un an a été nécessaire pour uniquement comprendre et maîtriser les champs magnétiques afin qu'ils n'aient aucune incidence sur le mécanisme. L'autre élément très fort de ce produit était d'avoir une indication horaire sans aucune connexion mécanique entre l'affichage et le mouvement."

Recherche fondamentale
Pour TAG Heuer, l’approche est différente. Elle vise à utiliser le magnétisme au bénéfice non pas de l’affichage, mais du mouvement. La pièce qui concrétise cette vision s’appelle le Pendulum. Concrètement, c’est une ’Concept Watch’ : elle démontre la viabilité d’un concept mais n’est pas entrée en production de masse.
« Son objectif premier est de s’affranchir du spiral. Sa forme traditionnelle est remplacée par un ressort "invisible", constitué d'aimants. Le dispositif complet constitue un oscillateur. Le champ magnétique, produit par quatre puissants aimants, fournit ainsi le couple nécessaire aux oscillations alternées du balancier », précise Guy Sémon, Directeur de la R&D chez TAG Heuer. « Dans un système classique à spiral, l'effet de la gravité dû à la masse constitue un problème majeur. Avec le Pendulum, ce problème n'existe tout simplement pas ».

Breguet (ref. 7727, calibre 574 DR) a également travaillé dans cette direction qui vise à utiliser le magnétisme. La maison a développé un système de balancier différent : il intègre à chaque extrémité de son axe un micro-aimant. Ceux-ci sont de puissance différente et génèrent donc un flux magnétique alternatif constant, utilisé pour auto-réguler le mouvement.

Près de 15% des montres confiées aux SAV d'une marque du groupe Swatch doivent être démagnétisées.
Magnétisme ambiant
Quoiqu’il en soit, le magnétisme maîtrisé au sein du mouvement est une chose, celui à l’état naturel en est une autre. Notre environnement est clairsemé d’objets du quotidien équipés d’aimants, à commencer par nos ordinateurs et téléphones.
Dés lors, ces champs magnétiques ambiants perturbent le fonctionnement de nos montres. D’ailleurs, selon les statistiques d’une marque du Swatch Group, pas loin de 15% des montres confiées aux SAV de cette marque doivent faire l'objet d'une démagnétisation.
Fort heureusement, la plupart des champs magnétiques susceptibles de perturber une montre sont alternatifs : les composants de la montre seront attirés par ces champs dans un sens, puis dans l’autre, si bien qu’au final, la perturbation résiduelle sera faible.
Insensibiliser la montre au magnétisme
Il existe deux possibilités (qui peuvent se combiner) de se prémunir des effets néfastes du magnétisme ambiant.
La première, historique, consiste à totalement isoler la montre de son environnement magnétique. C’est l’approche, historique, adoptée par la Rolex Milgauss des 1956. Elle utilise ainsi dans sa conception des métaux non magnétiques ainsi qu’une robuste boîte. Certaines Longines ou Patek Philippe suivaient le même chemin. Toutefois, l’esthétique générale du garde-temps peut parfois en pâtir.
La seconde possibilité consiste à supprimer, au sein de la montre, les matériaux sensibles au magnétisme. C’est ainsi que le silicium, déjà utilisé pour ses propriétés lubrifiantes, s’est également révélé un allié de poids face au magnétisme : il n’y est pas sensible. Le Swatch Group a ainsi mis en avant le spiral en silicium mais également la roue d'échappement coaxial en nickel-phosphore. D’autres alliages sont en cours de développement dans le même esprit d’offrir un non magnétisme total.