Tribune de Genève - 16 mars 2012
Jean-Daniel Sallin
Quel est le point commun entre Ferrari et Archimède? La réponse ne se cache pas au milieu des statistiques de la Formule 1. Ni dans le plateau des pilotes pour la saison 2012. On ne sait même pas si le physicien et mathématicien de Syracuse savait conduire… La clé du mystère se trouvait dans le Hall of Dreams. Baselworld vient en effet de fermer ses portes, mais, à l'heure du bilan, le stand Hublot en était sans conteste l'un des spots incontournables pour le public.

Or et histoire
CEO de la marque de Nyon, Jean-Claude Biver y a dévoilé en effet deux montres déjà «iconiques»: une Big Bang à 5 millions de dollars, sertie de 1282 diamants, et, cinq mois seulement après avoir annoncé son partenariat officiel avec la firme de Maranello, la première pièce de la collection Ferrari. «La verticalité est un gage de rapidité et de succès, explique Jean-Claude Biver. Du cadran au mouvement, tout a été fabriqué chez nous. Cela permet d'être plus réactif…»
Quel rapport avec Archimède, direz-vous? On y vient. Hublot se profile comme une passerelle entre passé et futur. Développant un «or magique» avec l'EPFL. Inrayable et inoxydable à un point tel qu'il ferait fantasmer Toutankhamon et ses héritiers. L'horloger suisse a également tenu à rendre un hommage «tourbillonnant» à la machine d'Anticythère. Quèsaco? Ce mécanisme – dont un disciple d'Archimède serait le concepteur – a été découvert à l'aube du XXe siècle dans les eaux grecques. Daté de 87 av. J.-C. par les archéologues, il permettait de calculer les positions astronomiques. «C'est incroyable, cette machine indiquait les phases de la lune, les éclipses du soleil et tous les calendriers, s'enthousiasme Jean-Claude Biver. Cela voudrait dire qu'à cette époque, déjà, ils savaient que la Terre était ronde…»
Trois ans durant, Hublot a donc planché sur une version «miniature» de ce mécanisme. Afin qu'il rentre dans une montre. Il y a quatre mois, au Musée des arts et métiers de Paris, Jean-Claude Biver en dévoilait le calibre. Non sans une certaine fierté. A Bâle, public et spécialistes ont ensuite pu découvrir le garde-temps et… apprécier l'exploit technologique. «Mais malheureusement, nous ne vendrons pas cette montre, s'est empressé d'ajouter le patron de Hublot. Ce mouvement ne nous appartient pas, il appartient à chacun d'entre nous.»
Ce choix n'est pas anodin. Hublot a en effet investi près de 5 millions de francs dans la recherche et le développement de ce calibre. Une somme importante qui passera sur le poste «pertes et profits». «Nous l'avons fait pour la culture», précise Jean-Claude Biver. La montre «Anticythère» n'existera d'ailleurs qu'en quatre exemplaires.


Pour la recherche
Le premier – celui qui a été exposé à Bâle – rejoindra les vestiges de la machine au Musée archéologique d'Athènes. Une cérémonie aura d'ailleurs lieu en avril. Le deuxième sera offert au Musée des arts et métiers de Paris. Et les deux derniers? L'un sera confié au musée de la marque Hublot (quand même!), l'autre sera vendu aux enchères. «L'intégralité de la somme sera versée au Musée d'Athènes afin de financer les prochaines recherches autour de la machine d'Anticythère», explique Jean-Claude Biver. Par cette belle Histoire, avec un grand H, Hublot poursuit donc sa quête de légendes. Archimède s'est ainsi glissé dans ce panthéon horloger. Aux côtés de Diego Maradona, Pelé, Ferrari et des clubs mythiques Manchester United et Bayern Munich. Il fallait le faire!
