WORLDTEMPUS – 19 octobre 2012
Olivier Müller

« C'est lorsque c'est réputé impossible que cela commence à nous intéresser ». Pour Stephen Forsey, pourtant déjà coutumier de l'horlogerie de très haut vol, le projet Art Piece 1 recèle son lot d'obstacles. Mais l'homme, tenace, s'est donné 5 ans pour en venir à bout.
En synthèse, ce programme a pour vocation d'allier le meilleur de la Manufacture Greubel Forsey à un artiste de renom pour créer une pièce totalement inédite, hors collection, et qui ne sera réalisée qu'à quelques unités.
Willard Wigan est l'artiste qui va concrétiser ce premier opus. Il est micro-sculpteur, taillant d'infimes pièces au sein de chas d'aiguilles ou de grains de riz, à l'échelle du dixième de millimètre.

D'emblée, le profil de l'homme affiche de nombreuses similitudes avec celui des deux horlogers : inventivité, créativité, exclusivité, et probablement aussi un brin de folie. Son métier de micro-sculpteur s'approche de l'univers miniaturisé de Greubel Forsey, mais ici s'arrête la comparaison : « je ne connaissais pas vraiment la haute horlogerie. Quand j'ai découvert Greubel Forsey, j'ai été littéralement soufflé. J'avais l'impression d'avoir un musée au poignet ».
Passé le désir avoué de travailler ensemble, se pose l'inévitable question : comment intégrer une micro-sculpture à une montre ?
« Nous réfléchissions au sujet depuis 2009 », rappelle Stephen Forsey. « Mais notre objectif n'était pas simplement d'intégrer une sculpture de Willard dans une de nos pièces. Nous voulions la valoriser, la mettre en scène ». D'où la question la plus basique qui soit : comment faire en sorte que le porteur de la montre puisse simplement voir la micro-sculpture ?

« Dans le cadre d'une exposition, j'utilise des microscope x10, x20 et de la lumière artificielle pour que le public puisse voir mon travail », souligne Willard Wigan. « Impensable pour nous dans une Greubel Forsey ! », stoppe de suite Stephen Forsey. « Il nous fallait donc développer un système optique permettant un grossissement x20, ainsi qu'une mise au point et une absence totale de distorsion visuelle pour ne pas déformer le travail de Willard. Nous avons consulté plusieurs scientifiques dans le domaine optique qui nous ont répondu qu'à l'échelle du millimètre, cela n'était pas possible ».
Après deux ans de R&D, la solution est pourtant trouvée au sein du poussoir, « la seule pièce de petite taille, pouvant être translucide et se tourner pour permettre une mise au point », ajoute Robert Greubel.
Au travers de ce remontoir, un masque apparaît. « Nous portons tous un masque », explique l'artiste sur son choix. « Celui-ci marque l'étonnement, la surprise, sentiments que l'on ressent en découvrant une Greubel Forsey ». D'autres sculptures pourront être imaginées, chaque pièce étant unique.

Le mouvement, lui aussi, sera unique. « Nous partirons probablement sur une base de double tourbillon », avance Stephen Forsey, « mais l'indication de l'heure sera tout à fait accessoire. Elle se dévoilera – ou pas – selon la volonté du propriétaire de l'Art Piece. En somme, c'est un concept de Time on Demand ! ».
Willard Wigan, lui, poursuit en parallèle sa route de micro-sculpteur. Sa collaboration avec Greubel Forsey va toutefois lui prendre une part non négligeable de son temps : « Pour faire un masque, il me faut environ 5 à 6 semaines, sachant qu'il y a en moyenne 5 essais non concluants pour aboutir à un résultat satisfaisant ».
L'artiste, obligé de sculpter entre chaque souffle et chaque battement de cœur pour ne pas bouger, ne peut probablement pas travailler sur de trop longues durées, face à l'intensité de concentration requise. « En fait, si, je travaille en général 18 heures par jour », corrige-t-il. Un brin de folie, en somme...
