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Edito - L'enfer vert

Edito L'enfer vert

Argh, elles poussent partout, dans tous les sens, à vitesse tropicale ! Les montres vertes sont en train d'envahir notre paysage. Attention, cet article contient un grand nombre de fois le mot vert !

Le vert, c'est la couleur des années 2020. Pas pour l’écologie, le développement durable, la protection de l'environnement et la bonne conscience tardive dont l'on se pare. Pour les montres ! Parmi la centaine de marques qui composent l'essentiel du paysage horloger contemporain, on serait bien en peine d'en trouver dix qui n'ont pas lancé un cadran vert, un squelette à réhaut vert, un bracelet vert cette année ou l'année dernière.

Soyons bien d'accord, j'aime le vert, j'en porte volontiers. Cravate, veste, pantalon, chaussures même (3 paires, oui monsieur!) et montre aussi. J'ai même un bracelet en nylon tressé vert que je monte sur mes chronos pas trop épais (vrai de vrai). Mais il y a des limites quand même !

Elles sont comme le bambou, les lianes, les orties autour des bacs à sable: elles prolifèrent. Sont-elles une espèce venue d'ailleurs, Mars ? Vénus ? Proxima du Centaure ? La Petite Boutique des Horreurs ? Elles ont pris racine tardivement et ont pris une ampleur incroyable. Elles débordent de leur pot, de leur serre, de leur champ... d'origine. Car la montre à cadran vert est née dans le style commando militaire avec sa version olive, et chez Rolex dont c'est la couleur fétiche. Avant 2018, elles n'avaient quasiment aucune résonance, aucun poids, aucune aura. 

C'est bien simple, aujourd'hui, à défaut d'idée, on lance une montre verte. Pour animer une collection existante, on lance une version verte. Pour rendre plus branchée une collection vieillissante, on la relance en vert. Et si on n'a pas de moyens, pas de vision, pas de perspectives, un bracelet vert suffira. Vert vert vert, il y a du vert partout ! C'en est à un point qu'on peut se demander si des plantes n'ont pas poussé dans la tête des décideurs horlogers. 

Ils ne jurent plus que par cette couleur. Ils n'ont en fait même plus besoin de penser. L'important c'est d'avoir une montre verte. Et peu importe le vert, s'il est joyeux ou fade, triste ou vif, militaire ou bouteille, amande ou Shrek, pastel ou métallique. L’essentiel est de faire partie de la très grande tendance. De ne surtout pas rater cette vente au client qui entre dans une boutique et déclare à la stupéfaction générale «Moi, j'en ai assez du bleu, on en voit partout. Vous n'auriez pas la même, mais en vert ? ». 

C'est bien le problème avec la tendance. Elle dispense de se projeter dans l'avenir. Car l'avenir est incertain et le présent, lui, est déjà défini. Et si les autres la suivent, c'est qu'ils ont la demande. Alors pourquoi ne profiterions-nous pas de cet Eldorado ! Surtout que nous partons avec deux ans de retard sur les pionniers (en réalité, c'est près de dix ans, mais peu importe...)

Et que se passera-t-il après cette éclosion digne de la mousson dans la forêt équatoriale de Bornéo ? D'un champ de blé égyptien après la crue du Nil ?  Quelle option s'ouvrira alors aux concepteurs quand le stock d'engrais sera épuisé ? Que feront-ils quand la bise sera venue ? Ce sera la saison sèche, l'été, la fin de la luxuriance et de la facilité. A ce compte-là, ce sont les tons beiges et sable qui vont dominer. Ah, tiens, voila une idée sur laquelle il va falloir se jeter...tous en même temps !