Les amateurs d'horlogerie sont aujourd'hui si familiers avec le tourbillon qu'ils en viendraient presque à éluder une question que se pose tout néophyte: pourquoi tourne-t-il en 60 secondes ?
L'histoire du tourbillon est quelque peu paradoxale. Il fut créé (par Breguet) à l’époque de la montre de poche où sa vocation première, compenser les effets de l'attraction terrestre, était justifiée par sa position verticale permanente.
A l'inverse, aujourd'hui, avec la montre de poignet et ses multiples chocs et positions, le tourbillon conçu par Breguet pour une montre de poche fait pourtant autorité.
Pourquoi ? En vérité, il y a une raison technique bien précise à la conservation, en l'état, aujourd'hui, du modèle de Breguet: sa rotation en 60 secondes lui permet de servir d'indicateur des secondes.

Concrètement, le train de rouages qui aboutit théoriquement "sous" l'aiguille des secondes, est donc, dans le cas d'une pièce à tourbillon, directement relié à sa cage, lui imprimant la même vitesse de rotation que la célèbre 'trotteuse' des secondes. En somme, la cage de tourbillon remplace la roue des secondes. Cela évite donc de trop charger un cadran en y apposant un tourbillon et une aiguille des secondes, alors que le premier peut remplir, seul, les deux offices. « Cela nous permet effectivement d'utiliser un train de rouage commun tout en utilisant la raquette de la cage du tourbillon comme indicateur de secondes », confirme Sergio Silva, Directeur technique chez Hysek.
Rendre sa vocation au tourbillon
Plusieurs marques se sont cependant attachées à redonner au tourbillon sa vocation initiale, telle que la définit Flavio Pellegrini, Directeur Général de Concord : « Le tourbillon a pour objectif de réguler le mouvement d'une montre. C'est une cage qui contient le balancier et l'échappement. Cette cage tourne sur elle-même et fait une révolution en 60 secondes. Les éléments contenus à l'intérieur du tourbillon ne sont donc jamais laissés dans une position, mais, en 60 secondes, vont en emprunter plusieurs. Par cet effet, l'influence de la gravité est réduite et la précision de la montre augmente ».

Plus rapide ou plus penché ?
Plusieurs moyens ont été déployés pour atteindre cet objectif d'isométrie, transposé au contexte actuel des montres de poignet. Deux voies principales ont été explorées: l'inclinaison du tourbillon, et sa vitesse de rotation.
Zenith a par exemple développé un garde-temps dont le tourbillon, toujours en rotation de 60 secondes, peut conserver une position horizontale permanente grâce à un montage sur cardans.

La cage du tourbillon 24 secondes de Greubel Forsey. © Greubel Forsey.
Greubel Forsey a pour sa part pris le parti de jouer sur les deux tableaux: inclinaison et vitesse de rotation. « Le tourbillon 60 secondes est davantage une convention et une certaine facilité technique plus qu'autre chose », estime Stephen Forsey. « Il ne faut pas oublier que même Breguet a fait des tourbillons à rotation de quatre minutes. Nous avons essayé à notre tour de jouer sur ce terrain et nous avons compris des choses. Par exemple, nous nous sommes posé une question simple : si on augmente la vitesse de rotation, qu'est-ce que cela donne ? C'est ainsi que l'on s'est aperçu qu'avec une base 24 secondes, soit 2,5 fois la vitesse traditionnelle, cela faisait que le tourbillon passait moins de temps immobilisé, donc offrait une meilleure aptitude à remplir sa fonction première de compenser les effets de la gravité et des mouvements du poignet ».
