WORLDTEMPUS – 5 mars 2012
David Chokron
Les chronographes de pilote sont une des tendances lourdes de 2012. Dans le domaine aéronautique, le nom « Type 20 » résonne comme une légende. Et dans l'imaginaire du public, il s'agit d'un chronographe de poignet. Son histoire commence en 1953 quand l'armée de l'air française édite un « programme technique », c'est-à-dire un cahier des charges, pour un chronographe destiné à être offert en dotation aux pilotes. Il doit satisfaire à nombre de critères nécessaires à son utilisation performante en vol. Mais le texte ajoute qu'ils « n'ont pas de caractère impératif ». La liberté d'interprétation qui va en résulter amène à la définition du Type 21. Il s'agit d'une évolution fonctionnelle, plus contraignante, datée d'avril 1956. En particulier, il ajoute l'obligation de la fonction flyback. Mais il ne remplace pas le Type 20, avec lequel il cohabitera de nombreuses années.

Ressemblances
Majoritairement, ces Type 20 et 21 présentent une esthétique commune et il est difficile de les différencier. En particulier parce que ce modèle n'appartient à aucune marque en particulier. Il s'agit d'une montre de pilote en acier, de 38 à 40 mm de diamètre, aux cadrans noirs et à chiffres arabes. Elle peut être à deux ou trois compteurs, flyback ou pas, avec lunette et cadrans gradués ou pas. Efficace et éprouvé, le Type 20 a été employé par nombre de forces armées, comme en Allemagne, en Argentine au Maroc et même l'OTAN. Les modèles ont été produits en grandes quantités par les marques Breguet, Vixa, Chronofixe, Airin, Mathey-Tissot ou Dodane. Certains ne sont même pas signés. A l'intérieur, des calibres Valjoux 22, 23 ou 72, des Hanhart issus des dommages de guerre allemands ou des Lemania. Le Type 20 est devenu un genre à part entière, perpétué par le modèle Breguet Type XX, au catalogue depuis les années 90, et les marques françaises Dodane et Auricoste. En somme, il s'agit d'un cadre esthétique et fonctionnel dont on est libre de s'écarter légèrement.

Un Type 20 Auricoste des années 70, flyback et lunette graduée 24 heures © Antiquorum
Dissemblances
La question de l'identité du Type 20 est complexe. D'autant plus que lors du salon Baselworld 2012, Zenith va présenter une Montre d'Aéronef Type 20. Elle n'a d'autre rapport avec les autres que son nom et sa vocation aérienne. Ce chronomètre de poignet en titane de 57,5 mm de diamètre est directement inspiré d'un instrument de bord fabriqué par Zenith. Il équipait de nombreux avions à la fin des années 30. A l'intérieur, on retrouve le même mouvement qu'il y a 70 ans, le calibre 5011. Ce géant de 50 mm a servi dans des chronomètres de bord, de marine, de poche et a été un des calibres les plus titrés de Zenith aux concours de chronométrie et d'observatoire. Il sera produit en 250 exemplaires pour autant de Montres d'Aéronef Type 20.
Homonymies
D'un côté, un même nom pour un instrument de bord et des chronographes de poignet. De l'autre, un même nom pour des chronographes de poignet esthétiquement et fonctionnellement différents. Il faut donc envisager le Type 20 dans le contexte de la narration horlogère contemporaine. En dehors de tout cadre règlementaire ou de propriété intellectuelle, chacun est libre de faire ce qu'il veut. L'appellation Type 20 n'est pas déposée, n'appartient à personne. Il ne s'agit ni d'une marque, ni d'une définition. Tout producteur de vin du bordelais a le droit d'imprimer « grand vin de Bordeaux » sur ses étiquettes. Du moment que le vin provient bien de Bordeaux. Le droit de Zenith à utiliser ce nom est donc comparable à celui d'Auricoste ou d'un autre, puisqu'il s'agit d'une référence à un passé bien réel. Avec l'apport de Zenith, le Type 20 est donc devenu plusieurs choses à la fois. Ce Type a plusieurs genres et plusieurs styles. C'est un label sans certification ni unité. Il ne faisait référence qu'à une famille de montres. Désormais c'en sera plusieurs.

