Tribune des Arts - Juin 2010Michel Bonel
Chacun le sait, Montblanc est très impliquée dans la culture. Il suffit de voir les très beaux stylos en édition limitée qui sont dédiés régulièrement à des personnalités du monde de la culture et des beaux-arts. Mais, on l'ignore généralement, la marque favorise aussi l'art contemporain. A Hambourg, où se trouve son siège, une fondation spécialisée dans le genre possède plus de 130 oeuvres.
La Cutting Edge Art Collection de Montblanc comme on l'appelle, s'intègre au quotidien dans l'univers de l'entreprise modèle. Elle revêt différentes expressions artistiques: peintures, photographies, sculpture, images numériques. La seule obligation des artistes est d'intégrer dans l'oeuvre, le logo de la marque, la célèbre étoile blanche à six branches représentant le Mont-Blanc et ses six vallées vues du ciel. Une contrainte qui est comme un exercice de style que l'artiste genevois John Armleder, par exemple, décline à l'infini sur un papier peint, tandis que Sylvie Fleury la perd au milieu d'un labyrinthe. En outre, la collection n'est pas entièrement enfermée dans un musée. Certaines pièces sont présentées par roulement dans les boutiques de Paris, Shanghaï et Genève.
Un prix vieux de 19 ans
Montblanc est aussi un mécène. Et depuis dix-neuf ans, la marque décerne le Prix Montblanc de la culture dans douze pays. Créée en 1992, cette distinction a pour but d'honorer et d'encourager des mécènes qui, en plus de leur engagement financier, consacrent du temps et de l'énergie à des artistes et à leur travail. Pour Lang Lang, président de la Fondation culturelle, s'il veut avoir la chance d'être élu, chaque mécène doit posséder à la fois un engagement personnel dans le domaine de l'art et la volonté d'en faire bénéficier un large public. Chaque lauréat reçoit alors la somme de 15 000 euros pour le financement d'un projet de son choix et un stylo Edition Limitée créé en son honneur.
Diverses personnalités sont ainsi encouragées. Après Gille de Navacelle, président de la Fondation de Coubertin, lauréat 2009, c'est une Dame qui est honorée cette année. Martine Franck fut la dernière épouse du grand photographe Henri Cartier-Bresson. Photographe de talent elle-même, elle est une des rares femmes à avoir acquis une reconnaissance internationale. Elle fut la pionnière de l'agence Viva en 1972 et elle est membre de l'agence Magnum Photos depuis 1983. Elle est surtout connue pour ses travaux sur les marginaux, les personnes âgées et les communautés isolées comme celle de l'île de Tory en Irlande. Elle s'est par exemple intéressée à la destinée des Tulkus tibétains qui vivent à l'écart du monde. Son style est immédiatement reconnaissable. Douée d'une grande sensibilité, douce et respectueuse devant ses sujets, elle est l'auteur de portraits rares sans retouche ni recadrage. Elle est aussi l'auteur de paysages ordonnés qui révèlent une grande rigueur esthétique. La photographie, affirme-t-elle, est le moyen idéal pour raconter ce qui se passe sans parler. C'est un fragment de temps qui ne reviendra pas.
Montblanc s'intéresse enfin aux jeunes artistes qui peuvent exposer dans la boutique de la rue de la Paix à Paris. Ces temps-ci, c'est Marc J. Pasini. Ce créateur un peu hors-norme qui a exposé à Lausanne fin avril, est à la fois designer et photographe. Son art, énigmatique de prime abord, se décrit avec les clés qu'il veut bien nous donner. Un parcours qui l'a mené jusqu'à La Havane où cet aficionado du cigare a créé, pour la première fois dans l'histoire de Cuba, six timbres sur le thème du Havane.
