Haute ou simplement de qualité, l'horlogerie suisse enregistre de telles progressions en volume et valeur depuis le début de la décennie qu'on en viendrait presque à oublier la consolidation de son image sur le long terme. Les marques ont d'ailleurs de la peine à suivre la croissance des commandes. Elles se livrent en plus une concurrence de tous les instants. Dans ces conditions, comment trouveraient-elles le recul nécessaire, le temps d'œuvrer sereinement à leur rayonnement durable?
Après avoir dirigé le périodique Montres Passion pendant treize ans pour le groupe de presse Ringier, et l'avoir quitté pour divergences sur son actuelle évolution, le journaliste neuchâtelois Jean-Philippe Arm s'est senti ce genre de mission: un magazine d'actualité paraissant trois fois par an, consacré au Swiss made horloger. A son illustration, son animation, la mise en perspective des marques du haut de gamme, du légendaire et si vivant cluster horloger jurassien de Genève à Schaffhouse.
«Je viens de Sainte-Croix. J'ai entendu parler, et personnellement connu, les crises qui ont laminé l'industrie locale. Je sais que rien n'est jamais acquis. L'horlogerie suisse ne peut se contenter d'exister, de briller. Elle demeure fondamentalement fragile et doit être défendue.»
Il s'est mis en tête de diffuser une édition francophone, une autre anglophone, avec distribution ciblée sur les grandes destinations du Swiss made par des canaux restant à fixer précisément. D'abord en Suisse, dans certains pays d'Europe comme la France et l'Angleterre. Puis en Asie et aux Etats-Unis prioritairement, deux débouchés-clés de la montre à mouvement mécanique traditionnel ou hautement innovant. Le contenu rédactionnel sera réalisé avec une équipe d'édition et de journalistes free lance spécialisés.
Indépendance
En quelques semaines, Jean-Philippe Arm a réuni trois partenaires pour créer une société anonyme éditrice dont il détient 25% du capital: Watch around, domiciliée à Neuchâtel, du nom du titre que portera le magazine (dont le lancement est prévu en mars).
Pierre Landolt, président de la Fondation de Famille Sandoz (propriétaire de Vaucher Manufacture et Parmigiani-Fleurier), Nicolas Hayek, président de Swatch Group, et Pierre-Alain Blum, ancien propriétaire de Ebel et investisseur actif entre autres dans la mode (lire PME Magazine de décembre dernier), détiennent à parts égales, et à titre personnel, 25% du capital chacun. Les revenus de l'entreprise proviendront de la vente d'espaces publicitaires. L'indépendance de la rédaction sera établie sur le modèle des groupes de presse.
Cette exigeante question d'indépendance est également au cœur d'un autre projet d'information, promotion et défense du savoir-faire horloger de très haut de gamme. Créée il y a deux ans par le groupe Richemont d'une part, Audemars Piguet au Brassus et Girard-Perregaux à La Chaux-de-Fonds d'autre part, la Fondation pour la Haute Horlogerie (présidée par Franco Cologni) a mandaté récemment Christophe Roulet (ancien rédacteur en chef du quotidien financier L'Agefi) pour lancer et diriger un mensuel on-line actualisé en permanence et intitulé HH Journal.
évolution
Le mandat porte sur un mi-temps faisant partie des activités du rédacteur en chef dans l'entreprise de relations publiques Rochat & Partners à Genève. «HH Journal va démarrer en janvier. Nous prévoyons d'élaborer une charte fixant les règles d'indépendance. Il va de soi que nous traiterons nous aussi de l'ensemble des marques, suisses, allemandes ou autres. Sous l'angle des nouveaux modèles, de la vie des entreprises, ou encore de thèmes plus généraux comme l'évolution de la notion de manufacture.»
Partie intégrante du site de la fondation (hautehorlogerie.org, plus orienté pour sa part sur une matière encyclopédique ou historique), HH Journal sera réalisé par Rochat & Partners bien que l'ensemble de l'exploitaiton du site dépende de la fondation (basée à Plainpalais).
Micro-équipe
Christophe Roulet dispose d'un budget annuel permettant d'animer une quinzaine de pages (articles) dont le contenu sera progressivement et complètement renouvelé chaque mois (en versions française et anglaise, en partie interactives).
Une micro-équipe d'édition a été mise sur pied, avec un réseau d'une quarantaine de rédacteurs free lance spécialisés. En Suisse en bonne partie, mais aussi dans le monde.
Les deux projets, avec la présence de Nicolas Hayek dans l'un et de Franco Cologni dans l'autre, paraissent à première vue concurrents. Ils s'en défendent toutefois, se voulant résolument complémentaires. Pas seulement dans les supports choisis (papier et Web), mais aussi dans leurs objectifs et leur sensibilité.
Jean-Philippe Arm collabore d'ailleurs à HH Journal, et Franco Cologni pourrait bientôt faire partie d'un advisory board de Watch around. Le Swiss made est aussi difficile à définir précisément que la Haute Horlogerie. L'un et l'autre sont à la fois autonomes théoriquement, et étroitement liés du point de vue historique ou encore économique. Ils résultent en grande partie d'une même construction d'image. C'est cet élément, que les produits ne suffisent pas toujours à exprimer pleinement par eux-mêmes, que Watch around et HH Journal veulent cultiver et renforcer.
PME Magazine / François Schaller / www.pme.ch/