WORLDTEMPUS – 4 août 2011
Louis Nardin
«Si 90% des diamants sont issus d'exploitations de grande taille - ce qui équivaut à une organisation du travail structurée impliquant des impératifs de sécurité ou encore des conditions salariales garanties – et qu'ils sont contrôlés via le processus de Kimberley, explique Mireille Baptist, gemmologiste indépendante, 80% des pierres de couleur proviennent de mines artisanales peu ou pas contrôlées.» L'exploitation de l'or se fait aussi et en majeure partie dans des conditions obscures.

Fin juin, un webinar sur l'Excellence responsable dans l'industrie du luxe organisé par Christopher H. Cordey, fondateur de Wholebeauty, donnait la parole à deux experts, Mireille Baptist et Peter Oakley, chercheur à l'University College à Londres. Objectif : mieux connaître l'état de l'art sur la traçabilité de deux types de matériaux précieux, les pierres de couleur et l'or. Or le constat est multiple. D'une part, les acteurs du luxe souhaitent des outils efficaces, s'engagent dans la mesure des moyens qu'ils décident d'y allouer pour ce but, mais attendent (à tort ou à raison) surtout qu'un cadre supranational soit mis en place. D'autre part, les producteurs et les intermédiaires foisonnent et il n'existe pas de sociétés verticalisées, comme c'est le cas pour le diamant. Enfin, plusieurs initiatives privées tentent de rassembler les acteurs du milieu pour trouver un cadre solide et efficace.
Irréprochable par défaut
Chez les consommateurs, la responsabilité sociale et environnementale d'une entreprise constitue aujourd'hui un critère de choix plus important qu'auparavant, en particulier auprès des jeunes générations. Par ailleurs, le luxe étant par définition précieux, beau, et accessoire, il induit que ses activités soient elles aussi respectables et qu'elles n'aient pas d'effets négatifs. Enfin, dans certains pays, l'extraction des matières précieuses ne profite qu'à une élite et sert parfois au financement de conflits par exemple. Des états de fait en contradiction totale avec les valeurs d'irréprochabilité défendues par le luxe.
«Les sociétés actives dans le luxe sont conscientes de la problématique, explique Christopher H. Cordey. Mais la question repose souvent sur la compréhension par leurs directions des défis globaux de demain, de leur volonté d'optimiser leurs modèles d'affaires afin de se différentier de la compétition. En fait, il s'agit de mettre en perspective leur réputation, donc leur pérennité, avec les risques encourus si elles devaient être accusées de participer, même indirectement, à des abus.»
Action globale
«Plusieurs groupes de luxe appliquent leurs propres directives en matière de responsabilité sociale, ajoute Mireille Baptist. Mais dans la plupart des cas, la coopération des gouvernements ainsi que d'ONG et d'organisations supra gouvernementales s'avère indispensable. Ceci ne les disculpe pas de devoir agir, mais elles devraient s'investir plus pour qu'une solution globale soit trouvée. Ceci étant, certaines entreprises ont aussi entrepris des démarches dans ce sens.»

Avec un volume d'affaires évalué à 4 milliards de dollars en 2008 par Somo, une ONG de recherche sur les pratiques en matière de développement durable, le commerce des pierres de couleur doit être clarifié. Plusieurs projets de normalisation progressent, comme par exemple celui mené par le Responsible Jewellery Council dont TAG Heuer, Zenith ou Vacheron Constantin, par exemple, font partie.
Reste qu'aujourd'hui, aucune garantie n'existe en dehors de la confiance portée par la marque dans le dernier intermédiaire auquel elle aura acheté des matières précieuses. Et cet argument, malgré sa vacuité, est toujours utilisé aujourd'hui par certains CEO horlogers.
La chaîne de valeur des produits de luxe dispose donc d'un fort potentiel d'amélioration. En espérant qu'il se réalise au plus vite, et cela sans que des pressions de consommateurs ou d'autres organismes s'avèrent nécessaires. D'ailleurs, Ferrari, Bentley ou Porsche jouent la carte environnementale et mènent depuis plusieurs années des recherches sur des moteurs électriques. Et, de plus, pourquoi le fait de se montrer proactif dans ce domaine ne deviendrait-il pas un avantage compétitif ?
Le site de Wholebeauty: www.wholebeauty.ch