WORLDTEMPUS – 25 mars 2011
Propos recueillis par Louis Nardin
Une progression du chiffre d'affaires à deux digits depuis le début de l'année pour Breguet et Blancpain, deux des trois marques exclusives du Swatch Group avec Jaquet Droz. Et plus globalement une année 2010 historique. C'est ce qu'annonçait hier à Worldtempus Marc Alexandre Hayek, petit fils de Nicolas G. Hayek, qui dirige ce pôle haut-de-gamme. En place depuis l'été dernier, il encourage la compétition entre ces marques pour lesquelles un périmètre identitaire et des positionnements ont été précisés depuis son arrivée.
Pour illustrer l'énergie régnant dans ce trio de marques, Marc Alexandre Hayek a dévoilé le prototype d'une montre-bracelet Breguet sidérante puisque proposant 35 fonctions différentes réparties sur les deux faces du boîtier! Baptisée Hommage à Nicolas G. Hayek Réf.7887, elle possède les atouts et les qualités pour prétendre devenir la prochaine montre-bracelet la plus compliqué du marché. En équilibre entre tradition et innovation, elle a induit le dépôt de 26 brevets totalisant 650 pages de dossier.

Louis Nardin: comment s'est déroulée votre prise de fonction du pôle regroupant les marques les plus exclusives du Swatch Group.
Marc Alexandre Hayek: L'idée n'était pas de créer un pôle luxe au sein du groupe mais plutôt d'instaurer une gouvernance assurant à chaque marque un potentiel de développement maximal. Mon rôle consiste donc à veiller à cet équilibre et à rendre chacune la plus performante et innovante.
Allez-vous progressivement fusionner les différents départements de ces marques?
Non, chacune conserve ses propres forces de production et d'innovation. Il est exclu de diluer leurs ressources dans un grand ensemble aux contours flous. Car maintenir l'indépendance de chacune stimule une saine compétition entre elles, et vis-à-vis de l'extérieur. Les seules activités menées de façon transversales touchent aux études de marchés, de prix et aux analyses stratégiques en général. Cela permet de mener des enquêtes plus larges et de gagner en rentabilité. Les conclusions, en revanche, sont tirées individuellement pour chacune d'entre elles.
Comment veillez-vous à ce qu'une marque ne déborde pas de son territoire?
L'univers de chacune a été déterminé et les différences sont marquées. Breguet incarne la tradition mais aussi l'innovation la plus extrême. Sur ce point, elle jouit déjà d'une très belle avance concurrentielle. Blancpain a aussi un rôle leader mais qui s'exprime à travers l'habillage avec le développement de techniques spéciales, et des complications ludiques comme l'indication de la réserve de marche prise dans la masse oscillante présentée dans L-Evolution Tourbillon Grande Date cette année. Avec une entrée de gamme abaissée – ndlr: le premier modèle homme cette année est à 9'400 francs charges comprises -, Jaquet Droz est en train de structurer et de consolider son offre.

Quels challenges se posent aujourd'hui pour ce trio de marques?
Chez Blancpain, l'équipe en place est solide et efficace. Ses acteurs sont appelés à prendre plus de responsabilités pour concrétiser une stratégie solide définie de longue date. Le développement de la présence en Chine de Breguet constitue aujourd'hui une priorité pour la marque. Quant à Jaquet Droz, son réseau de distribution a été nettoyé et une nouvelle offre va participer à renforcer son image.
Comment considérez-vous la concurrence entre marques de haute horlogerie?
J'aime l'esprit sportif de la compétition et la nécessité de se surpasser pour réussir. J'encourage donc les marques dont j'ai la responsabilité à se dépasser pour se distinguer. Cette dynamique vaut également pour toutes les marques d'horlogerie prestigieuse. Il faut avoir des arguments, de la substance, une assurance de qualité, être capable d'innover, une vraie histoire.
Quelle stratégie avez-vous adopté pour la distribution?
La qualité du réseau va être encore renforcée. Le nombre de points de vente analysé pour qu'il soit en adéquation avec les besoins du marché. Inutile par exemple d'avoir 5 pas-de-porte dans une ville ou 2 suffiraient. Nous allons également nous engager auprès de nos détaillants pour offrir un soutien optimal en fonction de leurs besoins. Dernier point, le contrôle sur le flux des montres prêtes à la vente va s'intensifier, quitte à reprendre des pièces si nécessaire. Nous l'avons déjà fait avec Jaquet Droz par exemple.
Rencontrez-vous des difficultés à recruter du personnel qualifié?
Blancpain a 40 postes ouverts, Breguet en avait 50 et 25 ont pu être pourvus. Oui, nous recherchons du monde. Pendant la crise, nous avons pris des risques et somme restés optimistes en maintenant notre personnel. Malgré cela nous devons engager et pas seulement des horlogers qualifiés mais dans tous les secteurs. Le service après-vente prend toujours une place plus considérable. Nous en avions conscience mais là aussi nous devons renforcer nos effectifs.

Comment avez-vous réagi à la catastrophe subie par le Japon?
Par chance, aucun de nos employés sur place n'a été blessé et le Swatch Group a fait un don conséquent à la Croix-Rouge dans les jours qui ont suivis. Nous ne le cachons pas mais ne faisons pas non plus de promotion sur cette action.
Comment vivez-vous ce début de salon?
Pour la première fois mon grand-père n'est plus là et son absence se ressent. Mais son esprit reste fortement présent et il continue de nous stimuler. Face à cela, les premiers échos sur nos collections sont bons et j'ai confiance sur une issue très positive de nos ventes.