A chacun d'assumer ses ambitions

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Le groupe LVMH est en première ligne des attaques du Swatch Group dans sa croisade contre ceux qui n'investissent pas dans l'outil de production. En cas d'arrêt des livraisons, TAG Heuer (LVMH) pourrait être l'une des premières marques visées.
Bilan - 30 mars 2011


Philippe Pascal, patron de la branche Montre & Joaillerie du géant du luxe, répond aux questions de Bilan.LVMH_330262_0

Bilan:  LVMH est parfois montré du doigt parce que le groupe n'investirait pas assez dans l'industriel: mythe ou réalité?

Philippe Pascal La vérité est simple: depuis dix ans, LVMH investit dans l'industrie horlogère, y compris sur le plan industriel! Zenith est l'une des rares véritables manufactures horlogères suisses et poursuit sa modernisation, Hublot sera devenu une véritable manufacture en l'espace de trois ans depuis son rachat par LVMH. Et TAG Heuer, qui sous-traitait toute sa production avant LVMH, a beaucoup investi dans sa production pour intégrer progressivement toutes les étapes de fabrication. Aujourd'hui 430 salariés travaillent en production en Suisse pour TAG Heuer – qui reste probablement le plus important client d'ETA – entre les sites de La Chauxde- Fonds et celui de Cornol.

Quelle est la stratégie industrielle de la branche Montres & Joaillerie de LVMH? Verticalisation plus poussée à l'avenir?

Oui, nous poursuivons notre verticalisation, comme tous les spécialistes indépendants de l'industrie le savent, car ils sont venus voir. Nous avons des marques avec des positionnements très distincts et des mouvements très spécifiques. Nous sommes aux antipodes de la standardisation et de la banalisation. Regardez la réalité technique, El Primero et Gyro Tourbillon Christophe Colomb chez Zenith, Unico et toutes les complications intégrées chez Hublot, Calibre 1887, V4 et Mikrograph pour TAG Heuer… Notre stratégie industrielle est donc spécifique à chaque maison, avec quelques synergies pragmatiques. D'ailleurs, nos patrons de maison ont la passion créative des entrepreneurs, une grande indépendance opérationnelle et une forte ambition pour leur marque. C'est assez unique dans un groupe dont le chiffre d'affaires mondial atteint 28 milliards de francs.

Swatch Group rêve de ne plus fournir de marques tierces: qu'est-ce que cela vous inspire?
A chacun ses rêves, ou plutôt à chaque acteur d'assumer ses ambitions. Nous jugeons que le marché mondial de la montre suisse est promis à un très bel avenir. Mais la montre est en concurrence avec d'autres catégories, dans le luxe et ailleurs, comme l'électronique haut de gamme, les voyages, les loisirs… La guerre des parts de marché est un peu stérile en amont pour les approvisionnements comme en aval dans les marchés. Beaucoup de clients potentiels qui pourraient s'offrir une belle montre suisse sont encore à convaincre. Nous pensons qu'il faut développer le marché en créant des environnements propices à l'achat de marques de luxe, en contribuant à créer des complexes commerciaux de luxe en Chine, aux Etats-Unis, en duty free… D'ailleurs, LVMH est moteur et investisseur de ce type de projet en y accueillant des marques tierces et ce dans les différents métiers du luxe.LVMH_330262_1