Trois complications jamais refaites par Breguet...pour le moment ?

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Breguet 5947 © FàM - Collection privée
Breguet a traversé 25 décennies, autant de modes, ainsi que d’innombrables voies techniques. De cette trajectoire hors norme résulte un grand nombre d’explorations horlogères, dont certaines restent inédites...pour l’instant ?

1. Les pendules sympathiques

La pendule sympathique est un objet exotique mais simple à comprendre. Elle se compose d’une pendule et d’une montre de poche. Les deux objets sont indépendants, mais la pendule abrite une cavité dans laquelle la montre peut se déposer. Pendule et montre sont alors mécaniquement connectées, et la première remet à l’heure la seconde. 

Le mot « sympathique » se lit par ses racines latines : « qui a des émotions similaires à ». Littéralement, quelqu’un qui nous est sympathique est une personne avec laquelle nos sentiments sont en harmonie - en résonnance, pour filer la métaphore horlogère. La pendule sympathique accorde ainsi la montre à la pendule. 

Breguet l’a inventée en 1795. Le maître est alors de retour à Paris après son exode révolutionnaire. La pendule sympathique est développée pour relancer « par le haut » un atelier à la peine avec un produit de prestige susceptible de séduire une clientèle fortunée. Mais l’objet est complexe et coûteux. Breguet père n’en vendra que cinq. Son fils, une seule. La troisième génération Breguet y ajoutera la fonction de remontage de la montre par la pendule, engendrant une cinquantaine de ventes supplémentaires. En 1991, Breguet, alors propriété d’Investcorp, boucle l’exercice en permettant à la pendule sympathique de régler et remonter une montre-bracelet, et non plus une montre de poche. 

Pendule sympatique Breguet n°430 et sa montre n° 2787, vendues en 1830 - © Breguet
Pendule sympatique Breguet n°430 et sa montre n° 2787, vendues en 1830 - © Breguet

Notre avis - En 2025, le succès commercial d’une pendule sympathique serait peu ou prou le même qu’au temps de Breguet : quasi nul, mais avec une aura doublement légitime, d’une part grâce au fait que Breguet l’a inventée, d’autre part car plus personne ne sait en faire. Il faudrait développer, de zéro, deux nouveaux mouvements, celui de la pendule et celui de la montre. L’investissement se chiffrerait en millions de francs suisses, pour une série limitée qui ne pourrait excéder 5 à 10 pièces, compte tenu de la méconnaissance de l’objet par les collectionneurs. L’art pour l’art : cohérent, somptueux, mais commercialement risqué pour des pièces qui seraient probablement tarifées à 7 chiffres. 

2. Le régulateur

Un régulateur indique les heures, les minutes et éventuellement les secondes non pas de manière coaxiale, mais dans trois espaces distincts. Ces deux ou trois aiguilles sont donc disposées en deux ou trois emplacements différents du cadran. Et contrairement à une légende tenace, le régulateur n’est pas plus précis qu’une montre à aiguilles centrales, puisque sa construction est sensiblement la même dans les deux cas. En revanche, la lecture du régulateur est potentiellement plus fine, plus juste. 

En 1997, Breguet dédie une montre-bracelet régulateur au 250e anniversaire de la naissance du grand horloger, qui en avait lui-même exécuté en son temps. Ils resteront assez rares, avec quelques occurrences suivantes dans les années 30, produisant au final des pièces d’exception et pour la plupart passées sous les radars. 

Régulateur produit en 1997 pour le 250e anniversaire de la naissance d’Abraham-Louis Breguet - © Breguet
Régulateur produit en 1997 pour le 250e anniversaire de la naissance d’Abraham-Louis Breguet - © Breguet

Notre avis - Le marché du régulateur relève de la niche. Dans l’entrée de gamme, il est traité par Louis Erard et Alpina. Au milieu de gamme, par Chronoswiss principalement. En haut de gamme, et de manière ponctuelle, par Patek Philippe et A. Lange & Söhne. Breguet ne l’a jamais véritablement exploité en séries continues. Les exemplaires de la fin des années 1990 sont animés par un calibre Lemania. Une pièce de collectionneur, mais peu propice aujourd’hui à un nouvel effort de développement mouvement, encore moins de commercialisation. 

3. La rattrapante

Le chronographe à rattrapante possède deux aiguilles des secondes, afin de mesurer des durées différentes et indépendantes. C’est une complication rare et complexe. De son vivant, Breguet n’en a pas exécuté, bien qu’il en ait posé les fondations dès 1820 avec un système de double seconde très proche. Il faut attendre la décennie 1990 - 2000 pour que Breguet, alors propriété d’Investcorp, utilise une base Lemania 2310, devenue 2320, pour créer la Breguet Ref. 3947 à poussoir à 10h, et sa jumelle 5947 (poussoir à 3h). La pièce n’est plus produite depuis 25 ans et atteint des cotes élevées, supérieures à 60'000 USD. 

Breguet 3947 à rattrapante - © hairspring.com
Breguet 3947 à rattrapante - © hairspring.com

Notre avis - Maintenant que Breguet possède son propre chronographe manufacture, le Cal. 728 dévoilé en 2023 dans la nouvelle génération de Type XX, il y a fort à parier que la maison travaille à sa variation rattrapante. C’est un développement typique de Haute Horlogerie (Patek Philippe, A. Lange & Söhne, Vacheron Constantin, Audemars Piguet) qui semble aujourd’hui difficilement contournable pour repositionner Breguet dans le jeu des grandes complications traditionnelles.

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