Less is more. L’adage est tant répété ad nauseam qu’il vaut mieux s’en tenir à distance pour espérer faire effet en dîner mondain. Sauf qu’il est souvent associé au cadran : selon la maxime, le plus beau cadran serait le plus épuré. Mais quid si l’on appliquait ce less is more...aux méthodes de conception ? En somme, que l’on se dispensait de machines à commandes numériques (CNC), d’ordinateurs, pour revenir au bocfil, à la meuleuse et au crayon papier ? Less machines, more hands ?
L’idée peut sembler folle, tant les progrès techniques des 30 dernières années ont permis de colossaux gains de précision - tant sur la finition que sur le mouvement. Mais cela conduit à oublier que ces savoir-faire technologiques ont pour fondement un tour de main, un coup d’œil, un artisanat qui, eux, sont en train de disparaître. En résumé : si un constructeur ne sait plus faire un mouvement, ce n’est pas la CNC qui le fera à sa place.
La conclusion de Karl-Friedrich Scheufele, président fondateur de la Chronométrie Ferdinand Berthoud, s’impose d’elle-même : il faut sauver ces savoir-faire manuels pendant que des êtres humains les possèdent encore. C’est le projet Naissance d’une Montre, troisième chapitre. Le plus simple à résumer : faire une montre intégralement à la main. Mais le plus difficile à faire, et de loin.
Des hommes et des machines
Décréter que l’on se dispense de machines modernes est une chose, disposer de machines anciennes en est une autre. La Chronométrie Ferdinand Berthoud a sondé le réseau de ses partenaires pour retrouver certaines machines que plus aucune manufacture n’utilise depuis 25 ans.
Stocks oubliés, remises cachées, et même brocantes horlogères ont été mises à contribution pour remettre la main, notamment, sur un tour Schaublin de 1960 consacré aux composants circulaires. Il s’agit d’un tour 1 axe. Rappelons que les CNC actuelles tournent sur 5 axes ! Même démarche pour une machine à pointer SIP de 1960, dédiée aux opérations d’alésage, de fraisage, de perçage, de rectification et de taraudage sur des composants variés : bascules, leviers, platines, planches de roues, ponts et ressorts.
Pièce unique
Le boîtier de 44 mm de diamètre et 13 mm d'épaisseur présente des flancs incurvés, une couronne cannelée et gravée, un verre bombé, une lunette concave et des cornes soudées. Inspirées de la Montre Astronomique n° 3 de Ferdinand Berthoud, ces formes sont particulièrement difficiles à réaliser à l'aide d'outils manuels. Pour relever ces défis, des solutions ont donc été trouvées au sein du groupe Chopard, qui réunit le savoir-faire de nombreux métiers. Certains procédés, tels que la fonte à cire perdue utilisée en joaillerie, ou encore le tournage, le fraisage et le taraudage typiques de la micromécanique, ont permis à la Maison de mobiliser son expertise interne pour produire les formes les plus complexes.
Une fois la pièce brute obtenue, les finitions manuelles prennent le relais : retravail, ébavurage et polissage. Certains composants, comme les cornes, sont ensuite soudés, avant la décoration manuelle (gravure et poinçonnage). Il s'agit également du premier garde-temps de Chronométrie Ferdinand Berthoud dont l'intégralité du mouvement est visible côté cadran.
Entre 1 et 2 heures, les heures et les minutes s'affichent sur un compteur ajouré, dévoilant les composants essentiels du calibre : le barillet et la fusée-chaîne ; le balancier bimétallique ; un pont de balancier circulaire supportant l'amortisseur de chocs, orné de deux contre-pivots en diamant, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière du mouvement, à l'instar de ceux de la Montre Astronomique n° 3 ; ainsi qu'un indicateur de réserve de marche de 50 heures gravé sur la platine.
Seule une question demeure : y’aura-t-il une NM4 ?
© Phillips
Une montre et des chiffres
80 : le nombre d’artisans impliqués dans le projet
6 : le nombre d’années requises pour le projet mené de A à Z
11'000 : le nombre d’heures passées sur NM3
11 : le nombre d’exemplaires qui sera réalisé, probablement jusqu’en 2031 (deux exemplaires par an)
1'270'000 CHF : le montant du tout premier exemplaire vendu chez Phillips le 8 novembre 2025