L’histoire des QP Patek Philippe

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Aucune marque n’est dépositaire, à elle seule, d’une complication. Mais, depuis un siècle, l’implication de Patek Philippe en matière de quantième perpétuel fait d’elle l’artisan de son développement. Plongée dans l’histoire du fameux QP, version genevoise.

En astronomie, la perfection n’a pas résidence. La Terre n’est pas ronde, les ellipses ne sont pas régulières, et le temps est une variable qui s’étire ou se contracte. Les hommes ont bien tenté de discipliner ce joyeux carnaval mathématique, mais rien n’y fait : il ne saurait y avoir d’écoulement du temps qui soit éternellement le même, avec des jours, mois, et années fixes à travers les millénaires. Les tentatives de dompter les évolutions de cycles astronomiques en un carcan immuable sont donc vouées à l’échec. La vanité omnipotente de l’homme se fracasse sur une réalité cosmique qui lui échappera toujours. 

Un pont entre temps sidéral et conventionnel

Pour autant, cette réalité cosmique n’est pas celle de nos vies quotidiennes. L’univers se contemple à l’échelle du milliard d’années. Notre quotidien, à celle de l’heure. Entre les deux, un vaste vide dans lequel les horlogers ont tenté de glisser, au forceps, un outil qui tâche de dresser un pont entre, d’une part, le temps sidéral et, d’autre part, le temps civilisationnel. Un pont bringuebalant, jamais parfaitement droit, rafistolé par autant d’empereurs que de mathématiciens, que l’on a appelé « calendrier ». Pas à une vanité près, certains l’ont dit « perpétuel ». Un oxymore par nature. Mais peu importe : ce « Quantième Perpétuel », ou QP, stimule les horlogers. Et il sert de base à la régulation de notre quotidien mécanique. 

Poésie mécanique

C’est probablement son caractère impossible à maîtriser qui rend le QP si fascinant. Il faut des prouesses d’ingénierie pour s’approcher au plus près d’un objectif que l’on sait viscéralement inatteignable. Mais qu’importe : l’exercice relève de la poésie. Personne n’a besoin d’une date juste jusqu’en 2100 ou 2400. La montre « perpétuelle » n’existe pas plus que le calendrier « perpétuel », mais ils entraînent les horlogers vers des sommets de complications d’une ingéniosité infinie. Des sommets dont beaucoup ont été gravis par Patek Philippe. 

Son affichage

Contrairement à une idée reçue, le QP n’est pas contraint d’afficher toutes les indications calendaires (jour, date, mois, années, années bissextiles). Mais celles qu’ils présentent doivent être justes. Un QP pourrait se limiter à afficher « mardi 5 », et non pas « mardi 5 février 2023, troisième année du cycle bissextile ». On ne demande pas au QP d’être exhaustif, mais d’être exact.

6159G_001 - perpetual calendar with retrograde date hand in a new white gold version - QP Ref. 6159. L’année n’est pas indiquée, mais la pièce n’en est pas moins un authentique quantième perpétuel. © Patek Philippe

Son invention

Le QP n’est pas une invention récente, tant s’en faut. L'un des premiers calendriers perpétuels est celui de la 2e version de l'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, achevée en 1574 par le Suisse Isaac Habrecht (1544-1620) avec le concours de son compatriote Dasypodius (1532-1601). Le QP a 450 ans ! 

Cathédrale de Strasbourg - © David Iliff

Patek Philippe, le pionnier

Au 19e siècle, la montre est en sautoir, en pendentif, ou en poche, mais pas encore au poignet. En 1898, Patek Philippe conçoit un mouvement de quantième perpétuel pour une montre-pendentif féminine. En 1925, ce mouvement est adapté à une montre-bracelet (réf. 97 975), première mondiale de ce type, combinant jour, mois, date et phases de Lune. Patek Philippe réalisa plusieurs pièces uniques de cette nature, avant de se lancer dans la fabrication de série. Cette production a démarré en 1941 par le quantième perpétuel avec le chronographe réf.  1518, suivi un an plus tard par la référence 1526 sans chronographe, dont il y eut environ 210 pièces produites - une quantité très importante pour l’époque. 

Patek Philippe Reference 1518_03SxT7dCQOP5 - La réf. 1518, en or rose. Son estimation la plus courante oscille entre 3 et 4 millions de dollars. © Sothebys

Un style qui se précise

Au cours des années 1980, la production de QP Patek Philippe augmente. L’échelle n’est plus la centaine de pièces par référence, mais le millier. Le style de la manufacture s’affine. Deux guichets placés à midi prennent en charge le jour et le mois. La date, elle, est confiée à une aiguille. C’est particulièrement visible sur la réf. 3970, celle qui remplace les calibres Lemania par des mouvements maison (la référence devient 5970). Il en allait de même pour les réf. 1518 et 2499 qui, en leurs temps, utilisaient des bases Valjoux. 

La tendance ne s’inversera plus. Tous les calibres QP Patek Philippe sont aujourd’hui 100% maison. Et ces créations se sont nourries les unes les autres. La 5970 a par exemple pour inspiration la 2499. La continuité patrimoniale et historique est un élément clé de la compréhension des QP Patek Philippe. Jamais de ruptures franches. Toujours des évolutions. 

5308G_001 - Quadruple Complication with minute-repeater, split-seconds chronograph and instantaneous perpetual calendar - Ref. 5308, emblématique du couplage que Pate Philippe effectue entre chronographe et quantième perpétuel - © Patek Philippe
5308G_001 - Quadruple Complication with minute-repeater, split-seconds chronograph and instantaneous perpetual calendar - Ref. 5308, emblématique du couplage que Patek Philippe effectue entre chronographe et quantième perpétuel - © Patek Philippe

Par ailleurs, la spécificité de Patek Philippe est de fréquemment coupler son QP avec un chronographe. Ces deux complications sont les plus délicates à concevoir. C’est par leur association que Patek Philippe entend démontrer son savoir-faire. Ce choix a grandement guidé les orientations esthétiques des QP maison.

7340_1R_001 The Twenty-4 with its first perpetual calendar - Le QP se loge parfois dans de petits diamètres, comme sur la Réf. 7340 de seulement 36 mm, première de la collection Twenty-4 à être dotée d’une telle complication
7340_1R_001 The Twenty-4 with its first perpetual calendar - Le QP se loge parfois dans de petits diamètres, comme sur la Réf. 7340 de seulement 36 mm, première de la collection Twenty-4 à être dotée d’une telle complication
L’équilibre entre guichets et compteurs y est essentiel. C’est même la clé de compréhension de presque tous les QP Patek Philippe. Il guide le choix des diamètres (le plus souvent 40 mm), des échelles, du réhaut, des proportions et des dispositions. Et c’est autour de ce ballet des compteurs et guichets que s’agencent, le cas échéant, d’autres informations. En 2011, la réf. 5270 figure ainsi un indicateur d’années bissextiles à 4h30, et une phase de Lune lovée au sein du compteur de date. En 2022, Patek Philippe présente la première montre combinant le Quantième Annuel et le système d'affichage Travel Time. Actuellement, en 2025, Patek Philippe dispose d’une offre de 31 QP.

De quels quantièmes parle-t-on ?

Le quantième annuel
Le quantième annuel corrige automatiquement les mois de moins de 31 jours, à l'exception du mois de février, qui doit être avancé de la date du 28 ou du 29 à celle du 1er mars. La première montre dotée d'un quantième annuel a été lancée par Patek Philippe en 1996.
Le quantième perpétuel
Le quantième perpétuel effectue le changement de date à la fin de chaque mois de moins de 31 jours, y compris le 29 février des années bissextiles. Il est programmé jusqu'en l'an 2100, année exceptionnellement non bissextile, où le 29 février sera donc supprimé.
Le quantième centenaire
Le quantième centenaire, lui, tient compte de l’année non bissextiles 2100. Il n’existe chez Patek Philippe que sur le Calibre 89.
Le quantième semi perpétuel
Le quantième semi perpétuel opère le changement de date à la fin de chaque mois, sauf le 29 février des années bissextiles.
Le quantième séculaire
Le quantième séculaire effectue le changement de date à la fin de chaque mois, tenant compte du 29 février des années bissextiles, et le supprimant toutes les années de fin de siècle non divisibles par 4, comme ceux de 1900, 2100, 2200 et 2300, mais pas comme celui de 2400 (qui restera donc bissextile), cela grâce à une roue effectuant une rotation...en 400 ans !

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