Jusqu’où iront-ils ? La question est sur toutes les lèvres. Le tandem Bulgari & Concepto a repoussé les limites de l’extra-plat, toutes disciplines confondues : pièces manuelles, automatiques, avec ou sans tourbillon, certifiées COSC ou non, etc. Chacune a fait tomber un record du monde, a gagné les plus prestigieux prix, sans sacrifier à l’esthétique ni à leur portabilité. Jusqu’à quand ?
Quels sont les principaux défis dans la conception d’un mouvement extra-plat ?
Certains organes ne se laissent pas aplatir à l’infini. C’est d’abord le cas du barillet. Si l’on veut garantir un couple suffisant et une réserve de marche décente, il y a certaines valeurs en dessous desquelles on ne peut pas descendre. Pour gagner en finesse, il faut donc avoir à des astuces de construction et de décoration. On supprime par exemple le couvercle du barillet.
C’est ensuite le cas de l’échappement. Il est habituellement construit sur deux ou trois niveaux. Nous savons aujourd’hui le réduire à un seul niveau, mais nous ne pourrons par définition pas aller plus loin. Pour que la montre fonctionne correctement, il y a également des valeurs d’inertie que l’on ne peut pas réduire à l’infini. Enfin, la mise à l’heure. Une conception traditionnelle ne peut pas être réduite sans qu’elle ne devienne trop délicate au niveau des ébats et de la robustesse des composants.
Ce type de conception exige-t-il des compétences horlogères particulières ?
Oui. Toutes les tolérances de fonctionnement sont plus serrées que sur un calibre classique. L’horloger dédie une part importante de son temps pour faire des ébats et ajustements très précis. Beaucoup de maîtrise et de rigueurs sont nécessaires. Nous avons quatre personnes à plein temps qui ne travaillent que sur les Octo Finissimo de Bulgari.
Peut-on travailler sur un extra-plat comme sur un mouvement traditionnel ?
Non. Seul l’emboîtage est à peu près normal. Pour le reste, rien n’est conventionnel. C’est notamment dû à l’usage de matériaux qui sont eux-mêmes non conventionnels, comme le carbure de tungstène. Nous l’employons pour la boîte-platine car, dans cette fonction, il offre de meilleures propriétés que le titane. Il a également fallu trouver des astuces en termes de posage pour ne pas déformer les pièces lors de l’assemblage.
Les normes habituelles avec lesquelles vous travaillez sont-elles applicables à de l’extra-plat ?
Nos normes ou critères (marche, amplitude, réserve de marche) sont les mêmes que pour un mouvement traditionnel. Qu’il soit certifié COSC ou non ne change rien. En revanche, en termes d’étanchéité, nous sommes plus proches des montres de joaillerie. Elles ne vont pas supporter des pressions trop importantes ni trop répétées. Ce ne sont pas des montres de plongées, mais elles sont adaptées à un usage quotidien.
Pourquoi Concepto a pu s’emparer à tel point du sujet extra-plat ?
Trois choses. D’abord, nous restons une société 100% familiale et indépendante. Nos clients et nos équipes se choisissent mutuellement. Nous travaillons régulièrement avec une vingtaine de marques très fidèles, comme Bulgari, ce qui permet de mieux se connaître et donc d’aller plus loin, ensemble. Ensuite, nos capacités techniques. Nous sommes propriétaires de nos équipements, tous à la pointe. Pour parvenir à l’Octo Finissimo Ultra, nous avons par exemple investi dans du matériel dédié pour, là encore, repousser nos limites. Enfin, le plus important : l’expérience. Nous avons 190 collaborateurs. Il nous faut moins d’un an pour mettre au point un nouveau record d’extra-plat, grâce à un esprit start-up que nous préservons.
Question bonus qui taraude la communauté horlogère : est-on arrivé aux limites de l’extra-plat ?
Aux limites, non, mais nous nous en approchons. Ensuite, nous pourrons encore gagner quelques dixièmes de millimètres, voire quelques centièmes, mais à quoi bon ? Et pourra-t-on toujours porter ces pièces ? Ce sera le choix des marques...