Pour ceux du fond qui n’ont pas fait de Grec au lycée (moi non plus NDLA), le mot chronographe vient de « chronos » et « graphein » qui signifient respectivement « temps » et « écrire ». A l’origine, le principe du chronographe était de déposer une goutte d’encre sur le cadran dans le but de mesurer un intervalle de temps – puis cela s’est fait uniquement via les aiguilles. Les applications sont nombreuses, en particulier sportives, mais aussi destinées à un usage militaire ou aéronautique.
Chrono-logique !
Nous ne ferons pas ici la généalogie exhaustive du chronographe, mais remonterons à son origine. En 1815-1816, Louis Moinet met au point un « compteur de tierces », capable de mesurer les soixantièmes de seconde, avec le concours d’un horloger des ateliers Breguet. D’abord en format montre de poche, à remontage manuel, il n’avait certes pas la précision des chronographes actuels, mais le concept était né !
Les premiers chronographes en montre-bracelets ont été lancés en 1913 (Omega avec le calibre CHRO 18’’’, et Longines avec le modèle Monopusher). Il faudra attendre 1969 pour voir les premiers chronographes à remontage automatique sous la houlette d’acteurs comme Zenith, Breitling/Heuer/Büren et Seiko.
Moteur, action !
Hé oui, dans l’inconscient collectif, le chronographe est irrémédiablement attaché aux sports mécaniques, car qui dit chronographe dit souvent tachymètre. La vitesse étant une dérivée de la distance par rapport au temps, il vous suffira de calculer le temps que met une personne ou un objet à parcourir une certaine distance pour connaître sa vitesse, grâce à l’échelle tachymétrique sur la lunette de votre montre.
Certains chronographes disposent d’une échelle télémétrique ou pulsométrique, permettant de déterminer respectivement des distances ou des pulsations cardiaques.
A l’emploi
Un chronographe s’utilise avec les deux poussoirs qui entourent la couronne. Pressez celui situé à 2 h et vous déclencherez ou stopperez le chronographe, c’est-à-dire la trotteuse qui marquera le temps écoulé. Pressez le poussoir situé à 4 h et vous remettrez le chronographe à zéro.
Les petits cadrans auxiliaires, au nombre de deux et parfois de trois, reprennent heures, minutes et secondes. Ils permettent de voir d’une part si la montre fonctionne lorsque la trotteuse du chronographe n’est pas activée et d’autre part de chronométrer des temps plus longs qu’une minute.
Variations sur le même thème.
Vous pensiez le chronographe automatique comme une complication relativement commune et ne demandant pas une solide expertise ? Que nenni ! C’est un mécanisme horloger nécessitant une ingénierie toute particulière. Pour vous convaincre, laissez-nous vous présenter deux variations tout à fait singulières du chronographe : le flyback et la rattrapante.
Relâchez la pression !
La première déclinaison du chronographe que nous allons évoquer se nomme donc « Flyback » et a été conçue par Longines en 1936. Son utilité ? Permettre une mesure plus précise, notamment avec… des gants ! Une fonction très utile aux pilotes d’avion.
Une pression sur le poussoir à 2 h déclenche la trotteuse du chronographe. Maintenant, pressez le poussoir à 4 h. L’aiguille revient à 0 et recommence instantanément une prise de mesure – ce qui est très pratique pour des prises de mesure successives.
Rattrapes-moi si tu peux !
La seconde déclinaison du chronographe que nous vous présentons se nomme « la rattrapante » et prend la forme d’une aiguille supplémentaire, en plus de la trotteuse. Son utilité ? Mesurer la durée respective de deux événements, ou bien l’écart temporel entre plusieurs événements consécutifs.
Imaginez : deux coureurs s’élancent et une pression sur le poussoir à 2 h déclenche le départ des deux aiguilles de manière synchrone. Lorsque le coureur A passe la ligne, une pression sur le même poussoir stoppe l’aiguille rattrapante alors que l’autre poursuit sa course. Une fois le temps d’arrivée relevé, une nouvelle pression permet à l’aiguille rattrapante de … rattraper l’autre. Un autre coureur passe la ligne ? Recommencez l’opération pour déterminer son temps d’arrivée etc.
Vous vous en doutez, ces deux itérations particulières du chronographe sont le fruit de modifications techniques profondes du calibre horloger. La description détaillée du fonctionnement du mécanisme « flyback » et « rattrapante » pourra faire l’objet d’un prochain article à paraitre sur notre site.
Concluons !
Bien que ce soit sans doute la complication la plus courante du monde horloger, la fonction chronographe n’en est pas moins subtile et étonnante. Nous espérons que que cet article vous a été, sinon utile, au moins agréable à lire. Nul doute, en tout cas, que vous ne verrez plus votre chronographe du même œil à présent.