La saga de la Nautilus de Patek Philippe - Les héritières

Image
© Patek Philippe
Après être devenue la montre la plus désirable de toutes, la Nautilus de Patek Philippe fête ses 50 ans et David Chokron explore les histoires et l’histoire de cette icône inattendue pour WorldTempus.

Chapitre 5/6

La force et l’attrait d’une montre se mesurent à son héritage, entendu ici au sens de filiation. Lorsqu’un modèle donne naissance à des évolutions, à des sous-collections, à des modèles apparentés, voire à de véritables “jumeaux”, il peut être qualifié de fondateur. Difficile d’imaginer preuve plus éclatante d’influence. Ce phénomène n’est pas rare en horlogerie, un univers fasciné par ses icônes et leur exploitation. Mais la Nautilus fait figure d’exception : elle n’a pas engendré un seul descendant, mais deux.

The contemporary Patek Philippe Aquanaut in steel, ref. 5167A © Patek Philippe

Considérer l’Aquanaut comme une descendante de la Nautilus peut prêter à débat. Pourtant, les éléments sont clairs. Un communiqué publié pour les 40 ans de la Nautilus indiquait que l’introduction de bracelets en cuir sur certains modèles avait ouvert la voie à l’Aquanaut. Les similitudes sont nombreuses : une référence aquatique commune dans le nom, une forme générale proche (entre le carré arrondi et le cercle anguleux), une inspiration sportive similaire mais plus affirmée, un cadran aux motifs évoquant des stries, de larges index luminescents, un protège-couronne massif, et surtout un élément clé du succès de la Nautilus : l’utilisation de l’acier, parfois associé à un bracelet du même matériau. Lancée en 1997, l’Aquanaut visait à offrir un point d’entrée dans l’univers de la marque, à une époque où cette notion avait encore du poids. Certes, elle ne possède ni le prestige historique de la Nautilus, ni son ancienneté, ni son bracelet intégré, alors passé de mode, mais elle en reprend clairement de nombreux codes. Moins toutefois que la Cubitus.

Cubitus, ref. 5821A, acier et 45mm, une Nautilus d'une autre forme © Patek Philippe

La marque Patek Philippe peine à le reconnaître, mais la Cubitus apparaît sans ambiguïté comme une Nautilus à boîte carrée. Un simple regard suffit pour s’en convaincre. À l’image des tailles de diamants, qui peuvent varier tout en conservant leur identité (baguette trapèze, émeraude triangulaire, etc.), la Cubitus conserve l’essence de la Nautilus tout en adoptant une silhouette différente. Une nuance toutefois : bien qu’elle existe en acier, avec cadran bleu ou vert, elle ne suscite pas (encore) le même engouement frénétique.

Son lancement en 2024 a d’ailleurs été chaotique. Pensée comme un moyen de détourner l’attention du succès écrasant de la Nautilus, la Cubitus a suscité des réactions négatives. Face aux critiques, le président de la marque, Thierry Stern, a adopté une position ferme, provoquant à son tour des réactions. Malgré cela, la montre a suivi la trajectoire habituelle des créations Patek Philippe : elle s’est bien vendue et a rapidement atteint des prix élevés sur le marché secondaire. Son boîtier initial de 45 mm (mesuré de 10 à 4 heures), jugé trop imposant, a rapidement été complété par une version plus compacte. Dans les deux cas, la Cubitus a néanmoins rempli un rôle important.

Cubitus, ref. 5821A, acier, 45mm © Patek Philippe

À force d’apparaître dans les magazines, les ventes aux enchères et au poignet de nombreux collectionneurs, la Nautilus avait commencé à perdre en singularité. Elle était devenue un mythe, un archétype, au point d’éclipser son identité propre, notamment celle liée à son design. La Cubitus a permis de rappeler que ce style est profondément ancré dans les années 1970, avec une esthétique résolument vintage. À travers ce “fils”, on retrouve clairement les traits du “père”, en version rajeunie. Difficile de ne pas y voir une forme d’héritage. Reste à savoir si cela a réellement détourné l’attention des acheteurs de la Nautilus, sans doute moins que le ralentissement brutal du marché de la revente spéculative et de l’engouement excessif pour les montres en général.

Marque