Quelles recommandations avez-vous données à vos équipes pour enrichir la collection Tradition ?
L’idée était d’élargir la collection Tradition, mais le point de départ était en réalité la référence 7035, lancée l’année dernière à l’occasion du 250e anniversaire de Breguet. Cette pièce en édition limitée, avec un cadran guilloché et émaillé, a constitué un véritable tournant, ou plutôt une transition vers l’avenir de la collection. C’était aussi un des premiers modèles Tradition à arborer les chiffres arabes Breguet, le premier jalon naturel de l’extension. L’autre axe que je souhaitais aborder était l’introduction de la couleur sur les mouvements. Pour cela, nous avons fait appel à de nouvelles technologies.
N’oublions pas que, chez Breguet, nous aimons innover en alliant tradition et modernité. Grâce à de nouvelles techniques, nous avons pu teinter la platine et les ponts. Au final, l’association d’un cadran en émail Grand Feu avec des composants de mouvement colorisés apporte une véritable touche de modernité à la collection.
Quels métiers d’art traditionnels ont été mobilisés pour le développement des six nouvelles références ?
Je parlerais tout d’abord du guillochage, qui est omniprésent dans les collections Breguet. Nous maîtrisons en interne différents types de guillochage, que nous appliquons non seulement sur le cadran mais également sur différentes parties du mouvement. Sur la Tradition Seconde Rétrograde 7038, le couvercle du barillet est décoré d’un magnifique guilloché soleillé, tout comme la masse oscillante en or rhodié que l’on peut observer côté fond.
Les nouveaux modèles présentent aussi un très beau travail d’émaillage sur le cadran…
On dit souvent que le cadran est le visage de la montre et la Tradition en possède deux : le cadran, bien sûr, et le mouvement. Sur ces pièces, nous avons choisi de mettre en lumière l’émail Grand Feu, décliné en blanc et en noir sur une base en or blanc, l’alliage idéal pour cette technique. Entre trois et cinq couches d’émail sont appliquées sur le cadran qui, après chaque application, est enfourné individuellement à près de 800 degrés Celsius. Sur les deux modèles Tradition GMT, nous avons poussé l’exercice plus loin en introduisant un effet fumé, un dégradé allant du vert au noir, pensé pour entrer en résonance avec le revêtement PVD noir du mouvement. Le dégradé est l’un des effets les plus délicats à maîtriser en émaillage, car il est encore plus exigeant qu’un émail uni.
Au-delà des métiers d’art traditionnels, quelles améliorations ont été apportées au design des nouveaux modèles ?
La combinaison du cadran en émail avec les composants de mouvement en couleur constitue la principale évolution du design. Nous avons introduit de nouvelles technologies pour coloriser la platine et les ponts, ce qui confère à la collection un souffle de modernité tout en restant pleinement fidèle au savoir-faire Breguet.
Et les mouvements ? En quoi ces pièces reflètent-elles l’héritage technique d’Abraham-Louis Breguet ?
Les modèles Tradition ne contiennent pas moins de 14 inventions signées Breguet. Le spiral Breguet avec courbe terminale spécifique, introduit ici en silicium, est probablement l’une des plus célèbres.
Le pare-chute est également l’un des mécanismes les plus emblématiques d’Abraham-Louis Breguet. La géométrie de la masse oscillante des modèles 7037 et 7097 fait quant à elle référence à la montre « perpétuelle », cette invention qu’Abraham-Louis Breguet a été le premier à faire fonctionner en 1780. Breguet fut aussi le premier horloger à utiliser le platine, c’est pourquoi certains nouveaux modèles arborent une masse oscillante dans ce métal plutôt qu’en or.
La collection Tradition porte ce nom depuis sa création en 2005, pourtant elle apparaît très contemporaine. N’y a-t-il pas un paradoxe ?
C’est une collection dont l’héritage est en mouvement. La Tradition a été lancée en 2005, mais son expression contemporaine s’inspire d’une montre extraordinaire réalisée par Abraham-Louis Breguet à la fin du XVIIIe siècle : la montre à tact, inventée en 1799. Conçue non pas pour lire l’heure mais pour la ressentir, elle laissait admirer le mouvement avec ses engrenages, sa masse oscillante et son balancier, le cœur battant du calibre. La Tradition repose donc sur un mélange de tradition et de modernité : nous avons insufflé une touche de fraîcheur grâce aux animations de cadran et aux différents revêtements appliqués sur le mouvement.
Pensez-vous que la collection Tradition réunit désormais tous les ingrédients pour devenir une icône ?
Vingt ans d’existence, c’est assurément trop court pour être qualifiée d’icône, mais je suis convaincu que cette collection réunit tout ce qu’il faut pour le devenir. Elle possède l’histoire, l’héritage en mouvement, comme je le disais précédemment, ainsi que le savoir-faire et l’artisanat qui s’expriment à travers chaque composant. Je crois que cette collection a tous les atouts pour devenir une icône majeure de la maison. L’avenir nous le dira !