Pierre Jaquet-Droz (1721 – 1790) était un infatigable voyageur, allant lui-même présenter ses automates et pendules aux cours de Chine, d’Espagne, de Russie. En son siècle, la navigation au long cours est balbutiante. Le concept de fuseaux horaires n’existe pas. Néanmoins, l’atelier qui porte aujourd’hui son nom s’est emparé de son esprit vagabond pour développer, en 2016, la Grande Seconde Dual Time.
Sans surprise, la pièce affiche la géométrie fétiche de la marque, ce vaste « 8 » dessiné du temps du fondateur et sur lequel Jaquet Droz a bâti l’essentiel de son identité esthétique. Sa transposition avec un « dual time » n’est pourtant pas chose aisée. La Grande Seconde se caractérise par sa gestion du vide, des espaces, de la respiration graphique, plus que par ce qui l’habite. Ce qui fait sa force n’est pas tant ce qui s’y dessine que sa légèreté, sa pureté. Il fallait donc trouver le moyen d’insérer une deuxième aiguille des heures, mais aussi une date, sans diluer la force de la grande seconde puisque c’est elle qui donne son nom à la collection. Et le tout sans surcharger un design séculaire d’une élégance parfaitement équilibrée.
Pour implanter ces fonctions, les designers Jaquet Droz ont choisi le disque bas du « 8 », celui qui offre le plus de place. Là, on trouve deux aiguilles qui s’ajoutent à la majestueuse grande seconde : une deuxième aiguille des heures bleue (sauf sur le cadran en onyx) et une aiguille de date à bout rouge. Les codes couleur associés sont clairs et intuitifs : les chiffres des heures de 1 à 24 sont bleus, différenciés de ceux de la date avec le « 31 » en rouge.
Autre aspect essentiel de la grammaire esthétique de Jaquet Droz : les alternances de polices et numérations. Le temps local, en haut du « 8 », est en chiffres romains. C’est une constante de la Grande Seconde. Le temps domestique, celui que l’on a quitté, est en bas du « 8 » : il est en chiffres arabes. Toute la beauté de l’exercice s’apprécie à la jonction des deux cercles, où les mentions « 60 » et « 31 » prennent le dessus sur les 5e, 6e et 7e heures. Un véritable cas d’école de design d’une rare maîtrise, où l’on appréciera même que le chiffre romain correspondant au « 4 » soit écrit « IIII » et non « IV », comme le veut l’usage, afin de créer un équilibre avec son alter ego, le « VIII » situé en face. Un plaisir de fin gourmet.
À sa sortie en 2016, la Grande Seconde Dual Time se décline en trois versions de 43 mm de diamètre : cadran en émail grand feu ivoire pour la boîte en or rouge, cadran opalin argenté ou en onyx pour la boîte en acier. Elle sera actualisée en 2019 avec un planisphère gravé au laser au centre du module GMT, sur cadran blanc ou noir, en boîte or rouge ou acier.
Toutes ces versions ne sont aujourd’hui plus fabriquées. Jaquet Droz se concentre dorénavant exclusivement sur des créations sur mesure, avec un fort accent sur les boîtes en saphir. De nombreuses options de personnalisation sont également proposées pour les vis, les index, les aiguilles ou encore le bracelet. De quoi faire le tour du monde avec la certitude de ne jamais croiser la même Grande Seconde Dual Time que celle que l’on a au poignet.
Jaquet Droz Dual Time
Boîtier : or rouge ou acier, étanche à 30 m
Dimensions : 43 mm
Mouvement : mécanique à remontage automatique, calibre 2663H24, 28 800 A/h, 65 h de réserve de marche
Fonctions : heures, minutes, grande seconde, date, second fuseau horaire
Cadran : émail grand feu, argenté ou onyx
Bracelet : alligator noir rembordé main, boucle déployante
Année de lancement : 2016
Cette année, GMT Magazine et WorldTempus se sont lancés dans le projet ambitieux de résumer les montres GMT et Worldtimers depuis l'an 2000 dans The Millennium Watch Book - Montres de voyage, un grand et beau livre magnifiquement illustré. Cet article en est un extrait. The Millennium Watch Book - Montres de voyage est disponible en précommande en français et en anglais ici.