Chopard : L’alchimiste de l’or

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© Chopard
Éminemment secrète, la fonderie Chopard confère à la manufacture une totale indépendance ainsi que la garantie que ses alliages sont 100 % éthiques. Il s’agit d’un lieu atypique, où officie un artisan essentiel, héritier d’un savoir-faire qui n’a pratiquement pas évolué depuis l’Antiquité.

C’est un paradoxe que cultive l’horlogerie. De son or, on sait presque tout : son poids, sa composition, sa provenance. Mais nul n’a droit de regard sur son lieu de naissance. Peu de manufactures possèdent de telles fonderies, et Chopard fait partie de ce cercle très fermé. À Genève, la maison familiale dispose de la sienne, un site hautement sécurisé.

C’est Karl Scheufele, le père de Caroline et Karl-Friedrich Scheufele, coprésidents de Chopard, qui a souhaité créer cette fonderie en 1978, avec pour objectif de verticaliser la production et de gagner une complète indépendance. Cet espace hors du temps, assez réduit, constitue une exception artisanale. Il se situe dans les sous-sols de la manufacture, où l’on travaille la matière première. 100 % de l’or utilisé par Chopard y est fabriqué. Contrairement à l’horlogerie et à la joaillerie, qui se distinguent par la qualité de leur finition manuelle, la fonderie façonne l’or pur, brut, le lingot. Il y réside quelque chose de noble, massif, tout en conservant un mystère : nul ne sait à ce stade quelle montre ou quel bijou en sera issu. Le lingot est un embryon, contenant la somme de tous les possibles en général, mais aucun en particulier.

Tradition millénaire

La fonderie cultive également sa singularité artisanale. Si les CNC ont depuis longtemps droit de cité aux côtés des brucelles d’horloger, la modernité reste à la porte de la fonderie. Le procédé n’a pratiquement pas changé depuis l’Antiquité : une balance pour peser les composants de l’alliage désiré, un creuset, un four à 1100 °C, un gant pour extraire le matériau en fusion, un bac d’eau pour le refroidir.

Cette simplicité explique la présence d’un seul artisan pour effectuer les coulées. Chez Chopard, c’est Paulo qui en est responsable. Il réalise 10 à 11 coulées par jour. « On me considère parfois un peu comme un alchimiste, parce que je transforme l’or. Il n’existe pas d’école pour devenir fondeur d’or, ça s’apprend sur le tas », précise-t-il.

Posséder sa propre fonderie permet à Chopard de garantir le caractère 100 % éthique de l’or, ce qui est en vigueur depuis juillet 2018. L’enjeu a toujours été central pour la manufacture, pionnière de l’or Fairmined. Les clients, notamment les plus jeunes, sont particulièrement attentifs aux critères de responsabilité et de traçabilité.

L.U.C Quattro in 18-carat ethical rose gold © Chopard

Une fabrication très contrôlée

Les étapes de façonnage de l’or Chopard restent immuables. La première consiste à préparer la recette. Trop malléable à l’état pur pour être utilisé en horlogerie ou en joaillerie, l’or est associé à d’autres éléments qui modifient ses propriétés. Selon le résultat attendu (or jaune, blanc ou rouge), les proportions de cuivre, zinc, palladium ou argent varient. Pour fabriquer un lingot de 8 kilos, Paulo utilise 6 kilos d’or pur et 2 kilos d’alliages. La couleur obtenue est étalonnée, avec sept nuances allant du jaune clair au rouge soutenu, de 0 N à 6 N.

Viennent ensuite les étapes de travail de l’or fondu : mélange des matières, coulée dans un four sous vide chauffé par induction, démoulage, refroidissement, brossage et laminage pour réduire l’épaisseur du lingot. L’or pur, une fois refroidi, présente un indice de dureté de 160 Vickers. Laminé, il atteint 210 Vickers, restant suffisamment tendre pour être travaillé.

Le processus se termine par une vérification interne de conformité, complétée par un second contrôle externe. Tous les lingots doivent respecter les mêmes standards, supervisés par le CMP, Contrôle des Métaux Précieux Suisse, héritier des premiers organismes de contrôle de pureté, poinçonnage et commerce de l’or, de l’argent, du platine et du palladium, créés en 1880. Chaque lingot Chopard porte ainsi le poinçon du CMP.

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Dans la fonderie d'or de Chopard, manutention d'une lingotière qui contient une masse de 8 kg d'or allié, fondu et refroidi avant le démoulage en lingot, qui sera ensuite acheminé au laminage et transformé en bande de matière précieuse © Chopard
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