Breguet après Breguet

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Montre 1176 à Tourbillon par Abraham-Louis Breguet - © Breguet
Que s’est-il passé pour Breguet après le décès de son fondateur ? Plus de deux siècles d’histoire familiale, mais pas seulement. À l’occasion des 250 ans de la maison, le temps est venu de comprendre ce qu’il est advenu de Breguet, après Breguet.

Abraham-Louis Breguet : 1747 - 1823. 

Renaissance de la manufacture Breguet : 1999, lorsque la marque est reprise par le Swatch Group, sous la géniale intuition de son CEO de l’époque, Nicolas Hayek. 

Entre les deux ? Une activité sporadique mais bien réelle, qui passe la plupart du temps sous les radars. Avec une particularité : alors que bien des maisons renommées affichent « une activité continue depuis » qui n’a jamais existé que dans leur PowerPoint, Breguet a toujours fait état de la plus grande transparence quant à sa trajectoire historique. 

Cet attachement à la précision, aux faits justes, est le fruit du travail d’Emmanuel Breguet. Historien de formation, l’homme a considérablement documenté l’histoire de la maison, de sa famille. Un travail d’une clarté rare et remarquable, qui a renforcé les liens entre une manufacture et ses collectionneurs qui apprécient non seulement la précision d’une Breguet...mais aussi de son histoire.  

1823, premier tournant

Abraham-Louis Breguet décède à 76 ans, le 17 septembre 1823. Son seul descendant est son fils Antoine-Louis. Il a alors 47 ans et n’hérite pas de fortune particulière. L’économie de la maison Breguet est fragile, chahutée par une histoire mouvementée entre Révolution, Directoire, Consulat et Restauration.

1. Antoine-Louis Breguet, enfant unique d'Abraham-Louis Breguet © Breguet
Antoine-Louis Breguet, enfant unique d'Abraham-Louis Breguet © Breguet

Breguet fils va diriger pendant 10 ans l’entreprise de son père. Il s’engage notamment dans la production de montres de marine, tout en poursuivant les complications développées par son père. Dessinateur aguerri, inventeur prolixe, il n’a malheureusement pas le talent commercial de son père. Il vend de son vivant la maison à son propre fils, Louis-Clément, en 1833. Breguet devient « Breguet, Neveu et Compagnie ». 

1833, la diversification

Louis-Clément comprend que l’horlogerie se généralise. La marque ne peut plus vivre que de pièces uniques et commanditaires couronnés. Il l’oriente donc vers les instruments de physique et la naissante fée électricité. La production horlogère, pour renouer avec des ventes en bernes, devient standardisée. Le succès commercial est au rendez-vous. Louis-Clément en profite alors pour revenir aux fondamentaux, et réengage la production de pièces uniques, pendules sympathiques, et entre lui-même au Bureau des Longitudes.

2. Louis-Clément Breguet vers 1850, petit-fils d'Abraham-Louis Breguet © Breguet
Louis-Clément Breguet vers 1850, petit-fils d'Abraham-Louis Breguet © Breguet

 

1845, première scission

Louis-Clément aura trois fils, dont Antoine. C’est donc la 3e génération Breguet après Abraham-Louis. Brillant polytechnicien, il se passionne lui aussi pour la physique, à tel point que son père coupe la maison familiale en deux : d’un côté, la « R&D » en physique, qu’il conserve ; de l’autre, la branche horlogère, qu’il cède en 1870 à son chef d’atelier anglais, Edward Brown. 

La branche horlogère Breguet va donc s’éteindre ici : Antoine, troisième génération, meurt à 31 ans. L’homme avait bien deux fils, Louis et Jacques, mais ils s’orientent vers l’aviation, avec un succès qu’Emmanuel Breguet a lui-même relaté dans nos colonnes. À partir de 1870, l’horlogerie Breguet est donc pilotée uniquement par la famille Brown. 

God Save Breguet

Les Brown vont faire vivre Breguet pendant un siècle, de 1870 à 1970. L’effort est louable car fracturé par deux guerres mondiales et la révolution bolchevique de 1817, alors que la Russie était le plus important marché de Breguet. Malgré tout, la famille Brown renoue avec le commerce international et développe trois axes horlogers : montres simples et plates, montres à répétition, et pendulettes de voyage, alors en vogue. Elle aura aussi la judicieuse intuition de se rapprocher de l’aéronautique, dans laquelle la branche historique de la famille Breguet excelle - l’essor des Type XX en est l’élément saillant. 

1970, retour en France

En 1970, la famille Brown se retire et cède la maison à son voisin de la place Vendôme, les frères Chaumet, joailliers souhaitant progresser en horlogerie. Mais Chaumet n’obtient pas l’essor escompté.  Les frères revendent la marque en 1987 à InvestCorp. La firme lui alloue de larges moyens pour revenir au style d’Abraham-Louis. La renommée de Breguet redevient considérable. L’Asie s’en entiche. Le nouvel atelier, de nouveau installé en Suisse, n’arrive pas à suivre. Trois entités sont alors créées - procédé classique pour une société d’investissement qui cherche à en maximiser la valeur : Nouvelle Lémania (mouvements), Valdar (Composants), et naturellement Breguet. C’est le méconnu Groupe Horloger Breguet. 

3. Nicolas Hayek © Library Am Guisanplatz, Collection Rutishauser
Nicolas Hayek © Library Am Guisanplatz, Collection Rutishauser

Mais l’essor de la marque, doublé du renouveau, à la fin des années 90, de la belle horlogerie mécanique Swiss Made, dépasse les compétences d’InvestCorp, qui se retire. En 1999, Nicolas G. Hayek reprend la marque, et la place au sommet de son Swatch Group, aujourd’hui premier groupe horloger mondial. 

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