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Les pierres affichent les couleurs

Les pierres affichent les couleurs - Joaillerie
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Diamants bleus et saphirs orange, les précieuses se dévergondent, pendant que pierres dures et fines - améthystes, péridots, grenats aigues-marines et tourmalines - s‘installent dans le coeur des Françaises.

 

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Les pierres affichent les couleurs

 

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Diamonds are a girl‘s best friend », miaule Monroe, crinière peroxydée, souvenir inoxydable. Howard Hawks préfère les blondes, et Marilyn, les diamants. La pierre - très - précieuse l‘habille le jour comme la goutte de N° 5 drape ses nuits. Eternel, universel, ce lointain cousin du charbon rend les coeurs ardents et les femmes lui vouent une fidélité sans accroc. Un diamant, sinon rien, semblaient-elles signifier. Pourtant, aujourd‘hui, les temps changent et les goûts se teintent. Maintenant, place Vendôme, les Chaumet, Cartier, Boucheron et autres Van Cleef & Arpels habillent leurs vitrines de bijoux colorés où le brillant n‘est plus la pierre à valoriser mais la composante indivisible d‘un ensemble. Mieux encore, les créateurs nourrissent désormais une fascination égale pour les pierres d‘extraction noble et roturière. Ils jouent les marieuses célébrant des noces aussi inattendues qu‘éblouissantes : pierres, corail, gemmes, perles. En s‘offrant de vastes palettes de couleurs, le métier de joaillier élargit son champ du possible. Il conjugue la souveraineté de l‘artisan à la folle indépendance de l‘artiste. Art et ingénierie. Cristobal Balenciaga avait ces mots à la bouche pour parler de son métier : « Un bon couturier doit être architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l‘harmonie et philosophe pour la mesure. » Une définition qui colle à la peau de Lorenz Bäumer. L‘homme, tel Shiva, joue de ses mains dans une multitude de disciplines. Joaillier de la place Vendôme, il garde derrière les codes muets des coffres-forts ses écrins de pierres de couleur. Ils sont rangés en une mathématique précise ; des teintes les plus foncées au plus claires. Prise au hasard, une boîte gansée de pourpre abrite mille fragments taillés de tourmaline. Ici, la palette débute par le rose le plus pâle, poursuit dans les chairs propres à Boudin et Boucher, s‘achève entre un verre de bourgogne et un jardin de lilas. Les écrins se succèdent et la tourmaline revêt son manteau d‘arlequin : rouge, jaune, brun, rose, vert, bleu, violet, noir. D‘autres boîtes, d‘autres trésors : jaspe rouge, calcédoine bleue, quartz rose... « Les glypticiens semblent savoir animer, tels de prodigieux alchimistes, le règne minéral. Les pierres ornementales utilisées viennent du monde entier », rappelle Lorenz Bäumer. Elles viennent aussi du monde peuplé de l‘Histoire. Fines, précieuses ou dures, les gemmes ont coloré le passé avant de figurer un avenir polychrome. Les premières compositions de couleurs apparaissent en Europe au XIXe siècle, puis perdurent au début du XXe, de l‘Art nouveau à l‘Art déco. A partir de 1925, des commandes de maharadjahs donnent à Cartier l‘occasion de traiter d‘imposantes pierres précieuses en de spectaculaires combinaisons multicolores. En 1936, la célèbre maison fait de son collier Tutti Frutti un bijou de légende. Composé de saphirs, d‘émeraudes, de rubis, gravés, en boule, en cabochons, et de brillants et diamants taille baguette, on le dit « fruité » ; un manifeste de la couleur hissée haut. Aujourd‘hui, l‘engouement pour les pièces très prestigieuses permet encore aux joailliers de mettre sur le marché des joyaux de 10 millions d‘euros. Et les pierres précieuses aux couleurs aussi délicates que raffinées composent des performances que les très riches se disputent à prix d‘or. Simplement pour le plaisir. « Les pierres fines permettent des tailles de 30, 40, 50 carats que les rubis, émeraudes et saphirs d‘exception, de plus en plus chers et rares, rendent impossibles. » Nicolas Bos - directeur international de la création et du marketing chez Van Cleef & Arpels - peine à trouver des superlatifs à la hauteur de certains béryls ou opales dont la splendeur est éloquente. Les maisons de la place, aujourd‘hui, mettent l‘idée au service de la pierre. Et non plus l‘inverse. Paradoxalement, via le grand retour des pierres d‘origine roturière aux doigts et au cou des dames, le bijou se démocratise quand les joyaux s‘aristocratisent. Les grosses fortunes se multiplient dans les pays émergents. Les pétrodollars se convertissent rapidement en usines à rêves dans les salons dorés où erre l‘indolence. Une nouvelle clientèle, à la fortune expansive, se bouscule aux portes du luxe français. La Chine, la Russie et l‘Inde, bien sûr, mais aussi les pays d‘Asie centrale et d‘Amérique latine, ont réveillé le marché de la joaillerie. Pour ces nouveaux riches, il faut montrer sa réussite. Leur fortune doit se matérialiser dans de l‘identifiable, et leurs bijoux se voir. Les pierres qui ornent les doigts précieux sont imposantes et leurs couleurs, vives et opulentes. De plus, dans ces pays politiquement instables, la joaillerie a valeur d‘investissement. En cas de coup dur, il est plus facile de transporter son collier que son immeuble !

Des clients... hauts en couleur

La tendance et les goûts vont à l‘inverse en Europe. Ici, les acheteurs adoptent le profil bas, une attitude que les problèmes de société et le pouvoir d‘achat en berne exacerbent. On fait moins la fête qu‘avant, on redoute d‘attiser les convoitises et de provoquer les agressions. « Pour vivre heureux, vivons cachés », dit très justement l‘adage. Me Joron-Derem, commissaire-priseur, est réputé pour ses ventes de bijoux. « En France, dit-il, les femmes ne se promènent plus avec de gros diamants aux doigts. Elles leur préfèrent les pierres fines, moins ostentatoires. S‘ouvre une voie royale pour les améthystes, aigues-marines, topazes, morganites, plus fantaisie... » La femme moderne représente la cliente emblématique de cette nouvelle génération d‘acquéreurs. Trentenaire, indépendante financièrement et émancipée, elle est néanmoins contrainte par un budget limité. Cette über - trop n‘est jamais assez - affectionne les parures voyantes mais s‘astreint à des sommes raisonnables. Les pierres fines comme les grenats, les citrines ou les améthystes permettent de donner des tailles plus volumineuses aux créations, d‘obtenir un éventail de couleurs que les quatre précieuses ne permettent pas, tout en offrant l‘avantage du prix. C‘est pour cette nouvelle cliente, entre autres, que les joailliers ont innové dans les produits d‘entrée de gamme. « Il y a un affranchissement des codes. Le précieux était statutaire ; aujourd‘hui, il se démocratise. Désormais, la fantaisie peut rimer avec le luxe. Apparaît une forme de décomplexion. Du même coup, la joaillerie s‘affranchit d‘une mode figée et répétitive et s‘autorise à nouveau le décor et la bagatelle. » Thomas Zilbermann, du bureau des tendances de Carlin International, est spécialiste de la femme et de ses apparats. Pour lui, la nouvelle Eve cultive les paradoxes. Elle décale ses tenues achetées dans des enseignes populaires en portant des bijoux de haute joaillerie. Et harmonise les coloris de ses vêtements avec ses bijoux. Quant aux hommes, selon Lorenz Baümer, ils contribuent aussi au grand retour de la couleur : « Depuis quelque temps, ils s‘enhardissent avec des diamants, ayant redécouvert, semble-t-il, l‘usage des parures de pierres. » Mais attention : le diamant n‘est plus blanc mais chocolat, cognac ou mordoré. Mieux : quand il est noir, il « parfait le doigt des hommes ». Bien que le décret du 29 novembre 1968 limite l‘emploi du terme précieux aux seuls diamants, rubis, saphirs et émeraudes, les autres gemmes trouvent, désormais, une place identique dans le coeur des créateurs et des acquéreurs grâce à leur attrait esthétique, leur rareté et leur pouvoir de réfraction. Le diamant n‘est plus solitaire. Les pierres se conjuguent au pluriel. Les joailliers ont à disposition une palette de couleurs dans laquelle tremper leur imaginaire. Claudie Baran

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SOURCE : Le Figaro Magazine, 25 août 2008 (cliquez sur la morganite ci-dessus)...