24 Heures - 8 novembre 2010
Vincent Meandly
Quand la manufacture de haute horlogerie Jaeger-LeCoultre fait portes ouvertes?– ce qui n'était plus arrivé depuis 2004 –, il faut un carton d'invitation pour entrer. Et pour cause: dans ses ateliers sont fabriquées des montres dont le prix peut compter 6, voire 7?chiffres, et qui habillent les poignets des grands de ce monde. Un contrôle d'identité attend donc les quelque 3500 invités venus découvrir l'usine du Sentier, tous parents ou amis des 1150 employés. Exceptionnellement pour un samedi, les régleurs, micromécaniciens, sertisseurs et horlogers sont à leur poste de travail, prêts à répondre aux questions des curieux.

Dédale de bâtiments, de couloirs et d'étages, Jaeger-LeCoultre se transforme au fil de la matinée en une véritable fourmilière. Au milieu des grappes de visiteurs, on distingue les employés à leur blouse de travail: bleue pour les machinistes, blanche pour ceux qui travaillent à la main. Les agents de sécurité passent, eux, inaperçus. «Pourtant, ils sont nombreux aujourd'hui», glisse l'attachée de presse Christine Giotto, qui nous suit comme notre ombre. A l'atelier d'empierrage, Hugo, «12?ans et demi», assiste à la pose d'un tout petit rubis synthétique sur une platine. Impressionné: «L'usine est immense et les pièces tellement minuscules!» De l'ordre du micron. «Je ne pourrais pas travailler ici, lâche sa petite sœur, Marion. Je suis trop maladroite!»

Au milieu des décolleteuses à commande numérique, une dame ne cache pas sa stupéfaction: «C'est hallucinant. Toutes ces machines n'existaient pas il y a quarante ans.» Nombre de visiteurs se montrent moins estomaqués. Et pour cause: à la Vallée et en France voisine, le monde de l'horlogerie n'a plus de secret pour personne. «Je travaille chez Breguet, mais c'est intéressant de voir comment c'est organisé dans d'autres usines», témoigne Valérie, venue avec sa fille, Léa.

Pour Jaeger-LeCoultre, ces portes ouvertes sont l'occasion de faire découvrir son nouveau bâtiment, inauguré il y a un an. Mais aussi de susciter des vocations. «Nous n'avons engagé personne en 2009, mais nous recommençons à embaucher», indique Christine Giotto.
Les ateliers réunissent plus de 40 corps de métiers et 20 technologies de pointe

Galvanoplastie
On dépose sur les pièces métalliques une très fine couche d'un métal plus noble tel qu'or, argent ou rhodium afin de l'embellir et de la protéger. Cette opération est réalisée par électrolyse, en baignant la pièce dans de l'eau contenant le métal noble et en activant un courant électrique. Ce dernier vient fixer l'or ou le rhodium sur le composant. Entre sous-couche et rinçage, il faut parfois vingt bains pour obtenir le résultat souhaité.
Vernissage et décalque
La peinture de ce disque du ciel, représentation de toutes les constellations, est réalisée par une machine. Les pigments et vernis sont ensuite fixés en passant dans une sorte de four qui les fait «descendre » dans lemétal. Lamoindre poussière, invisible à l'oeil nu, se verrait sur la pièce une fois chauffée. Pression et température de l'air sont contrôlées dans cet atelier, qui était l'un des rares à être inaccessibles samedi.

Spécialités horlogères
Une quarantaine d'horlogers travaillent exclusivement à l'assemblage desmontres-bracelets dotées de complications. Ces garde-temps exigent en effet une concentration de tous les instants et un grand savoir-faire. La plus complexe créée par Jaeger- LeCoultre, laDuomètre àGrande Sonnerie, compte 26 complications et quelque 1300 composants. Elle devrait être commercialisée en 2011.
Empierrage
Les rubis synthétiques, qui peuvent mesurer moins d'un micron, sont délicatement «chassés» dans les platines ou les ponts. C'est-à-dire qu'ils sont enfoncés dans leur minuscule emplacement par pression, à l'aide d'une machine. Leur présence permet de réduire l'usure due aux frottements et garantit une plus longue vie au pivotement du rouage. Sur chacune des pièces est gravé le nombre de rubis qui la garnissent.

Décolletage
Mécaniques ou à commande numérique, les décolleteuses usinent de fines barres demétal (laiton, acier, bronze) pour en faire deminuscules pièces, avec une précision de plus oumoins 2microns. Certains composants sont siminuscules que la production d'une semaine tient dans un dé à coudre. Les déchetsmétalliques sont renvoyés au fournisseur et recyclés.
Montage Atmos
Les horloges Atmos ont leur atelier à part, où les horlogers se concentrent sur leur assemblage et leur réglage, et assurent le service après-vente. Particularité de ces horloges: elles tirent leur énergie de la température ambiante. Chaque variation,même de 1 degré, comprime ou dilate un gaz et fournit l'énergie suffisante pour qu'elles n'aient jamais besoin d'être remontées. La Confédération en offre souvent aux visiteurs étrangers.
