Tribune des Arts - Juin 2010Sylvie Guerreiro
A la différence des Orientaux, les Russes ne sont pas fous de ce qui brille. Il n'empêche. Leur montre se doit d'être démonstrative. Mais pas pour rien. Elle doit aussi être technique. Car en matière de belle horlogerie, cette population n'est plus née de la dernière pluie. Elle s'y connaît, et de plus en plus. C'est pourquoi, Jaeger-LeCoultre sort une édition limitée à seulement 18 exemplaires (au lieu de 75) de sa superbe Master Grande Tradition Grande Complication. Elle reste en or, bien entendu, pour le côté luxe et brillant, mais de l'or rose, pour son rendu plus visible. En revanche, pas de sertissage. Les seules pierres précieuses qui subsistent sont les 49 rubis que compte le fameux calibre Jaeger-LeCoultre 945 à remontage manuel. La marque ne tenait pas à se lancer tout de suite dans une version haute joaillerie. Il fallait conserver cette notion d'hommage à la grande tradition horlogère qui, ici, revêt aussi une dimension interactive. Je dirais même que le choix du noir, tant pour le bracelet – toujours alligator – que pour la glace saphir recouvrant le cadran – toujours guilloché – accentue encore cette caractéristique, bien que cela émane d'avantage d'une envie de différencier les deux versions. Désir qui s'incarne également dans le soleil plus grand et flamboyant qui effectue une révolution sur la périphérie du cadran en 234 h, indiquant ainsi les signes du zodiaque et les mois, à la fois que le temps solaire moyen, c'est-à-dire notre temps “officiel”. Quant à la carte céleste, elle reflète désormais le ciel de Moscou. Bien sûr! Et les mois, comme les constellations, sont en Cyrillic.
Trios de complications
A l'intérieur, rien de nouveau. La même splendeur technique, la même complexité si bien dissimulée derrière une apparente simplicité. Selon la tradition, une Grande Complication se compose de trois complications horlogères. C'est pourquoi, ce modèle qui réinterprète le temps astronomique d'une manière tout à fait inédite et poétique, rassemble ou plutôt lie de manière inextricable, un calendrier zodiacal et sidéral, une répétition minutes dont le son doit son étonnante clarté et plénitude au fait qu'il soit émis par deux timbres “cristal” cathédrale directement fixés sur le verre saphir et un tourbillon volant qui décrit ses évolutions sur la carte céleste. Ce dernier n'affiche pas le passage de l'heure civile, mais celui de l'heure sidérale dont la durée est plus courte de près de quatre minutes par rapport à l'heure solaire.
Au total, le mouvement compte 527 pièces, toutes assemblées et ajustées par les mains d'un seul horloger. Et si le tourbillon est là pour veiller à l'exactitude de la mesurer du temps, celle-ci va encore plus loin grâce à son échappement de dernière génération en silicium, spécialement mis au point pour fonctionner à l'intérieur d'une cage en titane. Bref, tout ce que les Russes adorent!
