L’anticonformiste Jorg Hysek

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Jorg Hysek the anti-conformist - Slyde
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Slyde attise les commentaires les plus extrêmes. Du coup de maître au coup de bluff, son illustre fondateur, Jorg Hysek, a tout entendu. C’est probablement ce qui fait doucement sourire cet anticonformiste né, qui n’a jamais cessé de se jouer des jugements hâtifs.

Beaucoup de marques se disent seules sur leur créneau. Peu le sont vraiment. Une l’est sans aucune contestation possible : Slyde. Qui sont les autres manufactures digitales suisses ? Il n’y en a pas.
A la base de ce projet fou, il y a Jorg Hysek. L’homme est plus connu du grand public pour sa marque éponyme, Hysek, lancée en 1997. En coulisses, il est aussi le designer de la « 222 » de Vacheron Constantin, de la Kirium de TAG Heuer, de la Marine de Breguet, entre autres. Pourtant, Jorg Hysek suit un seul credo : «Un bon designer doit toujours être en avance sur son temps », assène-t-il. C’est probablement cela qui l’a conduit à créer Slyde. Le premier exemplaire fut vendu en décembre 2011. Aujourd’hui, la marque établie à Luins, dans le canton de Vaud, emploie une vingtaine de personnes et est distribuée dans plus de 150 points de vente à travers le monde.

Insaisissable Jorg Hysek

Jorg Hysek
Tous les designers voient leurs premières esquisses amendées pour des raisons techniques. Les dessins les plus audacieux n’échappent pas au fait qu’une montre comporte des rouages, une masse oscillante ou une couronne, une platine, des rubis, etc, et les premières ébauches doivent donc s’adapter à ces réalités techniques.

Slyde prend le contrepied total : en numérisant son mouvement, libre de toute contrainte technique, la marque pouvait développer n’importe quelle forme de boîtier. Et pourtant, Jorg Hysek a conçu un tonneau traditionnel ! Pied de nez à l’industrie horlogère ?

«One should never be confined within a given style or conventions»
En réalité, Jorg Hysek a toujours suivi sa propre voie, sans vraiment se soucier des dires de chacun. Sa 222 de Vacheron Constantin se jouait d’un design traditionnel en y adjoignant une lunette crénelée, comme si les formes classiques pures l’ennuyaient. Pour sa propre marque Hysek, il brise toutes les frontières, avec des pièces ultra compliquées aux dimensions hors norme : « Il ne faut jamais se laissait enfermer ».

Avec Slyde, il revient à des dessins plus traditionnels... mais en supprime purement et simplement le mouvement mécanique. Et pourtant, Jorg Hysek confesse : « Je suis de nouveau presque en retard ! ». La marque s’impose progressivement mais ses débuts ont soulevé de nombreux doutes d’observateurs : « Tout le monde me disait que ça ne marcherait pas, mais avec de l’énergie et de la force, ça marche », juge-t-il aujourd’hui.

Tout sauf une smartwatch !

De même qu’il est difficile de saisir l’homme, il est difficile de saisir la marque, faute de repères. Le segment « manufacture digitale » n’existe tout simplement pas en dehors de Slyde. Sa clientèle ? « Assurément, des gens qui ont déjà une culture mécanique », indique Jorg Hysek. Ainsi, il s’agit souvent de collectionneurs. A la recherche d’une "horlogerie" du troisième type, ces hommes font le choix d’une pièce qui rompt les codes mais, en même temps, rapproche les générations. On trouve ainsi quelques cas de parents voulant offrir une montre atypique à leurs enfants. Slyde, le meilleur moyen de faire découvrir l’horlogerie aux jeunes ?

«Technically, there is no limit to digital simulation»
Pour cela, la montre ne manque pas d’arguments. Elle est ainsi capable de simuler heures sautantes, sur rouleaux, tourbillons, phase de lune, etc. « Techniquement, il n’y a pas de limites à la simulation numérique », se réjouit Jorg Hysek. Et cette approche horlogère classe d’emblée la Slyde en dehors du marché des ‘smartwatch’, éditées par Apple et autres Samsung. Toutes partagent la même culture tactile, mais là s’arrête l’analogie, les ‘smartwatch’ étant par nature utilitaires (email, appareil photo, réseaux sociaux, etc.).

Slyde
Se jouer des mouvements hâtifs

La critique la plus facile reste celle de son antagonisme frontal avec l’horlogerie mécanique. L’argument ne tient évidemment pas, les deux produits étant sur deux créneaux radicalement différents. Il n’y a donc pas d’opposition, mais davantage une complémentarité.

Au final, si Jorg Hysek utilise les codes esthétiques de l’horlogerie traditionnelle, notamment ses finitions (or, PVD, titane, etc.), c’est pour mieux tromper l’ennemi. En somme, Jorg Hysek peut se permettre toutes les analogies horlogères : il sait que ceux qui ont saisi le concept Slyde ne feront de toutes manières pas ce parallèle. Les autres lui assurent la meilleure publicité qui soit : « Dire du mal, ça fait vendre », dit l’adage !

Regardant l’avenir, au delà du design, Jorg Hysek penche vers les prochaines fonctionnalités de sa Slyde : « On pourrait penser à une interaction avec un téléphone, ou un mode vibration, par exemple ». Et ainsi se rapprocher d’une smartwatch ? « Pas du tout ! Il faudra jouer sur quelque chose de très visuel et d’utile. La technologie avance tellement vite qu’il faut laisser le temps aux gens de s’habituer. Le luxe est quelque chose de très fragile. On dérive très rapidement vers le gadget ». Sans rien laisser paraître, le designer réfléchit déjà à son prochain... mouvement.