David Gouten, un rebelle aux valeurs sûres

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David Gouten, un rebelle aux valeurs sûres - Delaneau
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Le CEO de DeLaneau n'a qu'un seul maître, la passion.

Si David Hallyday est chanteur comme papa, et Anthony Delon acteur comme papa, il en est pour qui ce lien de cause à effet n'a rien d'inéluctable. “Mon père a travaillé plus de 35 ans chez Richemont, précise d'emblée David Gouten. Enfant, je voulais faire comme lui. Mais par esprit de contradiction, j'ai fait autre chose. Je ne rentre pas dans un moule!” N'empêche. L'homme qui parle est bel et bien le nouveau CEO de DeLaneau. Mais s'il en est là aujourd'hui, ce n'est certainement pas en tant que “fils de…”. La formule lui aurait même plutôt desservi lorsque, finalement, il s'immisça dans le milieu horloger.

Né en France en juillet 1967 dans la région parisienne, où il passera ses dix premières années, David Gouten est en pleine adolescence lorsqu'il suit son père à Hong Kong. Francis Gouten était parti pour prendre la direction générale de Cartier Asie. C'est là, dans une école internationale, que le jeune homme passe son BAC. Il en a gardé des amis à vie et des souvenirs intarissables, de rires, de fête, d'émancipation. “Hong Kong est resté ma deuxième maison. J'y retourne trois fois l'an.” C'est donc gonflé à bloc qu'il revient en France, non pas pour poursuivre des études mais pour se lancer dans la vie active. “Rien ne vaut les stages et l'expérience”, affrme-t-il.

Grand sportif, fou de voitures depuis toujours (ce que trahissent des maquettes bien mises en valeur dans son bureau actuel), il entre en 1989 comme stagiaire chez Sonauto, filiale de Porsche et importateur automobiles de plusieurs grandes marques. “L'équipe était petite, mais c'est elle qui a relancé Chrysler en
France”, sourit-il. Malheureusement, le service militaire est encore obligatoire. Une parenthèse qui ne l'empêche pas de revenir à la charge, directement chez Mitsubishi, comme chef de produit. “Un challenge! L'importation de voitures japonaises était soumise à un quota de 3 %, explique-t-il. Les marques devaient
se le diviser. Mitsubishi avait la plus petite part. Dans ces cas-là, il vaut mieux être tout en haut…” Or, les voitures japonaises et coréennes ont alors mauvaise réputation. “Ce n'était que du chauvinisme français!”, s'insurge-t-il. Mais à mesure que le succès grandit, l'aventure palpitante laisse place aux seuls chiffres et au marketing pur. “On ne vendait plus que des remises, pas un produit.” Et comme David Gouten est de ceux qui n'obéissent qu'à la passion, il s'en va.


Des voitures à l'horlogerie

C'est là que sa deuxième vie commence. “Je suis entré dans le luxe par la petite porte.” En poussant celle de Camille Fournet, fabriquant parisien de bracelets en cuir pour montres. Une entrée en matière riche en expériences et en aventures humaines qui lui permet d'être débauché par Flavio Audemars, propriétaire de Perrelet, une marque horlogère niche basée à Bienne. “Nous étions cinq, précise-t-il. Il fallait tout faire, tout créer, acquérir la confiance du client, la connaissance du réseau commercial. Nous avons peu à peu augmenté le prix moyen des montres pour finir par chercher un investisseur potentiel.”

C'est dans ce cadre que David Gouten rencontre Maximilian Büsser, directeur général de Harry Winston rare Timepieces, une belle endormie qu'il réveillera en donnant chaque année carte blanche à des horlogers indépendants pour créer des montres hors du commun, les Opus. Il cherche alors un directeur commercial. David Gouten le rejoint en 2001. Il ne quittera la société que dix ans plus tard, bien après que Maximilian Büsser ait été remplacé par Hamdi Chatti. “Aujourd'hui, Max reste mon ‘patron'. Il est très proactif, un éternel insatisfait. Moi, j'étais plus le gardien des valeurs.” Gardien, un mot à ne pas confondre avec inactif. Chez Harry Winston, David Gouten est impliqué dans tout, de la conception des produits à la vente avec, en prime, la responsabilité des boutiques en Asie. Résultat de sa contribution: un réseau de distribution international solide et sélectif, autant de montres à quartz que mécaniques (avant, la proportion était de 80 contre 20 % en faveur du quartz) et des ventes qui ont augmenté de 20 à 30 % par an. Mais là aussi, la passion finit par être cannibalisée par des divergences de point de vue. Alors, après un court intermède chez le diamantaire Graff qui souhaitait aussi se lancer dans les montres, il entre chez DeLaneau. Nous sommes en novembre 2011.


Une marque super niche

“Je n'avais pas pensé à DeLaneau, avoue David Gouten. D'abord, parce que c'est une marque féminine. Et puis j'y ai vu le challenge, une maison à l'écoute, sans ambition démesurée.” Ce côté passionnel, émotionnel, qui compte tant. “Je suis un manager qui fait confiance aux gens, en leur savoir-faire. Or, DeLaneau est une marque super niche, basée sur des métiers qui se perdent. Une montre vaut en moyenne 80 000 francs, avec des complications qui ne se voient pas au premier abord. Le client a donc du mal à comprendre ce qui justifie son prix, à voir tout le travail qui se cache derrière un cadran en émail. Ce sont aussi des pièces uniques, pour la plupart. Il est diffcile de concilier créativité artisanale pure et productivité.” Quant au réseau de distribution, il ne compte qu'entre 25 et 30 détaillants au monde, qu'il ne faut pas décevoir, et une seule boutique en nom propre, à Genève, qui est actuellement fermée.

Car la marque est bel et bien en phase de relance. Le processus a pris un coup de fouet avec la dernière Foire de Bâle où la maison a su se faire remarquer et où les carnets de commandes se sont reremplis. Les grandes priorités du moment consistent donc à livrer lesdites commandes, redéfinir les objectifs, travailler sur ce qui sortira en 2013 et aussi sur la prochaine Foire, rouvrir la boutique genevoise et la refaire fonctionner, tout en regroupant tous les collaborateurs sous le même toit (ils sont actuellement disséminés sur trois sites différents à Genève). Et si l'envie de faire grandir la marque est bien là, elle ne se fera que dans la préservation de cet ADN artisanal qui est le sien. “L'essentiel est de revenir aux trois piliers: le vrai métier d'art, le vrai émail; la complication élégante, non pas mécanique; la joaillerie créative avec des pièces exceptionnelles.” Le gardien des valeurs a encore frappé!

 

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