Voilà qui s’appelle avoir de la suite dans les idées. Il y a 18 mois, WorldTempus dévoilait le projet qui allait unir Vacheron Constantin à la prestigieuse école de design et de métiers d’arts, l’Ecole Boulle, à Paris. Objet du partenariat : engager un concours avec les meilleurs élèves en DMA (Diplôme des Métiers d’Arts) afin de créer un écrin unique pour la manufacture. Fin mars, la manufacture a présenté l’objet, un prototype proche du produit fini. Le résultat ? Epatant !

Souffle créatif
Il fallait confier à de jeunes regards extérieurs la possibilité de se pencher sur l’essence de la manufacture pour en extraire une approche rafraichissante, inédite. L’objet, un écrin pour montre « Métiers d’Art », pièce unique pour le moment, déborde de créativité et de talent.
L’objet, de 25 cm de diamètre, repose sur une forme elliptique évidée en son centre selon les proportions du nombre d’or. « C’est le vide qui structure l’écrin », soulignent Corentin Ollivau et Clément Demarson, les deux élèves artisans de l’objet. « C’est presque une approche taoïste, où le vide est un potentiel ».
Ces derniers ont opéré en binôme – une formation originale, non prévue par le règlement du concours – qui leur a permis d’unir leurs forces en ébénisterie et gravure. L’idée maitresse de l’objet est l’architecture parisienne. « Notre inspiration, c’est Paris vue du ciel, une forme abstraite et nébuleuse. La place Vendôme est symboliquement au centre de notre création, c’est le cœur des métiers d’arts et de la création ».

Symbolique romaine
Toutefois, le binôme ne s’est pas contenté de graver sur bois les principales artères de la capitale. Les recherches historiques ont été poussées loin, très loin : « en faisant nos recherches sur Paris, sa composition, nous nous sommes inspirés de l’orientation de la ville, de ses decumanus et cardo (les axes est-ouest et nord-sud d’une ville romaine, ndlr). La Seine en est un élément structurant. En quatre dates, les 8 mai, 11 novembre, 2 février et 4 juillet, le soleil suit très exactement son cours ».
Ces recherches ont permis de littéralement mettre en lumière l’écrin, lui aussi traversé par la Seine grâce à une gravure sur argent finie d’une dorure. Celle-ci se détache avec splendeur sur une sculpture en plusieurs plis de bois d’alisier (cousin du poirier), teint en noir. « Tout a été pensé lumière », soulignent les deux artisans. Une évidence pour la Ville Lumière, encore fallait-il la transposer si magnifiquement.

Un exemple à suivre ?
Il aura fallu un an de travail pour arriver à produire cet écrin, ou 2400 heures de travail à deux. Il aura également requis le concours de Jean-Baptiste Viot, horloger indépendant qui a construit pour eux le rouage qui permet d’articuler l’emplacement de la montre, sis au centre de l’écrin.
Pour le moment, ce dernier est une pièce unique. Les deux élèves ont fini leur école. En théorie, l’aventure s’arrête donc ici. En pratique, il est fort probable que la manufacture leur en commande quelques rares exemplaires, « surement moins de dix », soufflent les intéressés qui se sont préparés à la vie active en s’associant, comme suite logique de leur binôme créatif à l’Ecole Boulle.

Au-delà, il faut saluer la pertinence de l’approche de Vacheron Constantin : un partenariat relativement simple à monter, une école en lien direct avec son esprit, un résultat au-delà de toutes les espérances et dont elle récolte le bénéfice, le tout en assurant sa mission de préservation des métiers d’arts. Dans le mille, sur toute la ligne. Il n’y a plus qu’à espérer que ce type de partenariat inspire d’autres maisons du même rang – pour le bien des horlogers, des écoles et des générations futures.
