Une aventure dans la manufacture

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Adventure in the Manufacture - Roger Dubuis
Compte-rendu subjectif d’une visite de manufacture mémorable, une comme on en fait peu, transparente et impressionnante.
En temps normal, je rechigne à écrire à la première personne. Mais parfois, la relation qui se noue lors d’une visite de manufacture ne peut être rendue autrement. J’ai pris un plaisir tout particulier à visiter les installations de production de Roger Dubuis, à Meyrin, près de Genève. Ce plaisir rare est largement dû à l’accueil qui m’y a été réservé. Ce n’est pas qu’une question de manières. Toutes les manufactures soignent leurs visiteurs, surtout si ce sont des professionnels de ma catégorie. Mais chez Dubuis, il règne une atmosphère particulière : beaucoup de fierté, beaucoup de compétence, mais une approche authentiquement modeste et ouverte. Ce n’est pas forcément l’image que projette la marque. La mise en scène du produit dans son écrin de marketing procède d’autres motivations.

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Avant tout, il faut préciser que la manufacture Roger Dubuis est surdimensionnée. Et que c’est une excellente chose. On y trouve autant de machines, d’outils, de métiers, de postes de travail que dans une marque trois fois plus grande. Certes, on continue à y produire des composants pour des marques tierces, également membres du groupe Richemont, mais c’est de moins en moins le cas. L’essentiel de cet outil de production est consacré à la réalisation des Excalibur, Pulsion, Monégasque, Velvet et de la dernière ligne de la maison, Hommage. La marque met en avant le fait que l’intégralité de sa production porte le Poinçon de Genève. Cela ne suffit pas à expliquer cela.

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La taille de cette manufacture est une conséquence du choix suivant. A l’exception des rubis, des ancres et roues d’ancre (fabriqués selon un processus très technique sous-traité), chaque composant de chaque mouvement est produit en interne. Il est fabriqué en très petites séries, avec des tolérances de fabrication extrêmement serrées. Puis il est décoré avec un soin que l’on ne voit que très rarement chez une marque dont la production se compte en milliers. Les ateliers de polissage et de décoration où les pièces sont sablées, grenées, dressées, rendues brillantes ou mates sont grands et bien occupés. Un atelier entier, de près de 12 personnes, est intégralement consacré à la production des organes réglants. Les spiraux sont fabriqués ici, à partir d’une matière inerte qui va devenir le cœur des montres Roger Dubuis. Ancres, rubis, balanciers, spiraux, viroles, pitons, plateaux et autres composants d’échappement sont ensuite assemblés, au lieu d’être achetés pour quelques dizaines de francs à un fournisseur spécialisé, fut-il haut de gamme.

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La marque fait tout, toute seule et avec un soin maniaque
Ce décalage d’échelle entre les besoins de Roger Dubuis et la réalité de ses installations est caractéristique de la marque : elle fait tout, toute seule et avec un soin maniaque. Cela inclut également la conception de mouvements. Il suffit de consulter son catalogue pour en constater la diversité et la complexité. Doubles tourbillons, répétitions minutes, quantièmes perpétuels, chronographes flyback ou rattrapante, Dubuis maîtrise toutes les complications. Une bonne partie de son énergie a été consacrée à redévelopper ses mouvements existants et à les faire revenir à la manufacture pour les mettre à niveau. Pendant les années folles de l’horlogerie, Dubuis comme tant d’autres a vendu trop vite des produits qui n’avaient pas été testés assez longtemps. Une grande campagne de rappel a quasiment fini de solutionner ce problème. Le niveau de qualité finale de la marque est désormais à la hauteur de ses ambitions. Mais on parle volontiers de ce sujet, qui n’est pas un tabou (contrairement aux détails de la fabrication des spiraux).

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Roger Dubuis m’a offert un grand moment d’horlogeri
Par souci de transparence, pour me faire plaisir et rendre cette visite mémorable, Roger Dubuis m’a offert un grand moment d’horlogerie. Sur un établi de l’atelier Service Client, un calibre RD02SQ m’attendait. A peine préparé, rubis chassés et renvois de remontoir en place, tout le montage de ce tourbillon squelette restait à faire. Concentré comme un enfant qui fait son premier puzzle 1000 pièces, tremblant à tenir les bras en l’air, essayant à grand peine d’avoir la main sûre, soupirant comme un asthmatique tant je retenais mon souffle, il m’a fallu une bonne heure et demie pour assembler ce mouvement de haute horlogerie. Oh, il ne finira certainement pas dans une montre. Ce calibre d’entraînement a commencé rayé et a terminé à la limite du présentable. Mais allez donc visser une cage de tourbillon à l’aveugle, par le dessous, sans mettre un seul coup de griffe à une vis polie miroir ! Face au vrai travail des horlogers, ces étapes qui peuvent sembler simples ou habituelles reprennent leur vraie dimension. C’est un métier. Pas simple. Et beau.

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