Dix ans, c’est une bien courte période pour qu’une collection laisse son empreinte dans le landernau horloger. Mais lorsque la marque qui porte cette collection a elle-même moins de 20 ans, c’est une belle performance – surtout si la maison en question est 100% indépendante, loin des puissances d’un groupe. Quels commandements a-t-elle suivi pour y parvenir ?

Le consensus tu ne chercheras pas
D’abord, il y a l’absence d’un consensus recherché. L’Abyss s’est imposée dès ses débuts sans rechercher le compromis, les codes établis. Sa large boîte s’étire de 44 à 47 mm (versions masculines), et c’est à prendre ou à laisser.
De même, on ne recherchera pas le chemin de fer traditionnel des heures et des minutes, volant de proche en proche : l’Abyss, elle, se propulse de 1 à 5 et de 7 à 11. Ces quatre chiffres sont un pilier identitaire de la marque et elle ne s’en est jamais départie – même si cela venait déboussoler une certaine orthodoxie horlogère.

Ta propre voie tu trouveras
Mais au-delà des partis pris esthétiques, l’Abyss a également développé ses propres traits de caractère. Le plus facilement identifiable n’est ni dans la montre, ni dans la boîte : ce sont les cornes pivotantes auxquelles viennent s’arrimer le bracelet. Elles ne sont pas révolutionnaires. Une autre marque use de berceaux mobiles qui aboutissent au même résultat. Néanmoins, les procédés sont différents et celui d’Hysek rencontre peu, voire pas, d’équivalent à l’heure actuelle. La marque n’en a jamais dévié – même pour ses modèles féminins – et c’est une caractéristique qui a fortement contribué à ancrer l’Abyss dans les esprits.

Autre parti pris fort : l’Abyss n’a jamais dépassé le seuil de deux complications simultanées. Voilà qui peut sembler curieux pour une manufacture aussi technique et créative qu’Hysek. Depuis 2007, ses ambitions de haute horlogerie s’affichent entre chronographe à tourbillon et heures sautantes à tourbillon central, double tourbillon squelette et grande date tourbillon, entre autres.
L’Abyss, elle, concentre l’essentiel de ses forces autour d’un duo chrono / date, mais s’autorise quelques binômes moins communs : Dual Time / grande date, réserve de marche / grande date. Pourtant, l’esprit ne change jamais : l’Abyss, c’est un design puissant, des complications utiles au quotidien, des lignes nerveuses, une boîte robuste. Une pièce essentielle et qui va à l’essentiel, avec toujours une forte créativité.

En 2016, Hysek fermera le chapitre de cette première décennie. La collection Abyss a muri. Une pièce anniversaire sera dévoilée à Baselworld. Les premiers croquis aperçus à Lussy-sur-Morges, siège de la manufacture, laissent deviner un modèle plus sport, plus vif. L’Abyss devrait maintenant pouvoir s’autoriser des sorties créatives inattendues qui ne fragiliseront pas des fondamentaux devenus solides. La décennie à venir sera celle de l’épanouissement.