« Né en 1924 à Glashütte, Walter Lange tient encore le rôle de représentant de la marque A. Lange & Söhne à l'heure actuelle, aux côtés de son CEO Fabian Krone. » Pour Walter Lange, la vie commence à 66 ans Représentant la septième génération de la plus célèbre lignée d'horlogers d'Allemagne, Walter Lange, président de Lange & Söhne, a connu une vie particulièrement mouvementée et difficile mais couronnée avec panache depuis la chute du mur de Berlin et la résurrection de la manufacture familiale.
"Pour moi la vie a commencé à 66 ans, comme dans la fameuse chanson de mon idole Udo Jurgens", aime-t-il rappeler chaque fois qu'il rencontre des journalistes.
Né en pleine crise, en 1924 à Glashütte, un gros bourg à une vingtaine de kilomè-tres de Dresde, Walter Lange semblait pourtant aborder une carrière toute tracée. Il apprit le métier d'horloger, d'abord à Dresde puis dans la célèbre école de Karlstein, en Autriche, suivant ainsi une tradition familiale (son père avait suivi l'école de La Chaux-de-Fonds et son oncle celle du Locle) et, à 18 ans, il s'apprêtait à rejoindre la manufacture. Mais c'était en 1942 et il fut mobilisé.
Pendant les rares congés que lui laissait la guerre, Walter Lange travaillait dans les ateliers de Glasshütte qui fournissaient alors l'armée allemande, en particulier la marine et l'aviation, avec des chronomètres réalisés à partir de mouvements de montres de poche. Le 1er février 1945, à Könisberg, il est gravement blessé à la cuisse et, depuis ce jour, sa vie a totalement basculé. Il rentre à Glasshütte le 6 mai, et la ville est bombardée dans la nuit du 7 au 8 mai, le bâtiment principal de A. Lange & Söhne étant totalement détruit. Le 9 mai, les Russes envahissent la région et volent ce qu'ils trouvent.
La reconstruction et fuite Néanmoins, dès la paix revenue, le jeune Walter se met au travail avec toute sa famille, les machines outils sont dégagées des gravats, les ateliers rafistolés et, en automne 1945 la production reprend en même temps que l'école d'horlogerie rouvre ses portes. Ce qui lui permet de terminer son apprentissage et de réaliser, comme "chef-d'œuvre", une montre de poche-chronomètre de marine. Il entre ainsi officiel-lement chez A. Lange & Söhne en 1947 et participe à la reconstruction totale de l'usine... qui est expropriée par les communistes le 20 avril 1948. Son père et son oncle se voient interdire de mettre les pieds dans les ateliers, quant à lui, il refuse de travailler dans les mines d'uranium où il est envoyé, il décide donc de fuir et part dans la nuit du 14 au 15 novembre. Un long périple commence alors avant qu'il ne se retrouve à Cobourg, en Bavières, où il est engagé dans une affaire d'horlogerie dont il connaissait le directeur et où il rencontre sa future épouse, originaire elle aussi de Glasshütte.
Les temps sont difficiles, néanmoins, dans les années 1950, il décide de s'installer à son compte à Pforzheim et d'essayer de relancer la marque A. Lange & Söhne, à partir de mouvements que lui fournissait IWC de Shaffhouse. Mais le succès ne vient pas, le quartz déferlant sur l'Europe, il devient alors importateur en Allemagne de montres et de pendulettes suisses jusqu'à ce qu'il prenne sa retraite en 1984. Les loisirs sont rares Une retraite active durant laquelle il réparait des montres anciennes pour des collectionneurs mais surtout un repos mérité après une vie difficile au cours de laquelle il dut aider financièrement ses parents venus s'installer à Pforzheim en 1953, où les vacances étaient simples (le couple s'est installé en été, 26 années de suite, dans un petit appartement de l'île de Sylt) et les loisirs rares. Depuis 1976, il parvenait pourtant à effectuer chaque année une visite à Glasshütte, pour entretenir les tombes de sa famille et pour suivre le sort du village où l'on fabriquait toujours des montres. La République démocratique allemande avait en effet fusionné toutes les sociétés d'horlogerie dans un grand Kombinat où travaillaient plus de 3000 ouvriers, produisant des montres bas de gamme dont une grande partie était exportée à des prix de dumping. Renaissance Et un jour, en 1989, le mur est tombé, avec pour conséquence la mise sur le mar-ché de toutes les entreprises de la défunte Allemagne de l'Est. C'est ainsi que Gun-ther Blümlein, le patron d'IWC, qui appartenait alors au groupe allemand VDO, déci-da de voir ce qu'il y avait à récupérer tout en se souvenant d'un certain Walter Lange qui lui achetait autrefois des mouvements.
C'est ainsi que A.Lange & Söhne retrouva vie, réenregistrée à Dresde le 7 décem-bre 1990, exactement 145 ans après l'enregistrement de la première société, le 7 décembre 1845. Walter Lange y joue le rôle d'ambassadeur et en possède 10% des actions. Le succès enfin Aujourd'hui, onze ans après, A.Lange & Söhne a retrouvé tout son lustre, créant des montres exceptionnelles, vendues dans plus de 120 magasins à travers le monde (dont les Ambassadeurs à Genève), devenues la coqueluche des Allemands qui en achètent la moitié de la production à travers 49 boutiques de luxe. Un immense suc-cès, au point que la manufacture a dû ouvrir sa propre école d'horlogerie.
Quant à Walter Lange, il vit une seconde jeunesse, plus dynamique que jamais, toujours le dernier à quitter une soirée, malgré ses 77 ans. Il court le monde pour promouvoir "sa" marque, donne des conférences, participe à des inaugurations et s'est même acheté le coupé Mercedes 1966 dont il rêvait il y a trente-cinq ans et avec lequel il se rend régulièrement à Shaffhouse où est regroupée toute la commu-nication de A.Lange & Söhne. Il a en outre reçu l'Ordre du Mérite du Land de Saxe, il est citoyen d'honneur à la fois de Glashütte et de Sylt, ce qui n'a pas entamé sa lé-gendaire modestie ni son éternelle bonne humeur. "La plus grande satisfaction de ma vie a été d'assister à la résurrection de la ville de Glasshütte et d'y participer" affirme-t-il. On le croit volontiers.
La vie de Walter Lange
Pour Walter, la vie commence à 66 ans
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