Ne soyons pas fou!

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Ne laissons pas partir nos compétences industrielles. Nick Hayek ne mâche pas ses mots! A ses yeux, le "Swiss made" est vital pour la pérennité de l'horlogerie helvétique. Il est donc impératif de le renforcer. "Ne pas mener ce combat signifie perdre à court terme notre savoir faire créatif et technique".

Trajectoire - Printemps 2012 Eric Othenin-GirardSwatch Group_332572_0

Accueillant, chaleureux et débordant d'idées, Nick Hayek, CEO du Swatch Group, ne s'embarrasse pas de périphrases. Ainsi, quand on lui demande s'il est satisfait de la performance du groupe en 2011, qui a réalisé le meilleur résultat de son histoire, il précise:

Bien sûr. Mais cette performance appelle deux commentaires. D'abord la force du franc suisse nous a beaucoup pénalisé, comme toutes les industries d'exportation. Ensuite, de telles pénalités, dont nous n'avons pas la maîtrise, sont «digérables» uniquement parce que nous possédons les capacités industrielles qui nous permettent d'être performants dans notre production et d'inclure dans nos montres une très grosse part de valeur ajoutée. Et cela se remarque beaucoup plus quand le franc suisse est très fort.


Donc le combat pour le renforcement du «Swiss made» se poursuit…

Plus que jamais. Vous savez notre industrie n'est pas faite de très grosses structures de production. Notre tissu industriel est composé de très nombreuses PME. Depuis très longtemps, pour certaines plus de deux siècles, ces sociétés ont accumulé un savoir-faire exceptionnel. Beaucoup se sont dotées d'un bureau de recherche et développement afin de mieux maîtriser leur outil de production. Avec le temps sont nées des performances qui sont uniques et propres à ce pays. Aujourd'hui, je ne comprends pas que certains crient au loup quand on leur propose d'augmenter la part du «Swiss made» dans la fabrication de la tête de la montre. Il faut être fou pour accepter de laisser partir nos compétences industrielles.


Ce n'est pas le discours de tout le monde dans l'horlogerie.

Oh je le sais bien et il y a des gens qui agitent le spectre des pertes d'emplois sous le nez du monde politique qui ne comprend pas forcément très bien le dossier. Je le dis très clairement, ces gens-là n'ont pas peur de perdre des emplois, ils ont peur de perdre de l'argent. Et cette attitude mène à des hérésies telles ces déclarations parues dans un journal spécialisé qui donnait la parole au directeur général de la plus ancienne marque d'horlogerie chinoise Sea Gull qui manufacture ses propres mouvements. A la question de savoir quel était le but de la collaboration existante entre la maison suisse Alfex et Sea Gull, il répond?: «Nous leur fournissons des pièces de mouvements qu'ils assemblent à leur façon et qu'ils revendent, peut-être sous le label «Swiss made». Je trouve cela édifiant. Mais nos concurrents ne s'arrêtent pas là. Les montres suisses sont aussi appréciées pour leur design. Ainsi, le pdg de Sea Gull relève également?: «… nous n'avons pas de modèles fashion pour les jeunes, mais nous y travaillons. Le mois passé nous sommes allés en Suisse, rendre visite à des designers horlogers qui ont travaillé pour Tissot et qui ont accepté de dessiner pour notre marque».


Donc il faut protéger encore mieux le label suisse en augmentant les exigences.

Oui passer à 60 % de composants du mouvement de la montre produits en Suisse n'est pas une grosse augmentation. Cela permet aussi aux entreprises suisses de maintenir leur structure et leur cellule de R&D. Car si vous la perdez, vous perdez aussi la capacité de production, c'est inévitable. Je le redis, les deux vont de pair. Voyez, dans l'automobile, nous pouvons faire un parallèle avec certaines marques automobiles. C'est en perdant leur outil de production qu'elles ont été absorbées. Nous voulons rester de vrais industriels, pas devenir des «assembleurs» car la valeur n'est pas dans l'assemblage, mais dans la production.


Certains disent aussi que cette augmentation des critères du «Swiss made» va plomber l'industrie de la montre.

C'est totalement faux, au contraire. Et puis, passer de 50 à 60 % de produits suisses dans la tête de la montre n'est pas la mère à boire et il restera encore beaucoup de libertés pour ceux qui veulent s'approvisionner à l'étranger, notamment dans le domaine des assortiments. Enfin, il ne faut pas mentir au client final. Si vous lui dites que la montre qu'il acquiert est porteuse du label «?Swiss made?», il faut que ce soit la vérité. On n'a pas le droit de le tromper. Si respecter le label revenait à poser une masse oscillante en métal noble sur un mouvement pour en remplir les critères, ce serait une vaste tricherie.


Y a-t-il une approche différente pour certaines marques du groupe, notamment Swatch?


Non aucune. D'abord je rappelle que la Swatch a sauvé l'horlogerie suisse. Ensuite, je souligne qu'elle est un produit totalement «Swiss made» puisque 98 % de chaque Swatch est imaginé, produit et construit en Suisse. C'est aussi cela la recette de son succès impressionnant puisque, à chaque minute qui passe, ce sont 30 Swatch qui sont vendues, et cela 365 jours par an, 24 heures sur 24. ?Il faut comprendre qu'il est aujourd'hui capital de disposer d'une bonne pyramide des produits. On ne peut pas se concentrer sur les garde-temps du luxe si nous n'avons pas la masse critique. Quand la conjoncture faiblit un petit peu, le luxe résiste bien, mais si, comme nous l'avons vu en 2008 et 2009, il y a un important fléchissement, c'est grâce aux montres d'entrée et de moyenne gamme que nous pouvons maintenir nos positions sur les marchés et chez les détaillants. Même si c'est plus difficile de faire vivre des marques de base que de faire des montres chères, c'est le choix que nous avons fait et que nous entendons maintenir, parce que nous avons pour culture de développer toutes nos marques.


Vaste programme donc. En tant que CEO est-ce lourd à porter et qu'est-ce que cela représente?


Cela ne représente rien. Si quelqu'un a le sens des responsabilités, c'est juste une question d'attitude. Et puis, je ne suis pas seul. Tout le monde ici m'aide à maintenir une culture proche du marché et de la base. En d'autres termes, je dirais que nous sommes normaux, tout simplement?! —

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