Le Matin - 25 avril 2012
Lise Bailat
«On nous reproche de grandir? Je n'ai jamais entendu cela!» La porte-parole du Swatch Group, Béatrice Howald, se refuse à en dire plus. Dans un monde qui cultive la discrétion, il faut toutefois être sourd pour ne pas entendre les voix discordantes face au numéro un mondial de l'horlogerie. Avec plus de 7 milliards de chiffre d'affaires brut l'an dernier, il vient encore d'acquérir une nouvelle entreprise, la jurassienne Simon & Membrez, tout un symbole.
«On assiste à une guerre au plus haut niveau entre les grands: Swatch Group, LVMH et Richemont, explique un observateur du milieu horloger indépendant. Et la stratégie d'expansion de Swatch fait partie de cette guerre. Quand la société possédera tous les fournisseurs de boîtes, de cadrans et d'aiguilles, et qu'elle pourra pratiquer les prix qu'elle veut, il ne restera pas grand-chose aux autres. A notre niveau, on survit comme on peut. La Suisse voit toujours Swatch Group comme des sauveurs! Je vous rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, la société comptait même un actuel conseiller fédéral dans son conseil d'administration, Johann Schneider-Ammann», soupire-t-il.

Un bon employeur
Avec 28 028 employés en Suisse à fin 2011 (presque la totalité de la population d'Yverdon-les-Bains!) et plus de 2000 postes créés en l'espace de 12 mois, la croissance de Swatch profite toutefois grandement à la Suisse. Reto Schneider, le directeur et fondateur de RS Partner et Job Watch à Neuchâtel le remarque au quotidien. «Quand je vois des critiques contre l'expansion du Swatch Group, j'ai envie de dire: Mais attendez, vous avez vu le nombre d'emplois qu'ils génèrent! Ils sont visionnaires.»
La concentration des activités horlogères du pays dans les mains de quelques acteurs ne lui fait pas peur. «Je ne crois pas que l'on puisse comparer la situation du Swatch Group dans l'horlogerie, avec celle d'UBS dans la finance. La famille Hayek, ce sont des personnes qui connaissent le terrain, qui évoluent dans l'économie réelle et qui ont les pieds sur terre. C'est un groupe prudent.» Et pas mauvais employeur. «Au moins, quand le groupe achète de nouvelles entreprises, il les fait adhérer aux conventions. Le seul problème que l'on rencontre est celui de la présence syndicale. La philosophie de Swatch, c'est: on ne rentre pas!» explique Pierluigi Fedele, secrétaire régional d'Unia Transjurane.
Tout près de la frontière
Autre revers de la médaille: «La tendance du Swatch Group aujourd'hui est de s'installer dans les zones de production à bas salaire, le Jura et le Tessin. Ça peut faire souci. Il faudra voir comment il se comporte à Boncourt», note Pierluigi Fedele. Dans ce village, à deux pas du territoire de Belfort, Swatch Group est en train de construire une usine qui doit accueillir à terme 500 à 700 emplois. «C'est positif que Swatch Group investisse dans le Jura, mais il faut que les conditions salariales et sociales suivent, à savoir que le but ne soit pas de recruter uniquement du personnel frontalier et que le gouvernement s'assure que les salaires sont les mêmes que dans les régions voisines», affirme Loïc Dobler, secrétaire politique du Parti socialiste jurassien.
Face à Swatch Group et aux autres géants, dans le boom actuel, les horlogers indépendants et les employés attendent leur part du gâteau. L'horlogerie suisse a exporté pour 4,6 milliards de francs durant le premier trimestre, soit 2 millions chaque heure!
