Tribune de Genève - 28 juin 2012
Propos recueillis par Jean-Daniel Sallin
C'est le jour J. Depuis qu'on en parle, on en avait presque oublié que Jean-Jacques Rousseau n'avait pas encore «fêté» officiellement ses 300 ans. Servi à toutes les sauces, l'écrivain et philosophe genevois a vu toute son œuvre, rêveries en tête, rééditée. Il s'est aussi décliné en produits dérivés. De l'opéra à la pièce de théâtre. Horloger indépendant à Genève depuis trente ans, basé au quai du Seujet, Svend Andersen a même imaginé une montre à tact à son effigie. Explications du créateur.

Jean-Daniel Sallin: Comment expliquer à un béotien ce qu'est une «montre à tact»?
Svend Andersen: C'est un modèle qui permet de regarder l'heure sans faire le mouvement rotatif du poignet. Ce qui pourrait passer pour un manque de politesse… On lit l'heure entre les attaches, à six heures.
Comment est venue cette idée de créer une montre à la gloire de Rousseau?
J'avais imaginé le même concept en 2009 pour le 500e anniversaire de Jean Calvin. Une pièce unique! Certains pensaient que je ne parviendrais jamais à la vendre. J'avais mis deux grandes affiches aux Bastions, dans la cabane qui vendait des montres, je ne voulais pas exposer un produit de ce prix en public…
Et alors?
C'est un acheteur de Hambourg qui s'est manifesté. Il a été plus rapide que les Genevois! J'ai reçu un mail un matin de juillet, il voulait absolument cette montre. Il était d'une descendance huguenote, il aimait la littérature… Nous avions alors versé 9000 francs au Centre social protestant. C'était l'une des conditions que j'avais mise à cette vente.
Depuis combien de temps travaillez-vous sur la Rousseau?
Nous avons mis six mois à la réaliser. Une fois encore, j'ai travaillé avec un peintre miniaturiste, le meilleur sur le marché: Patrick Vesnier à Paris. C'est lui qui a assemblé les détails de la vie de Rousseau! Il a commencé en novembre, il m'a donné la face terminée en mains propres à la Foire de Bâle, en mars dernier. L'acquéreur portera un véritable tableau au poignet. Sur le dos, nous avons gravé les dates (1712-2012) ainsi que la mention «Citoyen de Genève, Citoyen de l'Europe».
Et le concept est le même que pour la Calvin?
Effectivement. J'ai fixé le prix à 63 000 francs. Nous aurons la possibilité de verser la somme de 23 000 francs à une œuvre culturelle ou bienfaisante active à Genève. Je viens d'envoyer une vingtaine de lettres à des notables du canton pour savoir s'il y avait une volonté de leur part d'acquérir cette pièce unique. L'Etat et la Ville ont montré de l'intérêt, mais rien n'est encore définitif…
Cette montre restera-t-elle une pièce unique?
Dans l'absolu, oui. A moins qu'il y ait une forte demande… A ce moment-là, on pourrait faire quelques modifications sur la montre.
Et après Calvin et Rousseau, y aurait-il un autre jubilé qui vous inspirerait?
Pour le moment, je n'en ai aucune idée. C'est ma femme qui me rend attentif à ce genre de choses… Mais, franchement, quand on habite à Genève, il était difficile de passer à côté de Rousseau!
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