Swatch perd contre Bloomberg

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Le groupe biennois accusait l'agence d'information financière d'avoir rompu le «off» lors d'une conférence réservée aux analystes. Swatch est débouté, au nom de la liberté de la presse. Le groupe va s'opposer au jugement.

Le Matin Dimanche - 24 juin 2012

François Pilet


Le juge Kevin Hellerstein a réglé la question un en paragraphe en conclusion de son jugement, rendu fin mai. Le groupe horloger suisse, a-t-il estimé, n'a aucun droit d'empêcher la diffusion publique d'informations financières qu'il préférait réserver jusqu'ici à un groupe sélectionné d'analystes financiers. Les motivations du magistrat se réfèrent au premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d'expression. Swatch Group a fait appel contre cette décision le 14 juin.

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«Hypocrite et malhonnête»

En février 2011, l'agence américaine Bloomberg avait enregistré une conférence téléphonique qui s'était tenue entre la direction de Swatch et un petit comité d'experts. Bloomberg en avait publié la transcription intégrale, comme il est l'usage pour les sociétés cotées en bourse. Sauf que dans son cas, Swatch avait explicitement demandé aux participants de respecter le «off» sur ces propos. Les directives européennes et américaines visant à lutter contre les délits d'initiés interdisent de tenir des conférences avec des analystes sans que leur contenu soit rendu public. Cette pratique est cependant tolérée en Suisse.

Swatch avait attaqué Bloomberg, l'accusant d'un comportement «hypocrite et malhonnête». L'horloger avait critiqué «une opération purement commerciale, et non pas guidée par la soi-disant obligation d'informer». Pour Swatch, l'enregistrement et la transcription de la discussion avec ses cadres devait «être considéré comme une œuvre, protégée par le droit d'auteur».

C'est cette accusation que la Cour du district sud de New York a balayée. «Les organes de presse publient fréquemment des informations obtenues clandestinement ou en rompant des conditions de confidentialité», avait déjà estimé le juge Hellerstein dans une décision du 17 mai. Une pratique garantie à ses yeux par le premier amendement de la Constitution, qui permet en l'occurrence à Bloomberg de «garantir l'intérêt public», en assurant la libre diffusion d'informations financières.

«Liberté de ton»

Les observateurs avaient avancé une explication pour expliquer l'intransigeance de Swatch dans ce dossier. Le patron du groupe, Nick Hayek, avait accusé son partenaire américain Tiffany de ne pas en faire assez pour vendre ses montres. Interrogé en mai 2011 par Le Temps , Nick Hayek avait justifié l'exigence du «off» lors de ses conférences d'analystes par la plus grande «liberté de ton» qu'elle permet. «Le Swatch Group a bien reçu le jugement et va s'y opposer», a indiqué une porte-parole vendredi.

 

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