Le groupe de luxe Richemont n’en finit pas de briller. Préannoncés, et donc sans surprise, ses résultats pour l’exercice 2012-2013 (clos au 31 mars) ont tout de même fait bondir hier le titre en Bourse de plus de 7%. Les maisons de joaillerie – comprenant Cartier, Van Cleef & Arpels et Piaget – ont particulièrement flambé, démontrant ainsi que le groupe Swatch, qui a mis récemment à son doigt le joyau américain Harry Winston, aura une longue tâche pour le rattraper dans ce domaine.
«Nos maisons joaillières et horlogères ont réalisé des chiffres d’affaires et des bénéfices remarquables et ce, malgré d’une part l’appréciation continue du franc suisse et d’autre part les prix historiquement élevés des pierres et des métaux précieux», a souligné le président du groupe basé à Genève, Johann Rupert. Un président si satisfait qu’il va s’accorder une année sabbatique.
Un bond de 30%
Le chiffre d’affaires a progressé de 14% – certes deux fois moins que l’exercice précédent – à 10,15 milliards d’euros. Le bénéfice net dépasse de peu 2 milliards d’euros, soit un bond de 30%. Cette performance est toutefois due en grande partie à des charges exceptionnelles durant l’exercice 2011-2013 pour amortir l’impact du franc fort.
L’Europe-Moyen-Orient- Afrique représente 36% des ventes et l’Asie-Pacifique 41%. Par segments, les maisons de joaillerie ont progressé de 13%, à 5,2 milliards d’euros. Ce domaine représente donc plus de la moitié du chiffre d’affaires de Richemont. La société a indiqué hier que Cartier et Van Cleef & Arpels avaient généré des profits particulièrement élevés mais non précisés.
En comparaison, Harry Winston a réalisé un chiffre d’affaires de l’ordre de 250 millions d’euros durant l’exercice 2011-2012 dans la joaillerie, qui représente les trois quarts des ventes, le dernier quart étant les montres. De son côté, le groupe Swatch publie des chiffres de ventes qui englobent montres et bijoux sans distinction et correspondant à près de 5,5 milliards d’euros. Mais on sait que le domaine de la joaillerie est très restreint. On mesure donc l’écart qui reste à combler au géant horloger de Bienne dans cette branche.
Harry Winston à Genève
Swatch Group, qui a confié récemment à sa présidente, Nayla Hayek, la direction du diamantaire américain acquis à la fin de mars pour un milliard de dollars, reste encore muet sur son futur avec cette mariée. Mais il compte bien utiliser cette arme scintillante face à ses grands concurrents, Richemont, le groupe LVMH, qui a acquis Bulgari en 2011, et le groupe PPR (Boucheron), pour se développer dans le monde très rentable de la bijouterie.
Le patron du groupe Swatch, Nick Hayek, avait déclaré en janvier – lors de l’annonce du rachat de Harry Winston – qu’il voyait bien cette marque atteindre un milliard de francs de chiffre d’affaires d’ici à cinq ans, soit deux fois et demie plus que maintenant. Le joaillier des stars de Hollywood veut en effet aller vite dans l’extension de son réseau mondial. A relever qu’il n’est représenté que par six enseignes en Suisse, dont deux à Genève et une à Lausanne, qui ne vendent que ses montres. Mais Harry Winston, qui compte une vingtaine de boutiques en propre dans le monde, va en ouvrir cette année à Londres et à Genève (à la rue du Rhône). Il en prévoit ainsi une quinzaine supplémentaire d’ici à 2016, pour une quinzaine au total sous licence. Sans compter ses distributeurs horlogers qui devraient passer de 200 à 300.
Diamant royal
Harry Winston a acheté, mercredi à Genève, le plus gros diamant pur incolore jamais mis aux enchères. La pierre a été adjugée 26,7 millions de dollars (25,5 millions de francs), a indiqué Christie’s.
Le diamant de 101,73 carats, pur incolore et taillé en forme de poire, a obtenu la classification «D» par l’Institut américain de gemmologie, la meilleure possible. Le diamant a été vendu par un diamantaire. Comme c’est sa première mise en vente aux enchères, son acquéreur a eu le privilège de lui donner un nom: «Harry Legacy». ATS
Tribune de Genève - 17 mai 2013