Les visionnaires éclairent les marques de luxe

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Visionaries enlighten the luxury watch brands  - 7e Forum de la Haute Horlogerie
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Asie, Europe, crise, coopération, innovation et progrès social abordés par 7 experts qui mettent en garde les décideurs de la haute horlogerie.

Organisé pour la septième année consécutive par la Fondation de la Haute Horlogerie, le Forum éponyme a réuni la communauté horlogère mi-novembre à l’IMD de Lausanne autour de personnalités hors du commun, venues apporter leur regard sur les enjeux sociaux-économiques qui conditionnent les activités des marques horlogères. Une demi-journée pour prendre du recul et devenir meilleur. Comme la présidente de la FHH Fabienne Lupo l’a rappelé, ce forum permet d’écouter des gens formidables que nous n’aurions pas pu rencontrer en dehors de ce « speed coaching ». En introduction, le président du conseil culturel de FHH Franco Cologni a insisté sur la nécessité de placer le temps dans le contexte de la mémoire, et celle de regarder la réalité en face : « comme par le passé, le luxe divise, mais l’authenticité reste et la beauté est éternelle ». A propos des intervenants, le conseiller italo-suisse de Richemont a évoqué leur talent à analyser les leviers pour cerner le futur proche de la haute horlogerie, loin des Cassandre et Nostradamus.

Le choc des continents
Ancien premier ministre italien et Doyen des affaires internationales de Sciences-Po Paris, Enrico Letta a fustigé le présentisme, cette maladie de notre époque qui occulte le passé comme le futur. Appelant à plus de flexibilité dans un monde où la succession de crises devient la normalité, il a plaidé pour une Europe plus soudée afin de continuer à faire le poids face aux USA, la Chine ou l’Inde. Il y a 20 ans en effet, l’Occident comptait pour 45% de l’économie mondiale et les BRICS 17%, or en 2016, ces derniers pèseront 33% et l’Occident 32%. Jamais auparavant des changements si rapides étaient intervenus dans l’histoire économique. Les Européens doivent s’unir pour donner de la valeur au monde. Illustrant son propos, la spécialiste de la Chine et professeur à l’IMD Winter Nie a multiplié les exemples de sociétés chinoises inexistantes il y a 10 ans et pesant des milliards aujourd’hui. Leur secret ? L’innovation à bas coût, la rapidité d’introduction sur le marché et l’écoute des clients. Huawei propose ainsi des montres connectées spécialement conçues pour les enfants, ou pour les femmes.

Des idées plutôt que du pétrole
Pour l’économiste Michael Green, la tyrannie du PIB mène le monde à sa perte. Certes, l’argent fait le bonheur, mais jusqu’à un certain niveau seulement, au-delà duquel il manque des critères pour mesurer le bien être de la population. Ainsi la Suisse, avec son PIB parmi les plus élevés du monde, figure au 46e rang en matière de performance face à l’obésité et au 109e rang face au suicide. Le PIB est aveugle face à l’environnement, note encore l’auteur de plusieurs livres sur ce thème, qui milite pour une nouvelle échelle mesurant le progrès, prenant en compte les données sociales. Autre économiste de formation éditorialiste au FT, Tim Harford a souligné le besoin de créativité et de dialogue afin d’établir des prévisions plus fiables que la moyenne. D’après lui, les super pronostiqueurs existent, ils pratiquent la pensée ouverte et active, observent leurs analyses avec du recul et sont encore meilleurs en groupe. Ce point de vue se rapproche de celui de l’explorateur et psychiatre Bertrand Piccard, qui a poussé chacun d’entre nous à s’interroger sur nos certitudes : « et si les autres avaient raison ?». Pour l’homme qui détient le record du plus long vol à l’énergie solaire, il faut s’échapper de sa propre trajectoire pour augmenter notre créativité et nos espoirs. Le cofondateur de Solar Impulse a ainsi rappelé qu’en chinois, le mot « crise » se compose des deux idéogrammes « danger » et « chance ».

Le nouvel ami des patrons de groupe
Preuve vivante qu’on ne devient pas directeur du Boston Consulting Group Institute for Organization par hasard, le Français Yves Morieux a démontré les vertus de la coopération et de la simplicité intelligente, et démonté le règne de la bureaucratie et de la complexité dans les grandes entreprises, « où les psys ont remplacé les consultants ». Brillant sur la forme et sur le fond, il a conquis l’assemblée, dont les CEO s’échangeant des coups de coude complices et prenant en photo les schémas projetés à l’écran. Qu’il s’agisse d’une équipe de sportifs ou de collaborateurs, il a encouragé l’engagement maximal à tous les niveaux. Pour l’exilé californien, la singularité gravitationnelle permet à l’addition des singularités de dépasser la somme du groupe, ce qui devrait inciter les managers à récompenser ceux qui coopèrent plus que ceux qui excellent en vase clos.