Tribune de Genève - 14 juin 2012
Propos recueillis par Jean-Daniel Sallin
Piaget a pris l'habitude de partager sa tradition et son histoire dans sa Time Gallery. Un étage complet réservé à l'ADN de la marque. Depuis quelques jours, une exposition est ainsi consacrée à «La magie de la joaillerie». Une façon de prouver que la marque est désormais prête à assumer sa part de féminité? Peut-être. C'est en tout cas une belle occasion de discuter avec Alain Borgeaud, responsable des pièces de patrimoine de Piaget. L'archéologue de la marque, en fait!

Jean-Daniel Sallin: Depuis combien de temps Piaget s'est-il décidé à réunir ses pièces historiques?
Alain Borgeaud: Notre collection s'est constituée de manière formelle au début des années 90. Nous avions des pièces en stock, nous avons donc sélectionné les plus intéressantes. Ensuite, nous avons cherché à enrichir cette collection en fonction de ce qu'on trouvait dans les ventes aux enchères ou chez les particuliers.
Pourquoi ce besoin s'est-il fait ressentir à ce moment-là?
Nous voulions renforcer la visibilité de la marque autour de son patrimoine, ainsi que son ancrage dans l'histoire. Si vous voulez vous projeter dans l'avenir, vous devez savoir d'où vous venez… Ainsi, nous avons retrouvé d'anciens dessins, inconnus de notre cellule de création, qui étaient en parfaite adéquation avec des produits sortis il y a quatre ou cinq ans.
Comment choisissez-vous les pièces à acheter ou non?
Elles doivent simplement correspondre à ce qu'on recherche… Les pièces des années 80 sont moins fortes, moins expressives, que d'autres: nous n'éprouvons donc pas l'absolu nécessité de les réintégrer dans notre collection. En revanche, les années 60-70 constituent l'une des périodes faste de la marque. Avec l'apparition de l'extraplat et la création de pièces de joaillerie hors normes.
Comment les retrouvez-vous?
C'est souvent le malheur des uns qui fait notre bonheur… Les personnes de première main décèdent et leurs héritiers ne tiennent pas tous à conserver ces pièces. Celles-ci commencent donc à apparaître dans les catalogues de vente. Il nous suffit ensuite de sélectionner les plus intéressantes…

La marque doit avoir des archives impressionnantes?
Pas vraiment. Elle était très peu concernée par l'histoire et n'a pas gardé beaucoup d'informations sur le nombre de pièces produites ou sur le nom des acheteurs. Heureusement, je peux compter sur la mémoire phénoménale d'Yves Piaget. Lorsque je lui ai parlé de la montre d'Elizabeth Taylor que nous avons rachetée l'an dernier à New York, il m'a raconté qu'il la lui avait lui-même présentée personnellement dans son chalet de Gstaad en 1969.
Cette montre-bracelet est-elle la pièce maîtresse de l'exposition?
Même si ce n'est pas la plus chère, elle a en effet un côté emblématique et glamour: elle fut l'un des plus grands succès de la marque dans les années 70! Le cadran en opale est légèrement cassé, mais j'ai refusé qu'on le change. Nous avons une autre pièce de ce type, une montre qui avait appartenu à Jackie Kennedy. Elle est exposée à Hong Kong actuellement. Mais elle prouve que Piaget parvenait à séduire les femmes qui aiment les bijoux.
Existe-t-il des pièces que vous ne pouvez pas acquérir? Ou que vous ne trouvez pas?
Il existe en effet des pièces qu'on a sur des visuels publicitaires ou en photos et que je recherche… Un jour, une dame a amené un sautoir trois rangs à la boutique pour le faire réparer. Je lui ai demandé poliment si elle était intéressée à nous le revendre. Cette dame tenait à ce bijou, on ne peut pas lui en vouloir…
«La magie de la joaillerie», exposition à la Piaget Time Gallery, rue du Rhône 60, à Genève. Jusqu'au 26 janvier 2013.