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La loi du plus fort

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Le redémarrage que connaissent les grandes marques occulte les difficultés auxquelles les plus petites font face. Pour elles, la crise brûle encore et l'écart d'avec les premières se creuse


WORLDTEMPUS – 2 février 2011

Michel Jeannot

Chronique

Le redéploiement post-crise de l'horlogerie laisse apparaître une réalité d'une évidente clarté. Plus que jamais, le secteur révèle une horlogerie à deux vitesses, celle des puissants et celle des faibles. Si le distinguo n'est pas tout à fait nouveau, la crise est venue creuser davantage l'écart entre ces deux mondes.

En ce début d'année 2011, à entendre les commentaires des patrons des marques en vue, on comprend que leur principal souci – identique à celui qu'ils exprimaient à la même période en 2008 – est de savoir comment diable ils vont bien pouvoir produire les commandes qu'ils ont déjà engrangées. Pour eux, la période est assurément à nouveau à l'euphorie, nonobstant les faibles inquiétudes suscitées par la force du franc, par les tensions coréennes ou par quelques soubresauts démocratiques dans des dictatures vieillissantes susceptibles de venir raboter les courbes de croissance mondiale. Oubliés pour eux les vagues de licenciements, les intérimaires à la trappe, les programmes de chômage partiel et – corollaire - les bonus rachitiques. On en vient déjà à regretter amèrement le manque de personnel qualifié et les sous-traitants sacrifiés il y a peu sur l'autel de la ré-internalisation. L'horlogerie est ainsi faite qu'elle ne semble jamais en mesure d'apprendre des leçons du passé.Industrie_329783_0Coup d'accélérateur

Pour ces marques en vue, celles susceptibles de rassurer le client en proie au doute, la crise – quelle crise? – paraît finalement avoir été passée sans encombre. La vigueur du coup de frein de fin 2008 n'a eu d'égal que la puissance du coup d'accélérateur de 2010. Avec pour résultat ce constat fort simple: les marques les plus puissantes avant la tempête en sortent encore renforcées.

Pour preuve, même les détaillants qui déclaraient volontiers ne plus supporter la pression des groupes – et pour les plus audacieux d'entre eux exprimaient même l'envie de s'en défaire – sont aujourd'hui rentrés dans le rang. Qu'il est appréciable d'avoir Omega ou Cartier dans son offre! Quitte à oublier les infidélités à répétition de ces audacieuses, reines du double jeu, n'hésitant plus à faire concurrence à leurs meilleurs clients en ouvrant des boutiques en propre sur les artères les plus en vue.Affronter la défiance

Voilà pour l'horlogerie qui gagne. Pour l'autre, celle des sociétés moins rassurantes, celles des marques jeunes, la crise est encore une réalité bien vivante. Et l'intérêt ou non que présentent lesdites marques n'influe pas nécessairement sur le profil de leur encéphalogramme. Les plus dignes de poursuivre l'aventure ne seront pas fatalement celles qui survivront. A l'image de la Grèce ou de l'Irlande dans le paysage économique européen, ces sociétés affrontent aujourd'hui la défiance. Et pour elles, le redémarrage se fait attendre. Il est vrai que le client a perdu de son innocence et de sa spontanéité. Ou de sa naïveté, c'est selon. Grugés par quelques apprentis sorciers, d'aucuns se sont même détournés de l'horlogerie. Et la situation est d'autant plus délicate pour les marques à potentiel que dans cette horlogerie à la peine, on ne distingue plus le bon grain de l'ivraie. C'est tout bénéfice pour l'horlogerie qui gagne.

BIPH