Bilan - 17 juin 2009
Nicolas Pinguely
Il n'y a pas que les fans de Manchester United pour se réjouir des exploits des Red Devils. Jean-Claude Biver vibre également. Le patron de la marque horlogère Hublot figure parmi les sponsors du club anglais. Il a de quoi se réjouir. L'équipe de Ryan Giggs, Patrice Evra et Wayne Rooney vient de décrocher le championnat d'Angleterre pour la deuxième fois consécutive. Le club est solide. La défaite en finale de la Ligue des champions contre le Barcelone de Lionel Messi ne constitue pas une catastrophe. «Cette équipe est un mythe en Asie, une marque de légende, au même titre que Ferrari, explique-il dans les coulisses du stade de Old Trafford. Rien ne peut altérer son image, pas même une défaite.» L'Asie, le mot est lâché. «Nous y réaliserons bientôt 50% de nos ventes, contre 35% aujourd'hui. » L'eldorado.
Depuis l'automne dernier, Hublot met près de 2 millions de francs par an pour s'associer au club au budget le plus richement doté de la planète: 390 millions de francs. Selon le magazine Forbes, Manchester United a dégagé 175 millions de bénéfices pour des recettes de 560 millions en 2008. «Nous investissons dans Manchester pour le marché asiatique», insiste Jean-Claude Biver.
Nike, Kumho Tires, Budweiser ou encore Audi sponsorisent aussi le club, racheté en 2005 par le milliardaire américain Malcolm Glazer. Ce dernier a bâti sa fortune dans l'immobilier et dans les participations financières(alimentaire, gaz et pétrole, santé, Internet, banque, radiodiffusion). Il est aussi présent dans le football américain et détient, en Floride, les Tampa Bay Buccaneers. Le partenariat réussit à Hublot, marque rachetée par LVMH au printemps 2008. «Nous tenons actuellement les budgets fixés en début d'année.» Bien sûr, les objectifs ont été réduits avec la crise économique. «Une diminution d'environ 20% pour le premier semestre, précise le patron. Mais nos ventes restent 30% supérieures à celles de 2007.» A l'époque, les recettes avaient avoisiné 200 millions de francs sur l'ensemble de l'exercice.
RÉÉQUILIBRAGE DES FORCES
Ce résultat est solide à la vue des secousses qui agitent le secteur. Le pôle luxe et horlogerie de LVMH, qui contient aussi les marques Zenith, TAG Heuer, Chaumet et Dior a enregistré un recul de 27%de ses ventes au premier trimestre. Le départ annoncé fin avril de Thierry Nataf, CEO des montres Zenith, démontre l'ampleur des turbulences rencontrées.
Jean-Claude Biver réduira-t-il les montants alloués au sponsoring? «Non, ils ont d'ailleurs été relevés de 20% entre 2008 et 2009, et le seront encore de 10% l'an prochain. » Une stratégie inverse de celle suivie par UBS qui réduit fortement ses dépenses: d'Alinghi au Verbier Festival Orchestra, nombreux sont ceux qui devront se débrouiller sans le soutien du géant bancaire. La plupart des entreprises réduisent ces budgets. L'assureur américain en faillite AIG, tenu à bout de bras par le gouvernement américain et principal sponsor de Manchester United, n'ira pas au-delà du contrat le liant au club, soit de la fin de la saison 2009-2010. «Entre 2006 et 2008, les sponsorisés tenaient le couteau par le manche, observe-t-il. Aujourd'hui la donne a changé, nous observons un rééquilibrage qui permet d'être plus dur à la négociation des contrats.»
Au-delà des Red Devils, le ballon rond reste porteur pour Jean-Claude Biver. Après le partenariat signé à l'occasion de l'Eurofoot 2008 avec l'UEFA, il vise aujourd'hui l'Eurofoot 2012 organisé conjointement par la Pologne et l'Ukraine.
