

HUBLOT : Jean-Claude Biver passe à la casseroleLes recettes de cuisine d'un chef nommé Jean-Claude BiverLu dans Migros Magazine : un autre Jean-Claude Biver aux fourneaux, sans toque, avec la révélation de sa recette personnelle pour la galette de pommes de terre. On est "chef" ou ne l'est pas ! SOURCE : Migros Magazine et Hublot


HUBLOT : Jean-Claude Biver passe à la casserole
Les recettes de cuisine d'un chef nommé Jean-Claude Biver
Lu dans Migros Magazine : un autre Jean-Claude Biver aux fourneaux, sans toque, avec la révélation de sa recette personnelle pour la galette de pommes de terre. On est "chef" ou ne l'est pas! La recette de Jean-Claude Biver
Gâteau de pommes de terre
1 kilo de pommes de terre (charlottes, par exemple)
4 oignons
3 ou 4 oeufs
sel, poivre
environ 3-4 cs de farine
huile
1) Eplucher les pommes de terre, les rincer rapidement. Les râper à l'aide d'une fine râpe à roestis et les égoutter en les plaçant dans un torchon et en essorant très fort celui-ci.
2) Emincer finement les oignons etles ajouter avec les oeufs battus aux pommes de terre râpées. Saler,poivrer, ajouter de la farine jusqu'à une consistance suffisamment épaisse.
3) Chauffer un peu d'huile dans une poêle et y former de petites galettes rondes à l'aide d'une spatule.
Faire dorer des deux côtés et servir chaud. Ces galettes sont un peu – dixit Jean-Claude Biver – le plat national luxembourgeois, l'équivalent des roestis suisses ou de la tortilla espagnole: un solide plat campagnard, à déguster avec un beau plateau de fromages. Le redoreur de blasons
Jean-Claude Biver a quitté le groupe Swatch en 2004 pour la direction générale de Hublot. Le
succès est au rendez-vous. Une grande histoire d'amour pour l'horlogerie, qu'il évoque de sa cuisine.
C'était un soir, au restaurant, que tout a commencé:
«Je mangeais une fondue avec un ami et j'ai vu soudainétinceler à son poignet la machine à vapeur de mon enfance.»
C'était un soir de 1974 et Jean-Claude Biver, engagé dans des étudesde HEC à Lausanne en ignorant
très précisément à quoi il se destinait, eut LE flash, LA révélation.
«Je croyais bêtement qu'une montre n'était qu'un garde-temps, qu'elle avait pour unique fonction
d'indiquer l'heure et je découvrais soudain un monde.»
Fascinant objet de communication,la montre lui apparaît hier comme aujourd'hui tel un merveilleux
jouet, la quintessence de nos souvenirs d'enfance.
«Le vrai luxe de l'homme, dit l'entrepreneur devenu quinqua, c'est de pouvoir
rêver de jour.»
La voiture ou la montre pour les uns, le bateau ou les tableaux pour d'autres, font
ainsi partie de nos rêves éveillés; les adultes se les achètent et reportent sur eux la nostalgie fondamentale de leurs joujoux d'enfants.»
Jean-Claude Biver a bâti sur ce constat simple sa vie et sa fortune, ses aubes et ses réussites.
L'enfance tient toujours un rôle central dans sa vie, pas seulement parce que sa belle famille
«recomposée» compte cinq enfants,âgés de 8 à 28 ans, mais aussi à travers la fondation MDM
(main dans la main) et les projets caritatifs de Smiling Children, que soutient désormais son entreprise. Son enfance à lui, il en a passé l'essentiel en internat, entre 10 et 15 ans. A leur installation en Suisse,
ses parents venus du Luxembourgles placent dans un pensionnat de Saint-Prex, son frère cadet Marc et lui. «Une cassure et un apprentissage formidable à la fois, raconte-t-il, d'autonomie et de
responsabilisation». Après HEC, Biverentre chez Audemars Piguet, où il restera cinq ans. Sa trajectoire, là-dessus, entière et loyale, est vouée à redresser, faire grandir et briller successivement trois «maisons» comme il dit: Blancpain («depuis 1735, il n'y a pas eu de Blancpain à quartz, et il n'y en aura jamais», dit le slogan qui porte et accompagne l'envolée de la tocante prestigieuse, puis Omega, qui connaît dans ses mains une croissance planétaire, et enfin, depuis 2004, la discrète et classieuse Hublot, au look inspiré de l'univers marin, osant le mariage du caoutchouc et de l'or, du chic et du sport.
Son départ du groupe Swatch, coïncidant avec des problèmes de santé, correspond à un court instant de doute. Ce travailleur forcené (qui dit se lever «tous les matins à 3 heures pour faire ses devoirs» – encore un apprentissage de l'internat) vacille brièvement. Il entend prendre un peu de recul, devenir consultant au sein du groupe. Qu'il finira par quitter pour un changement plus radical.
Convaincu du potentiel de la marque Hublot (26 millions de chiffre d'affaires pour 2,6 millions de pertes), Jean-Claude Biver en devient CEO en 2004. Il élargit la gamme, les mariages et les matériaux, inaugure un sponsoring ciblé de projets fous, sportifs, audacieux, oniriques, lance un programme télé sur le site de la marque.
Et fait s'envoler les chiffres: moins de quatre ans plus tard, le chiffre d'affaires a quasiment décuplé à 250 millions, pour un bénéfice de 45 millions. Un nouveau petit miracle à l'actif de ce suractif, sautillant, rigolard et speed jusqu'en cuisine – il a un peu perdu la main depuis ses études et enchaîné trop de rendez- vous– décidément incapable de ralentir.
«J'aime trop ce métier et ce milieu, j'aime l'industrie et les produits, les gens, les salons même, j'en aime tout. Je nefais qu'un avec mon métier, c'est un sacerdoce et une passion totale. Et la passion, on le sait bien, vous fait entrer dans l'irrationnel, à l'instar des artistes.»
Mais l'homme a aussi des racines terriennes, à commencer par des grands-parents maternels dans le Beaujolais, et un vrai amour de la campagne. Il s'est installé voici trois ans dans un vaste domaine dominant le lac et les vignobles, un lieu féerique entre château et métairie:
«J'ai toujours rêvé de campagne et me voici enfin ici, unretour aux sources.»
Les terres sont louées à un paysan et l'entrepreneur-horloger qui vit toute
l'année dans un univers d'or et de luxe est fier de donner à goûter son fromage, ses oeufs, la saucisse faite la veille, les fruits de la terre…
Heureux d'accompagner ses repas de grands crus, une autre passion,qu'il s'agisse de la cuisine sophistiquée de son ami Philippe Rochat, ou de ces plats simples et goûteux qu'il affectionne tant: «Fondue, boudin ou saucisse, coq au vin, escargots et grenouilles, du solide,des plats qui ressemblent à ce qu'ils sont.» Homme de goût et de contrastes…
Véronique Zbinden
Photos Christophe Chammartin / Rezo