Les montres électriques

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Electric Watches - History
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La fée électricité va permettre à l'horlogerie, au XIXe siècle, de prendre un grand virage: celui de la précision, mais surtout de la synchronisation. Pour la première fois, l'heure exacte peut-être offerte dans les villes. Pionnier de ces développements, l'Allemand Matthias Hipp va établir à Neuchâtel une entreprise florissante.

Non, l'électricité n'est pas apparue dans l'horlogerie en même temps qu'une pile, un oscillateur et un circuit intégré!


La relation entre la montre et la fée électricité sont étroites, et datent de la seconde moitié du XIXe siècle déjà. En effet: à cette époque, les applications industrielles de l'électricité, connue depuis le début du siècle, se multiplient: le télégraphe, le téléphone, les tramways, l'éclairage public font progressivement leur apparition.

En même temps, un peu moins connues mais tout aussi indispensables, les horloges mues directement ou indirectement par l'électricité naissent des mains de pionniers. Elles seront à la base de l'heure publique.

En 1820, le Français André-Marie Ampère invente l'électro-aimant. Ou était-ce l'Anglais Sturgeon? La paternité de cette invention n'est pas parfaitement établie… Toujours est-il que les premières bases de l'électromagnétisme sont jetées. Les propriétés premières avaient en fait été découvertes par un savant danois, Oersted, qui avait constaté ceci : un fil conducteur parcouru par un courant électrique dévie une aiguille aimantée placée à proximité. Ou, inversement, un aimant peut déplacer un fil conducteur parcouru par un courant. Les effets magnétiques du courant électrique sont en effet indispensables dans l'utilisation de l'électricité pour mesurer le temps.


Une horloge en commande d'autres

En 1840, l'horloger écossais Alexander Bain réalise la première horloge électrique. L'énergie est fournie par une pile, qui alimente un électro-aimant, lequel fait osciller un pendule. Il imagine également qu'une horloge centrale pourrait envoyer des signaux électriques pour synchroniser d'autres horloges, une idée qui sera mise en application de nombreuses années plus tard. Car c'est bien là l'intérêt de l'horloge électrique: non pas d'utiliser l'électricité comme apport d'énergie, mais bien pour permettre à une horloge centrale d'en commander plusieurs autres.

Mais c'est évidemment le Neuchâtelois d'adoption Matthias Hipp (1815- 1893) qui, en Suisse, demeure l'un des précurseurs des horloges électriques. L'un des plus grands collectionneurs d'horloges électrique, l'ingénieur zurichois Jaime Wyss, s'enflamme lorsqu'il évoque la carrière de cet horloger allemand, qui fit rayonner dans le monde entier le nom de Neuchâtel grâce à sa Fabrique de Télégraphes et Appareils électriques. «J'ai réussi à nouer un véritable dialogue avec Matthias Hipp», clame Jaime Wyss. «En fait, lorsque je contemple toute ma collection, ce que j'ai réussi à rassembler en plus de trente ans, je lui pose des questions et, croyez-moi ou non, je trouve les réponses.»

Précurseur, disions-nous ? Né dans le Wurtemberg, Matthias Hipp démarre sa carrière en faisant un apprentissage d'horloger. Il part ensuite se perfectionner en Suisse, d'abord à Saint-Gall. «On prétend que c'est là, en 1834, alors qu'il n'avait pas encore 20 ans, qu'il inventa son fameux» contact Hipp «à palette, durant une nuit d'insomnie, ce qui est plus intelligent que de compter les moutons», raconte un autre collectionneur d'horloges électriques, le Vaudois Michel Viredaz, dans la revue «Chronométrophilia».


Au millième de seconde

Matthias Hipp arrive à Saint-Aubin (NE) un an plus tard, y complète sa formation durant plusieurs années et retourne en Allemagne. Il s'installe comme horloger, se met à son compte, et expose à Berlin, en 1843, son horloge à palette. «Il invente aussi un moteur et construit son chronoscope, puis un chronographe enregistreur, pour la mesure des temps ultra-courts», poursuit Michel Viredaz. Hipp réussit ainsi, avant tout le monde, à mesurer des temps au millième de seconde!

«Hipp était aussi un bon vendeur», confie Jaime Wyss. «Il n'avait pas le profil de l'inventeur un peu fou qui crée dans son coin. Il a tout de suite eu l'idée de concevoir des produits destinés à la vente. Il a écoulé un très grand nombre de ses chronoscopes, ce qui a fait de lui un homme riche.» Et introduit auprès de la Confédération: en 1852, le Conseil fédéral le nomme directeur de l'atelier national de construction des télégraphes et directeur technique de l'administration des télégraphes. Il est pourtant toujours Allemand. «Mais il gagnait davantage qu'un conseiller fédéral», ajoute Jaime Wyss. Malheureusement, son office suscite la jalousie: il réalise des bénéfices, «un crime majeur pour un haut fonctionnaire fédéral», note Michel Viredaz.

Et c'est finalement le chemin de Neuchâtel que prend l'inventeur, où il fonde en 1860 une fabrique de télégraphes et d'appareils électriques dans les locaux, avenue de la Gare, qui deviendront les Caves du Palais, aujourd'hui dans un état de délabrement avancé. L' histoire est connue des Neuchâtelois : Favarger lui succède en 1889 (on parlera de la fabrique Favag, qui déménagera à l'est de la ville, à Monruz), puis Hasler, puis Ascom. Fin d'une industrie…


«La distribution de l'heure exacte»

Et cette force de marketing porte ses fruits. Hipp installe des centaines de systèmes, à travers les villes de Suisse, mais aussi ailleurs dans le monde, et jusqu'en Amérique. Il était conscient qu'une ère nouvelle s'ouvrait grâce au développement de l'électricité. Ainsi, dans une brochure publiée en 1876 aux éditions Attinger, sous le titre «Les horloges électriques», il faisait part ainsi de ses certitudes : «Parmi les diverses applications de l'électricité, l'une des plus intéressantes et des plus importantes est celle qui a pour but la mesure du temps. A côté d'instruments scientifiques plus délicats, qui comme les chronographes et les chronoscopes, servent à la détermination du moment exact auquel a lieu telle ou telle observation, ainsi qu'à la mesure de petits intervalles de temps, et qui sont employés surtout dans les observatoires et les cabinets de physique, les horloges électriques ont pour but la distribution de l'heure exacte dans les grandes villes, dans gares, dans les hôtels de poste, les bâtiments d'administration, etc.


S'il suffisait, il y a 50 ans, de connaître l'heure à un quart d'heure près, il est nécessaire dans notre époque de chemins de fer et de télégraphes, de l'avoir au moins à une minute près. Or l'on sait que ce résultat ne peut être atteint d'une manière durable par les meilleures horloges de tour, ni même par les soidisant régulateurs. Ce n'est qu'avec l'aide de l'électricité qu'il est possible de faire participer tout un système d'horloges publiques à la régularité d'une pendule astronomique soumise elle-même à un contrôle scientifique; elle seule permet de distribuer l'heure d'une manière assez sûre et assez exacte pour satisfaire complètement aux exigences d'une nombreuse population.


Après des expériences de nature diverse et répétées pendant nombre d'années, nous avons réussi à assurer à nos horloges les deux qualités suivantes:
1. Elles fonctionnent plusieurs années sans interruption.
2. Tous les cadrans d'un système indiquent la même heure, et cela avec la même exactitude que le régulateur; si celui-ci est chaque jour remis à l'heure, sa variation ne dépasse pas une seconde.»


Jusqu'à notre époque, l'électricité continuera à influencer les recherches des horlogers. Avec un tournant, celui du quartz, qui va permettre la miniaturisation. Les premières horloges à quartz naissent vers 1930 déjà et les horloges atomiques vers 1955. La mutation de l'électrique à l'électronique se fera dans les années 60-70, avec la révolution de la montre à quartz. Une mutation qui, finalement, puise ses racines dans des inventions faites un siècle plus tôt…