WORLDTEMPUS – 23 mars 2011
Louis Nardin
L'homme refuse de vieillir, a peur de mourir et veut arrêter le temps dans les moments précieux. Ainsi, depuis toujours, il fait bouillir son imaginaire afin d'y trouver les stratagèmes permettant de s'en défaire. En vain, et pourtant.
Aujourd'hui, la Montre Hermès propose en toute élégance un subterfuge qui, sans offrir de solution définitive, permet de créer à l'envi et sur demande l'illusion savoureuse d'avoir atteint ce but. L'Arceau Temps Suspendu permet grâce à son bouton-poussoir de positionner l'aiguille des heures et des minutes à une heure qui n'existe pas, et à faire complètement disparaître l'aiguille rétrograde indiquant le jour. En effet, tant que le porteur décidera de rester hors du temps, la montre indiquera cette heure insensée où l'aiguille des heures se positionne juste avant 12h et celle des minutes juste après.
Petit miracle sur commande
Adossé à un mouvement de base mécanique à remontage automatique ETA 2892, le module à la base de ce petit miracle «sur commande» est le fruit des ateliers Agenhor selon les plans de son horloger-fondateur Jean-Marc Wiederrecht. Comptant 254 composants réalisés en laiton, acier ou nickel-phosphore, le module réussi deux défis majeurs: déconnecter et reconnecter l'affichage de la marche du calibre, et permettre aussi une mise à l'heure en arrière.
En effet, lorsque l'on appuie sur le bouton-poussoir deux roues à colonnes débraient l'indication de l'heure et des minutes pour la première, et la date pour la seconde. Les aiguilles indiquent dès lors un «temps imaginaire» tel que recherché par les équipes de la Montre Hermès. Une autre pression réhabilitera l'affichage par le jeu des cames de lecture.
La limpidité avec laquelle le temps s'éclipse et revient cache en fait une réalité mécanique complexe. Fidèle à sa philosophie gravitant autour d'une technicité ramenée à sa plus simple expression, Jean-Marc Wiederrecht a travaillé l'ouvrage pendant 3 ½ ans avant d'atteindre son objectif. Pour cela, il a utilisé deux inventions majeures de son cru, l'aiguille rétrograde et les dents fendues. Elles se retrouvent dans l'affichage des minutes qui se fait via une aiguille rétrograde couvrant un angle de plus de 367° degrés! Quant aux roues dentées, elles apparaissent sur les râteaux des aiguilles rétrogrades, ceci pour supprimer tout jeu et assurer la précision. Bénéficiant des finitions d'usage chez Agenhor – Côtes de Genève verticales, ponts anglés et rhodiés, vis bleuies -, ce module exclusif à la Montre Hermès pose les bases d'une collaboration considérée par ses protagonistes comme ouverte, fertile et prometteuse.
Cadran stylé et complexe
Quant au cadran de l'Arceau Temps Suspendu, sous des devants classiques, il combine des détails stylés et complexes. Jouant sur les types de surfaces – gravée, microbillée ou très légèrement granuleuse -, il associe avec élégance courbes, diagonales, formes en croissant, bandes et réhauts. Réalisation dessinée totalement à l'interne, il joue sur plusieurs niveaux pour créer des effets de relief. Comptez 18'000 francs taxes comprises pour la version acier, et 38'000 francs pour la déclinaison en or rose limitée à 174 pièces.
Pépite sertie
Outre cet instrument permettant de se défaire du temps, la Montre Hermès actualise son catalogue. A commencer par les modèles Grandes Heures - affichant l'heure par des zones de temps inégales - où le nombre de référence a été réduit de 6 à 3 et où la mécanique est assurée désormais par un calibre ETA 2892 doublé d'un module Dubois-Dépraz. Au passage, le cadran a été révisé et la boîte redessinée.
Autre pépite de ce salon, une version joaillère sertie baguette du modèle Heure H. Selon Claude Sanz, CEO de la société de sertissage Bunter SA qui a réalisé la pièce, unique, jamais son équipe n'avait dû affronter un tel défi. «Nous avons inventé une nouvelle manière d'insérer les pièces en les «clippant» dans un rail préétabli, explique-t-il. Avec le danger à chaque fois de ne plus pouvoir bouger la gemme une fois en place, et de devoir tout recommencer. Chaque corne a coûté par exemple une semaine de travail.»
Artisans sur place
Grâce à Philippe Delhotal, ex Patek Philippe et directeur de la création horlogère, et Jean-Marc Wiederrecht pour les questions techniques, le pôle horloger d'Hermès se consolide toujours plus autour du concept d'un temps onirique et libéré. Avec ce créneau clair et original, la volonté de travailler avec les meilleurs artisans, et les compétences-clés réunies au sein des équipes opérationnelles, la Montre Hermès s'impose progressivement comme une marque à forte valeur horlogère, et toujours dans le respect de la tradition. Un petit tour au stand de la marque à Baselworld suffira à le préciser puisque, de l'émailleuse Anita Porchet au graveur Jean-Vincent Huguenin, tous les créateurs impliqués dans la réalisation des modèles 2011 seront présents et disponibles pour ceux qui le souhaiteraient.
Capable de dénouer le fil du temps
Splendide à tout point de vue, le modèle Arceau Temps Supsendu indique d'un simple clic une heure aussi imaginaire qu'immobile. A défaut de contrôler le temps, il offre le luxe de pouvoir s'en défaire.
Marque