Les inévitables questions

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Le milieu horloger s'interroge déjà après la disparition soudaine de Luigi Macaluso.


L'Agefi - 29 octobre 2010

Stéphane Gachet




La disparition brutale de Luigi Macaluso, à la tête des montres Girard-Perregaux, a créé un nouveau choc. Le milieu horloger multiplie les témoignages depuis l'annonce du décès, mercredi après-midi. Luigi Macaluso faisait indéniablement partie des figures emblématiques de la haute horlogerie. Il laisse forcément une nouvelle impression de vide dans un secteur très sensible et très attaché aux figures les plus indépendantes. Ce qu'il était, puisqu'il fait partie des rares personnalités à avoir fait le pari de l'intégration complète, marques et manufacture. Son style de management, très familial, très patriarcal (ses deux fils occupent des postes clé dans le groupe) alimente passablement de questions depuis quelque temps déjà. Les interrogations sourdent plus que jamais dans le milieu horloger.

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Luigi Macaluso a repris les montres Girard-Perregaux (La Chauxde- Fonds) en 1992. Il s'est servi de cette base pour construire un groupe, doté d'une seconde marque, JeanRichard (dirigée par son fils Massimo) et d'un outil industriel, la manufacture Sowind.

Une manufacture qui a fourni et continue de fournir plusieurs marques tierces, notamment au sein du groupe Richemont, chez Bulgari, Boucheron (PPR) et certains indépendants. Au printemps 2008, le développement du groupe a franchi une étape avec l'entrée d'un investisseur, le groupe de luxe français PPR. L'accord porte sur 23% du capital et stipule dès la signature la possibilité d'augmenter la participation, jusqu'à la limite du contrôle, qui devait rester en mains de Luigi Macaluso. La question se pose maintenant de l'évolution de ce rapprochement. Jusqu'à présent, le groupe français s'est montré peu intrusif. La direction, qui a exprimé hier sa profonde émotion par la voie de son président François- Henri Pinault, n'a pas commenté ses futures intentions. La question est d'autant plus centrale que le pôle horloger de PPR est encore en pleine construction. Le groupe ne possède plus que les marques Gucci et Boucheron. Les montres genevoises Bédat ayant été revendues à un groupe malaisien.

L'attitude de PPR semble à ce stade tout à fait déterminante. D'ailleurs, la présence du groupe dans le capital n'a jamais vraiment verrouillé les interrogations sur le jeu des participations. Depuis plusieurs mois, les interrogations fusaient sur l'avenir de Girard- Perregaux, que l'on donne en difficulté, voire à vendre. L'expectative est aujourd'hui d'autant plus forte que PPR n'a jamais exprimé clairement ses intentions ni sa stratégie concernant l'horlogerie. Les doutes se font aussi sentir quant à la capacité naturelle du groupe français à accompagner les défis qui attendent Girard-Perregaux et l'ensemble de Sowind. Le milieu n'a jamais été convaincu par le français. Le point est d'autant plus discuté que le groupe construit par Luigi Macaluso tient une position très délicate. La question apparaît fréquemment de savoir si une manufacture indépendante de taille moyenne peut encore tenir sur un marché dominé par les grands groupes.

Reste la question du management. Luigi Macaluso avait balisé la succession en impliquant ses deux fils. Stefano est aujourd'hui viceprésident de Girard-Perregaux, Massimo dirige la marque Jean- Richard. Le patriarche n'en demeurait pas moins omniprésent. Selon Gregory Pons, éditorialiste spécialisé (site web Business Montres), son autorité aurait masqué de multiples difficultés structurelles. De quoi aiguiser l'exposition du groupe pendant la période de transition qui s'annonce inévitablement.

 

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