«Papa: complice génial et étonnant»

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Giorgio Bulgari, fils du patron de l'entreprise joaillière Enigma

Giorgio Bulgari sort tout droit d'un ma­gazine de mode. A 29 ans, ce beau gosse tiré à quatre épingles affiche une forme rayonnante. Seule une petite pointe de tristesse dans ses yeux lui confine une humanité toute perceptible. Fragile? Un désir de s'affirmer? Giorgio voue à son père une admiration sans borne. «A 17 ans, j'ai quitté Rome pour l'Univer­sité de Boston.» Il restera huit ans loin de sa famille et fera ses premiers pas profes­sionnels à Miami. Giorgio rejoindra l'entreprise familiale à Genève en 2003. «Après les Etats-Unis, quel contraste! Je suis cependant plus heureux d'être en Europe.» Le jeune homme est amoureux mais ne tire pas de plans sur la comète. «Ma vie dans dix ans? Je m'imagine marié, avec trois ou quatre enfants, à la tête de notre société et dévorant mon travail comme un lion. Je pourrais vivre aux Etats-Unis ou à Rome…»
Quel beau souvenir avec votre père vous revient à l'esprit?
A l'âge de 5 ou 6 ans, quand j'apprenais le retour de papa, j'installais une tonne de coussins au pied de mon lit. Je rêvais qu'à mon réveil je le trouverais endormi près de moi. Il réalisait bien souvent mon désir, pour mon plus grand bon­heur. Je ne le voyais pas souvent, car il était continuellement en voyage. Mon coeur se gonflait de fierté quand maman et lui venaient discuter avec mes profes­seurs à l'école. Ils étaient si beaux
Vos parents sont-ils un exemple?
Ils sont une référence pour moi! Mon père est un homme charismatique que tout le monde respecte, et ma mère a su être le ciment de notre famille.
Adolescent, vous êtes-vous révolté contre votre père?
Non. Nous n'avons jamais été en con­flit. Papa ne m'a jamais donné une claque. Il n'avait pas besoin de cela pour asseoir son autorité. Ilme convoquait et me «tuait» avec des mots. J'en ressortais mortifié. Etait-il affectueux?
Mon père est introverti. C'est un être très doux et affectueux. Quand j'étais tout petit, il me faisait des massages. Ses mains étaient particulièrement souples. Et avait tellement confiance en moi! Il a été un complice génial et étonnant. A 7 ans, je conduisais sur ses genoux et, à 12 ans, il a commencé à m'apprendre à conduire vraiment. J'avais plus peur que lui!
Quelles sont ses qualités?
Il a la personnalité idéale pour un papa. Il est sensible, éloquent, humain et ce­pendant intouchable. Il m'inspire une telle admiration. Il peut piloter des avi­ons, des bateaux, parle toutes les lan­gues, y compris le latin. En comparai­son, j'ai une capacité intellectuelle mi­nuscule!
Quelle relation vous a-t-il inculquée face à l'argent?
Il m'a responsabilité très jeune. Il m'a appris à gérer l'argent, tout en me de­mandant des comptes. Il oeuvre aussi par l'exemple. Mon père est plutôt éco­nome. Il déteste aller manger dans des restaurants chers et surfaits.
Quelles sont les valeurs essentielles qu'il vous a transmises?
Le respect et la tolérance. Elles sont la base du dialogue. Il m'a aussi enseigné à être en accord et harmonie avec moi-­même. Faute de quoi, on peut devenir le pire ennemi pour soi-même.
Que pourriez-vous lui reprocher?
Mon père n'est pas patient. Il veut que les choses aillent très vite. Il est aussi colérique. Pour ma part, je pense qu'avec un sourire et un peu de patience on arrive à beaucoup de choses.

 

«Giorgio est un peu têtu»Comment était votre fils, enfant?
C'était un enfant au caractère ex­traordinaire, très facile, qui s'adaptait à tout. Il m'a épaté. Lorsque ma femme et moi l'avons accompagné aux Etats-Unis, j'ai eu très peur d'une réaction néga­tive de sa part: il avait 17 ans. Nous sommes restés trois jours à Boston pour l'installer. Il parta­geait sa chambre avec un cama­rade. Et, quand nous l'avons quitté, il nous a lancé «ciao ciao» d'un air désinvolte. Ça m'a ras­suré. J'étais terriblement angoissé à l'idée de laisser mon fils unique sur place.
A-t-il fait une bêtise mémorable?
Une seule fois dans ma vie, je l'ai giflé. J'étais très fâché. Giorgio, influencé par un copain, avait écrit des «choses terribles» au fils d'un ami. Il mettait en péril les valeurs essentielles: le respect pour les êtres humains. Ça m'a révolté.
Quelle relation avez-vous aujourd'hui avec lui?
Une relation de confiance mu­tuelle. Je ne l'ai jamais obligé à faire quoi que ce soit, je me suis arrangé pour qu'il adhère à mes idées ou à mes projets. Il faut savoir que Giorgio est un peu têtu. >

 

 

Le Matin / Anne-Marie Philippe / www.lematin.ch

 

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