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Les saisons genevoises de Peter Stas

12 minutes read
Entre lac et montagne avec le patron de Frédérique Constant

Revolution #8 - Automne-hiver 2010-2011
Marco Cattaneo 

Peter Stas nous attend à la Réserve, à quelques kilomètres à peine de la ville, un hôtel cinq étoiles bien connu des Genevois, perdu dans la verdure, et dont le restaurant chinois accueille en toute discrétion d'innombrables repas d'affaires. La terrasse sur laquelle nous prenons un rapide petit-déjeuner domine une prairie qui descend jusqu'au lac. Le fond sonore est comme amorti, on distingue les bruits de la piscine, ceux de la route suisse qui passe en contrebas et amène tous les matins des dizaines de milliers de pendulaires jusqu'au centre, quelques gazouillis, une chanson de Barry White qui s'échappe d'une fenêtre ouverte ; mais tout cela se perd dans le feuillage des arbres centenaires, entre les branches du cèdre gigantesque qui garde l'entrée du lieu.


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Sur la terrasse de la Réserve ©  Marc Ninghetto


C'est une journée d'été finissant, à la lumière déjà voilée, que le patron de Frédérique Constant a choisie pour nous faire découvrir Genève. Il y est venu pour le travail, y a déménagé pour son côté cosmopolite — “ il y a ici des gens de partout, des Anglais, des Hollandais, on y parle toutes les langues ” —, et en est tombé amoureux pour sa qualité de vie.

Caractère discret

Il y a une vingtaine d'années, Genève n'était pas encore une ville pour Peter Stas, tout au plus un label. Lorsqu'avec Aletta, son épouse, il jette les bases de Frédérique Constant, il vit encore près de Rotterdam. Nous étions en 1988, « j'avais les prototypes, il me fallait créer une image, et associer nos montres au nom de Genève me semblait la meilleure solution. » Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, en 1997, qu'il s'y installe finalement. Quand on a vécu, comme lui, deux ans à New York et six à Hong Kong, on est habitué à la verticalité des grandes villes, et on ne les quitte qu'à regret. 


Genève avec ses immeubles de quelques étages offre un contraste intéressant, plus fort encore dans la vieille ville qu'il affectionne particulièrement. Et puis, Genève a sa géographie propre, lacustre l'été, montagnarde l'hiver. La vie quotidienne  déborde largement du cadre urbain, on ne peut la comprendre qu'en embrassant ses alentours qui en font partie intégrante : Peter Stas ne vit pas seulement à une demi-heure de son bureau (en passant par la France), mais aussi à cinq minutes du ski nautique ou à cinquante de Megève.


 

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C'est pour cela qu'à l'heure de choisir une voiture, il a opté pour une VW Phaeton, rachetée d'occasion à un banquier privé zougois en partance pour l'Asie. “ Le chalet est assez haut, et le dernier bout de route particulièrement raide, il fallait une voiture capable de le négocier. ” Et puis une VW, même installée au sommet de la gamme, même plus chère et luxueuse que l'immense majorité des berlines qui sillonnent le quartier des banques, collait bien au caractère discret du patron de Frédérique Constant.

Quintupler les ventes en cinq ans 

Peter Stas est multitâches : il peut simultanément conduire sa voiture dans le labyrinthe mouvant des rues de Genève, que d'innombrables travaux viennent barrer sans séquence prévisible, et détailler le calendrier 2011 des différentes marques de sa maison : Frédérique Constant aux lignes classiques, Alpina, sportive et lifestyle, et enfin les Ateliers de Monaco, installés sur le segment haut de gamme, et qui présenteront leur premier quantième perpétuel en mars prochain à Bâle.

 

 

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Alpina, l'an prochain, se déclinera sur trois axes forts, avec, pour chacun d'eux, un sponsoring d'envergure. Il sera question de voile, d'aviation et d'automobile, avec une dizaine de nouveaux modèles, dont un chronographe base Sellita, enrichi d'un module développé à l'interne répondant aux besoins spécifiques du monde de la régate. De quoi soutenir le développement de la marque dont Peter Stas aimerait bien quintupler (!) les ventes dans les trois à cinq ans, pour dépasser les 20'000 pièces. Frédérique Constant s'appuie toujours sur ses sept collections, et présentera en 2011 son lot de nouveautés : la ligne “Junior”, avec plus de 6'000 pièces vendues entre 450 et 600 euros, s'enrichira d'une version féminine. A l'autre extrémité du spectre, trois nouvelles pièces manufacture verront le jour : un tourbillon, cadran émail grand feu dont le prix, 32'000 euros, se veut particulièrement compétitif, une nouvelle déclinaison GMT de la Heartbeat et enfin une Maxime Manufacture avec échappement silicium.

 

Années nomades

Pas le temps d'en dire davantage, la voiture est déjà garée au centre ville, et Peter Stas cherche le parcmètre avec une pointe d'angoisse. Nous sommes tout près de la place Neuve – ou place de Neuve, comme aiment à dire les vrais Genevois -, entre le Grand Théâtre, l'Opéra de Genève, et la salle de concert du Victoria Hall, tout à côté de son premier appartement. Il traverse le parc des Bastions, ses échecs géants où s'affrontent gamins et retraités, sa place de jeux “ qui n'a pas changé en douze ans ! ” et où il promenait ses enfants. Il la désigne du doigt, révélant sa chevalière. Une vraie, de celles qui passent de main en main au sein d'une même famille, se chargent d'histoires et de traditions au gré des générations. Celle-là accompagne les Stas depuis le XVIIe siècle, et a inspiré le logo de Frédérique Constant. Nous voici déjà sur la Treille dont la rampe, plutôt raide, mène à la vieille ville ; il l'avale d'un pas rapide, sans le moindre essoufflement.

 

 

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A droite, un interminable banc — il mesure dit-on plus de 120 mètres — longe la balustrade et se veut “ le plus long banc du monde ”. A gauche, des immeubles cossus cachent leurs jardinets au sommet de la muraille, celle-là même qui protégea Genève des Savoyards venus l'assiéger il y a un peu plus de quatre siècles, et qui abrite désormais le gratin de la vie genevoise : c'est l'adresse idéale, rue des Granges, côté pair. Une discrétion absolue, à l'abri des vieilles pierres, et une vue imprenable sur toute la cité de Calvin.

Il se verrait bien habiter là, un jour. Mais l'heure est aux projets professionnels, et c'est surtout sa société qui a beaucoup déménagé. Il la voit grandir sans jamais quitter le voisinage de la ville, passant d'un village à l'autre du canton. Trente mètres carrés sous un toit de Troinex, 120 dans des immeubles carougeois, 700 sur la commune de Chêne- Bourg, jusqu'à cette année 2004 qui signe la fin, peut-être provisoire, de ces années nomades, avec la construction de la manufacture et de ses 3'200 mètres carrés de plancher au beau milieu de Plan-les-Ouates.

 

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Surnommée “ Plan-les-Watches ” par ses habitants, la commune abrite aujourd'hui quelques uns des noms les plus prestigieux de l'horlogerie suisse. Les manufactures y ont poussé comme des champignons au cours des dix dernières années, mêlant à un paysage mi-industriel et mi-agricole, les silhouettes futuristes de leurs bâtiments. Rolex y côtoie Patek Philippe, Harry Winston est tout proche de Vacheron Constantin, de Grisogono s'y est installé, tout comme Piaget ou Bovet. Elégant voisinage. Eté en haut, hiver en bas Le temps d'expliquer tout cela et nous arrivons en haut de la Treille, au coeur de la vieille ville, devant le café Papon.

C'est une adresse historique, toute proche du parlement cantonal, qui a vu défiler des générations de ministres. Une terrasse que Peter Stas fréquente volontiers, mais pendant l'été. Car l'homme vit au rythme des saisons. Pas seulement pour ses loisirs, bateau l'été et ski l'hiver, mais aussi pour les adresses qu'il choisit. S'il devait rédiger un guide gastronomique, il le séparerait probablement en quatre segments, organisés autour de deux axes : famille à gauche, travail à droite, été en haut, hiver en bas, et pour chacun, des lieux différents.

 


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 Le restaurant de l'Hôtel de Ville, son pendant
pour l'hiver 
©
Marc Ninghetto


La pizzeria da Paolo, au coeur du quartier populaire des Eaux- Vives, tout près du quai marchand de la rive gauche, est l'une des rares adresses qu'il fréquente à l'année, “en moyenne une fois par semaine, avec les enfants”, pour y manger une pizza Rucola : tomate, mozzarella, roquette et origan. Mais le Café Papon, c'est pour l'été. En hiver, il y a, quelques mètres plus loin, la salle chaleureuse du restaurant de l'Hôtel de Ville. Tous deux ont une terrasse, et tous deux une salle, mais c'est ainsi, le premier en juin, le second en décembre ! Il descend la Grand Rue aux pavés inégaux, bordée par les restaurants et les vitrines d'antiquaires. “ A New York ou Hong Kong, on est toujours dans la verticalité, le gigantisme, mais ici, il y a de petites galeries, de petits magasins, c'est chaleureux. ” Une pause devant la vitrine de Living Tradition.

 

 

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Au milieu des meubles, des tissus, des bibelots, il repère un pot de peinture Flamant : “ C'est un blanc magnifique, avec une touche de beige pour ne pas faire hôpital, c'est avec cela que nous avons peint nos murs. ” Tout à côté, dans la cour classique de la Société de Lecture, nous tombons sur la dernière trace d'un spectacle, une scène en forme de cadre doré trône encore devant la porte et nous invite à la pose.

 

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Un passage obligé

La promenade se poursuit en direction du Bourg-de-Four, l'une des places les plus conviviales de Genève. Il y emmène volontiers ses amis de passage prendre un verre à la Clémence en été, ou partager un repas quelques mètres plus bas, dans la salle du premier étage du Soupçon, indiscutablement une adresse d'hiver pour Peter Stas, malgré sa terrasse plutôt accueillante. A quelques minutes du centre ville, en longeant les quais de la rive gauche, on arrive enfin à la SNG, la Société Nautique de Genève. Une adresse indispensable, un passage obligé si l'on veut rencontrer ceux qui font Genève. 

 

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Lorsqu'on s'installe à table, la carte de membre sagement glissée dans son petit bloc de plexiglas pour éviter toute remarque – ici, on ne plaisante pas avec les règles -, on se sent presque en vacances, emporté par le balancement des mâts, par le clapotis de l'eau sombre contre l'acajou des Boesch, alignés les uns à côté des autres, protégés par leurs bâches vertes. D'une table à l'autre, on se salue discrètement entre gens du même monde, partenaires, relations d'affaires. C'est ici qu'est amarré le bateau de Peter Stas, un magnifique Boesch de six mètres cinquante où on le retrouve en famille, le soir, le week-end, depuis lequel il contemple, au début du mois d'août, les feux d'artifice lacustres que Genève s'offre pour ses fêtes.

 

L'île noire

La ville a ses itinéraires et le lac en a d'autres, clairement régionaux, ignorant superbement la frontière franco-suisse qui le traverse. Les repères essentiels ne sont ni des rues, ni des ports, mais bien ces pontons où accostent les bateaux à l'heure du repas, et qui desservent quelques unes des plus belles terrasses de la région : Versoix, Le Creux-de-Genthod, la plage du Reposoir, Nernier ou la Nautique que nous quittons à peine le Boesch débâché. Pieds nus, manoeuvrant son bateau d'une main, il mentionne encore, au nombre des incontournables, le Pirate à Yvoire, sur la côte française, peu avant Thonon et la sauce à la moutarde à l'ancienne qui accompagne les filets de perche.

 

 

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Les embruns nous fouettent le visage, et Peter Stas passe de la gastronomie à la marche des affaires, au développement de ses boutiques mono-marque. Il y en a déjà deux à Hong Kong, une à Séoul et une en Arabie Saoudite : l'implantation de Frédérique Constant correspond bien aux tendances lourdes qu'on observe dans l'horlogerie. Avec une production proche de 100'000 pièces en 2010, la marque a résisté à la crise, répondant au mieux aux préoccupations du moment : acheter des montres moins chères et plus classiques. Résultat, le chiffre d'affaires n'a reculé que de 12% en 2009, et la convalescence s'annonce rapide, la société pourrait boucler cette année sur une croissance de 40% ! Nous avons traversé le lac sur ces perspectives d'avenir, et nous voici revenus au point de départ de notre visite, sur le ponton de la Réserve, à côté de la navette de l'hôtel, en acajou elle aussi, qui emmène ses clients vers leurs rendez-vous. 

 

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Peter Stas nous y dépose et repart seul en direction de la Nautique. Debout dans son bateau, sa silhouette se découpe sur l'eau grise, il me rappelle Tintin voguant vers l'île Noire.

 

 

 

Adresses d'été LE PIRATE
Port de Plaisance F-74140 Yvoire +33 4 50 72 83 61
Pour déguster des filets de perche en descendant de son bateauCAFÉ PAPON
Rue Henri-Fazy 1 CH-1204 Genève +41 22 311 54 28
Une adresse historique, au coeur de la vieille ville depuis 1808LE 3 RIVE GAUCHE
Grand-Rue 3 CH-1204 Genève +41 22 810 29 29
Pour un repas d'affaires en terrasseLA CLEMENCE
Place du Bourg-de-Four 20 CH-1204 Genève +41 22 312 24 98
Pour un verre “after work” en terrasse avec des amisAdresses d'hiverRESTAURANT DE L'HÔTEL-DE-VILLE
Grand-Rue 39 CH-1204 Genève +41 22 311 70 30
Le rendez-vous des députés et des artistesDEMI-LUNE CAFÉ
Rue Etienne-Dumont 3 CH-1204 Genève +41 22 312 12 90
Une adresse intimiste, entre amis ou pour affairesLE SOUPÇON
Place du Bourg-de-Four 8 CH-1204 Genève +41 22 318 37 37
Pour se cacher en vieille ville, dans la salle du 1er étageLES ENFANTS TERRIBLES
PLACE DE L'EGLISE F-74120 Megève +33 4 50 58 76 69
Sur les traces de Cocteau, après une journée à ski 

 

 

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En familleDA PAOLO
Rue du Lac 3 CH-1207 Genève +41 22 736 30 49
Une pizza tout près du lac, au coeur du quartier des Eaux-VivesUn hôtelLA RESERVE
301, Route de Lausanne CH-1293 Bellevue +41 22 959 59 59
Signer un contrat au restaurant chinois et profiter du spaUn livreMINDSIGHT: THE NEW SCIENCE OF PERSONAL TRANSFORMATION
Daniel J. Siegel. Random House, 2010
Une approche scientifique, “très cerveau gauche”, selon Peter StasUne boutiqueLIVING TRADITION
Grand'Rue 15-17 CH-1204 Genève +41 22 311 97 51
Déco, meubles, matièresUn must
SOCIETE NAUTIQUE DE GENEVE

Port-Noir CH-1223 Cologny +41 22 707 05 00
LE club de Genève, où amarrer son Boesch !





 

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